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« Les auteurs de l'intérieur sont marginalisés »



« Les auteurs de l'intérieur sont marginalisés »
C'est un Mohamed Meflah visiblement remonté que nous avons rencontré, dimanche dernier. L'écrivain, qui a participé, la veille, à la rencontre littéraire hebdomadaire « Rendez-vous avec le roman », au palais de la culture Moufdi-Zakria, se dit consterné par le sort réservé aux jeunes auteurs issus de l'intérieur du pays, ceux du sud notamment. « Des victimes de la géographie » dit il. « A l'heure où on célèbre le retour en trombe du livre dans la vie publique, grâce, entre autres, aux grands évènements culturels, tels que Constantine, capitale de la culture arabe 2015, de nombreux écrivains talentueux sont frappés de marginalisation », regrette-t-il.Les raisons ' Il en cite plusieurs. Mais c'est d'abord au ministère de la Culture qu'il adresse ses reproches. Il déplore une politique de diffusion « infructueuse ». Selon lui, « elle a mis en sourdine la nouvelle vague de femmes et d'hommes de lettres, qui font honneur aux grandes villes du sud comme Tamanrasset, Biskra, Djelfa, Adrar, Béchar... Certes, la tutelle a mis beaucoup d'argent pour faire éditer les livres, mais qu'on-t-on fait, par la suite, de cette abondante production qui écume les tiroirs de la Bibliothèque nationale ' », déplore-t-il. Pour l'auteur du « Fantôme du Calédonien »-son dernier roman paru aux éditions Dar El Mountaha- ces jeunes férus de lettres font montre d'un talent réel. Aucune raison au monde ne pourrait, dira-t-il, justifier leur « mise à l'écart ». D'autant plus fait-il remarquee, que « la société et la culture algériennes nourrissent leurs écrits ».Les éditeurs ont failliPeu considérés par les institutions, ces « laissés-pour-compte » font également l'objet d'un d'« ostracisme » de la part des éditeurs. La preuve ' « Une grande partie d'entre eux a recourt au financement personnel », dans l'espoir de s'extraire de l'étouffante chape de plomb. Sinon, via les réseaux sociaux, comme Facebook, qu'ils utilisent en quête d'éventuels lecteurs. « Nous n'avons pas de véritables éditeurs. Leur travail se limite à profiter du financement du ministère de la Culture en publiant des titres dont ils se déchargent de la promotion, sauf peut-être à Alger », regrette le romancier qui compte, aujourd'hui, aux côtés de Wassini Laredj, Djilali Khellas, Amine Zaoui... comme l'un des porte-parole de la littérature algérienne d'expression arabe. Son amertume n'est, évidemment, pas pas sans raisons. Elle contraste avec un discours axé pourtant sur l'encouragement des jeunes talents dans l'univers créatif. Il accuse aussi la presse et les médias en général, de faire dans les « deux poids, deux mesures » vis-à-vis de ces jeunes « qui ne cherchent qu'à s'exprimer ». Si tout n'est pas rose pour l'ancien député, le champ littéraire se caractérise toutefois par une production plus importante et variée que celle observée durant les deux dernières décades. Il se félicite également de la liberté d'expression qui profite aux « gens du livre ». Fervent partisan de l'indépendance de la littérature, il estime que « le vrai écrivain doit s'affranchir de toute tutelle quelle qu'elle soit ».« L'ère de la censure officielle est révolue », conclut-t-il en mettant néanmoins en garde contre l'influence des lobbies dans la création littéraire. Auteur d'une bibliographie comprenant une trentaine d'?uvres (roman, nouvelles, essais...), Mohamed Meflah est considéré comme l'un des fondateurs du roman historique en Algérie. Il s'apprête d'ailleurs à publier une nouvelle prose dédiée à Cheikh Boumaza, un des plus grands chefs de la résistance populaire contre l'ordre colonial dans la région montagneuse du Dahra.


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