De notre correspondant à Constantine A. Lemili
Effervescence aux premières heures de la matinée de jeudi dernier, du côté de la salle de répertoire de la Cinémathèque algérienne à Constantine, en l'occurrence Cirta' pour les Constantinois une salle porteuse d'une charge émotionnelle formidable et inégalable, compte tenu du poids mnémonique qu'ont ces lieux sur l'histoire locale. Des lieux qui n'attiraient plus le moindre regard depuis la fermeture du cinéma pour cause d'incendie, il y a plus d'une quinzaine d'années. La raison de cet élan de curiosité collective '
Une affiche, celle très kitch d'un film égyptien, Lahn el khoulooud, avec Farid El Atrache, idole des foules du monde arabe à l'époque de sa programmation, Faten Hammama, Majda et Ismaïl Yassine, et en qualité de réalisateur Henri Barakat.
En somme, le gratin du cinéma d'une période, depuis, révolue. Murmures admiratifs et questionnements sur la réouverture ou non de la salle, voire demande de renseignements sur les horaires de ventes de billets, de ceux de projection, alors que la salle, à l'intérieur, est intégralement carbonisée, offrant avec les ruines qui ont résulté de l'incendie, une image apocalyptique : fauteuils calcinés et murs noircis de suie, au même titre que le majestueux plafond avec ses arabesques irremplaçables. Trente minutes plus tard, arrive le premier agent de la salle auquel nous demandons des précisions sur l'évènement. Etonnement de ce dernier pour lequel «'tout était normal à notre fin de service, et si tant est que quelque chose eut été décidé par la tutelle, nous en serions les premiers informés' nous, le personnel». C'est, à quelques nuances près, à la même teneur de réponse que nous aurons droit de la part du responsable, arrivé quelques minutes plus tard.
Et la décision est vite prise de mettre terme au branle-bas généré par cet affichage. Arrachage donc et des affiches et de la plaque sommaire où était inscrit en lettres dorées «Cinéma Cirta». Fin du feuilleton '
Non ! Puisque en début d'après-midi c'est bis repetita, sauf que cette fois-ci, si c'est la même plaque indiquant le nom de la salle, c'est une autre affiche, en l'occurrence Douhour el islam, qui est placardée, avec, alentour, du matériel de tournage, des personnages habillés étrangement de burnous, chèche, mlaya (voile constantinois), fez et même d'une casquette sur laquelle est écrit «Le Figaro», ainsi que d'autres personnes qui semblent former l'équipe de tournage.
Là, nous reconnaissons Badredine Mili en compagnie d'une assistante et de celui qui allait affirmer être le réalisateur, en l'occurrence Hocine Nacef. Après nous être fondu dans cette foule, nous apprendrons que l'équipe ne dispose pas d'une autorisation des propriétaires des lieux, c'est-à-dire la Cinémathèque. Pis encore, la veille, celle-ci aurait donc recouru quasiment à l'accès par effraction en affichant sur les murs de la salle sans aucune autorisation, d'autant plus que tout cela s'était fait en dehors des heures de travail, alors que pour qui connait la nature même du document appelé «Autorisation de tournage», quoique délivré par le ministère de la Culture, ne sert pratiquement à rien une fois toute équipe confrontée à la réalité du terrain.
De son côté, Badredine Mili s'évertuait à convaincre le gardien de la salle que son film s'inscrivait dans le cadre d'un programme gouvernemental, à savoir la commémoration du 50e anniversaire de l'indépendance nationale, alors que son assistante (qui nous interdira de prendre des photos en mettant sa main sur l'objectif de notre appareil) demandait un numéro de fax pour obtenir sur le champ ladite autorisation, et que le réalisateur tentait, au téléphone, de convaincre le responsable de la salle.
En somme, une véritable caricature qui vient souligner les conditions folkloriques dans lesquelles sont faits les films algériens et surtout l'amateurisme des équipes de tournage qui travaillent au jugé, à l'affectif, et dans l'improvisation. Ce qui expliquerait donc de fait leur indigence a posteriori. L'objet de ce tumulte d'une journée est donc un long métrage intitulé Le dernier hiver, dont la trame devrait retracer l'engagement de la ville de Constantine, et forcément ses habitants, ses élites politiques et intellectuelles, ses braves, durant la guerre de libération.
Pour l'anecdote, soulignons que l'une des trois femmes habillées de «mlaya» était un homme. Sans doute la difficulté de trouver des figurantes, car, dans la foulée, un des figurants, apercevant au dehors une vieille femme portant le même effet vestimentaire, sollicita du réalisateur d'aller lui demander de faire partie de la figuration. C'est dire' !
Les projets culturels et artistiques chers à la ministre de la Culture ont de très fortes chances d'être du même tonneau. C'est dire la hauteur de «Constantine, capitale de la culture arabe pour 2015».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.latribune-online.com