Le 16 octobre dernier, le Théâtre national algérien (TNA) Mahieddine-Bachtarzi a abrité la représentation de la pièce "Loubna", de la Suisso-Algérienne Nastassja Tanner, pour laquelle ce travail représente "une quête identitaire".À la demande de l'ambassade de Suisse en Algérie, la salle Hadj-Omar de l'opéra Mahieddine-Bachtarzi a convié sur ses planches Nastassja Tanner durant la soirée de jeudi 16 octobre. Et lorsqu'on s'appelle "Loubna", la scène s'enjolive d'un tapis du terroir noué à la main et sur lequel l'hôtesse a posé une meïda qu'elle a garnie d'une théière et d'un soda pétillant. En conséquence, ni l'air natal des Alpes suisses neigeuses ni l'écho du chant montagnard Yodeul ou la tyrolienne n'ont diminué en rien de l'ardeur méditerranéenne qu'il y a dans son verbe si haut et sa gestuelle dans l'art d'épousseter le tapis.
Au contraire, le vent des gorges du Rhummel a attisé l'étincelle de la Numidie cirtéenne qu'il y a en Nastassja Tanner qui s'épanouit ainsi de son algérianité. Authentique, celle-ci l'est jusqu'à l'ultime pli de sa djeba (robe) au ton ciel de sa terre maternelle sise au douar d'Ouled Djehich à Constantine, a-t-on su de cette étoile filante helvético-algérienne qui est pétrie d'un "nes nes" (moitié-moitié) et qui va sur les traces de "djedi" et "nanna", ses grands-parents qui l'ont prénommée Loubna.
"Qu'il était difficile le prénom de Nastassja dans la bouche de mes grands-parents, d'où Loubna qui m'éveille de ma souche", a déclaré cette sociétaire de la Comédie de Genève (Suisse) en guise de l'ouverture de l'acte I de son woman show : "Ce solo d'une durée de trente minutes est d'abord une quête identitaire et c'est aussi l'objet de ma thèse-mémoire que j'ai présentée à l'issue de mon cursus de comédienne."
À ce propos, on aurait dit un spectacle de plein air où la saltimbanque excelle dans l'art de l'instant et où la répartie s'improvise au prorata de l'humour bien de chez nous. Alors, pour faire mouche, il y a l'habilité de cette comédienne issue de l'école nationale de théâtre à Lausanne qui puise à satiété dans l'humour du terroir et selon la maxime "De la répartie à la réplique ou l'art de faire mouche" de Laurence Caracalla et de Seze, Carbon (2019).
Debout au milieu d'un auditoire assis en cercle sur des poufs et des tapis, Loubna s'est intégrée au public à l'aide d'un jeu scénique qu'elle ordonne à l'aide de l'évocation de l'enfance où elle trie pour l'auditoire ce qu'il y a d'attractif : "Nous sommes invités chez le personnage Loubna, nous y sommes accueillis, dans tous les sens du terme." Et de fil en aiguille, Nastassja Tanner dénonce le béton rampant qui a pollué le pré aux vaches suite à l'exode rural et son corollaire de l'habitat précaire à la périphérie de la ville des Ponts.
Et bien qu'elle ne parle ni la langue de sa "yemma" ni celle de "djedi", de "nanna" et de ses "khalti", Nastassja Tanner pleure le 8 Mai 1945 et "la guerre dite de la décennie noire" qui l'a cloîtrée au bord du lac Léman en Suisse. Et si elle devait distiller son propre parfum qui aromatisera ses élucubrations, "il me faut plutôt l'insecticide du fly-tox".
Et d'un acte à l'autre, Loubna évoque l'école des Pères-blancs et l'indémodable tube Nights in white satin (1967) (nuits blanches de satin) du groupe pop The Moody Blues qui a inspiré la chanson C'est extra (1968) de Léo Albert Charles Antoine Ferré dit Léo Ferré (1916-1993). ?uvre de la comédienne Nastassja Tanner, le scénario Loubna a feuilleté ce qu'il y a de fertile mais aussi de douloureux dans notre société. D'où le choix de la maxime "Loubna est un spectacle d'aujourd'hui qui est joué au présent du présent."
Nourreddine Louhal
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nourreddine LOUHAL
Source : www.liberte-algerie.com