
Sa participation dans le développement de l'économie du pays reste un défi à releverElle, c'est Rouibah Khemissa, connue à Constantine sous le nom de Madame Alloui. Issue d'une famille très modeste, elle n'avait encore jamais quitté sa ville natale où elle a vécu son enfance parmi les siens.De ce charisme imposant, de ce visage rond embelli par un sourire généreux, ce regard poignant, s'élève la voix d'un être à l'allure pourtant tendre, et aux gestes doux. Un être qui a lutté contre vents et marées pour s'imposer dans la société. Son calme saisissant renseigne sur une femme de fer qui a su arracher son indépendance morale et sa liberté. Elle a su étouffer ses tourments et ses chagrins. Elle, c'est l'espoir de la femme algérienne. On aimerait la décrire avec des mots lourds et dotés de sens, mais c'est avec des mots beaux et simples qu'elle aimerait se lire. On aurait pu choisir le statut d'une femme plus connue, mais ce droit lui revient aussi. Elle, qui combat dans l'ombre. Elle se définit dans la révolte, le combat et la lutte, mais avec intelligence, sagesse et conscience. Elle, c'est Rouibah Khemissa, connue à Constantine sous le nom de Madame Alloui. Issue d'une famille très modeste, elle n'avait encore jamais quitté sa ville natale où elle a vécu son enfance parmi les siens.En 1989, elle décroche son baccalauréat. Sa moyenne lui a permis d'embrasser les études qu'elle a toujours souhaitée, l'interprétariat. Elle mènera des études très brillantes à Alger où elle a été affectée pour son cursus universitaire et dès lors la lutte commence au sein de l'UNA. Elle s'engage pour les droits des étudiantes tenant tête aux plus durs, sans jamais se lasser. De retour à Constantine après un parcours exemplaire, elle intègre entre 1995 et 2005 la cour d'instance judiciaire de Constantine où elle exercera son métier de traductrice, avant de se présenter au concours d'interprétariat à titre de Maître interprète judiciaire. Entre-temps, cette extraordinaire femme qui affrontera tous les obstacles administratifs en une période où la paix n'avait pas encore trouvé son chemin dans le pays à cause de la décennie rouge, décroche son agrément pour l'ouverture d'un office public de traduction à titre privé où elle emploie jusqu'à huit jeunes fraîchement diplômés, certains et grâce au soutien de Khemissa ont réussi à voler de leurs propres ailes pour prendre la même démarche en ouvrant leurs propres sociétés. Non satisfaite encore malgré cette réussite dans une société où la femme est encore considérée comme secondaire, elle reprend en 2008 des études de droit et décroche même son Capa. Ce qui lui a permis de maîtriser les donnes de la loi, pour se lancer ensuite dans des études plus approfondies après son admission au concours de magistère d'interprétariat à Oran.Actuellement Khemissa, âgée seulement de 44 ans, mère de cinq enfants dont le plus jeune est seulement âgé de 9 mois est en deuxième année de doctorat. Elle prépare une thèse ayant pour titre «traduction et médecine légale.» Maîtrisant l'arabe, le français et l'anglais, elle reste très active et se fait remarquer et nommer, présidente de la Confédération générale des femmes chefs d'entreprises algériennes à l'Est, et c'est encore une femme, Madame Naghza Saïda, présidente de la Cgea, qui va l'initier à ce poste. Ça sera forcément sans re-gret car depuis sa nomination en 2013, elle a traité au moins 20 dossiers de femmes investisseurs, aujourd'hui des chefs d'entreprises. Sa participation dans le développement de l'économie du pays reste un défi à relever. Sans répit, alors qu'elle gère déjà son entreprise, elle s'engage à assister toute bonne volonté des femmes artisans pour leur permettre de mettre sur pied leurs petites et moyennes entreprises. Son contrat à aller de l'avant elle le savoure avec pertinence et sérieux. Khemissa qui doit son succès également à une femme qui n'est autre que sa mère, n'est pas prête à s'arrêter en chemin. Elle sera sollicitée par le mouvement associatif. Armée d'un grand savoir-faire, d'une expérience à gérer des situations délicates, elle a été appelée à intervenir dans des problèmes liés à la sécurité des quartiers pour ramener le calme déjà à la nouvelle-ville d'Ali Mendjeli, lors des affrontements douloureux entre gangs. Elle a parcouru les risques et dangers pour ramener les adversaires à la raison.La première femme présidente de la Chambre des traducteurs aidée par son mari qui l'encourage dans sa voie, a parcouru aussi de longues distances à travers la wilaya côte à côte avec la police pour assister les plus démunis, s'intéressant surtout à la femme rurale.Khemissa a un message. C'est avec conviction et détermination qu'elle osera le transmettre en dessinant les contours d'une stratégie sociale bien définie. Non sans trop de peine, car son défi est moral. Sa pensée s'adresse à la femme avant tout. Celle-ci doit être armée pour faire face aux aléas de la vie, non pas avec l'argent dont l'être humain est dépendant, mais en s'affirmant avec ses compétences, ses études. Pour Khemissa, ce sont les armes par lesquelles la femme doit avancer. Elle regrette la dépendance de la femme, de l'homme à l'ère du XXIe siècle. Elle regrette encore plus ce regard frustrant et nourri de la société à l'égard de la femme. Pour elle il est question d'une révolution mentale pour bouleverser dans le sens positif l'esprit de la société à la recherche de ses repères.Khemissa ne discute pas le problème car c'est une réalité, malheureusement amère mais elle discute la solution et c'est évident pour elle qu'une société en bonne santé émane de la conscience et l'esprit de sa composante féminine. Elle songe encore dans ses moments solitaires quand ses locaux sont désertés comment convaincre la femme à remplir pleinement son rôle pour le développement de la société et participer à s'affirmer comme un acteur déterminant dans l'émergence de l'économie du pays. Tel un être perdu dans une immense foule, elle cherche où le mal a commencé pour aboutir au bout du chemin. Elle refuse d'être l'otage du destin. Elle ne cherchera pas dans le hasard, mais dans la mémoire afin d' ensemencer la graine de l'espoir, Pour ses quatre filles et son garçon, pour la femme algérienne et pour l'Algérie. C'est là la résistance d'une femme dévouée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ikram GHIOUA
Source : www.lexpressiondz.com