
-Qui, selon vous, est à l'origine de ces confrontations entre les résidents du même quartier 'Il faut d'abord démêler les origines immédiates de ces violences, dont les premiers indicateurs portent sur le fait qu'il s'agit de violences de groupes et dont l'enjeu apparent porterait sur le contrôle de territoires. Ce qui fait sens en vérité est que ces violences perdurent et résistent tant aux réponses institutionnelles qu'aux tentatives de médiation par les groupes tampon, dits de sages. Le recours à la violence semble ainsi participer à la construction d'identités nouvelles des acteurs néo-urbains reprenant à leur compte d'autres modalités de contestation des institutions de l'Etat et de leur légitimité. Si cette contestation s'inscrit dans la durée, c'est-à-dire si l'Etat n'imposait pas les normes de droit et son monopole sur la violence, on pourrait parler d'une forme inédite de terrorisme urbain sans génétique idéologique déclarée.-Quelle solution préconisez-vous pour remédier à ce problème qui touche beaucoup de régions en Algérie 'C'est aux acteurs du champ politique de préconiser une stratégie de réponse à ces nouvelles formes de violence. Il est possible, par contre, de souligner que la société algérienne n'a toujours pas fait l'effort d'un exorcisme public et documenté des violences subies tant durant la colonisation que lors de la guerre d'indépendance. L'insurrection islamiste des années 90 a objectivement revalidé le recours à la violence et son traitement politique, notamment la politique dite de réconciliation nationale a été vécue par une partie de l'opinion comme une prime au crime et à l'impunité. Dans d'autres sociétés ayant eu à connaître des charges importantes de violence politique des mécanismes ont été mis en place pour le témoignage, la libre parole et la confrontation. La prégnance des violences de tous ordres en Algérie signale l'illégitimité des institutions de médiation et le poids du contrôle social par le régime autoritaire.-Peut-on dire que l'Etat a échoué dans sa politique de relogement 'La politique de relogement dans l'urgence est l'autre versant de l'histoire urbaine de Constantine dont la population est passée de quelque 80 000 habitants en 1954 à 245 000 en 1966. Au début des années 90, on ne dénombrait pas moins de 35 bidonvilles, et ce, sans compter la situation du vieux bâti de la médina. Les réponses aux questions complexes de resocialisation, d'identification à un cadre de vie, auront été essentiellement statistiques (en nombre de logements fournis) sans tenir compte des évolutions en profondeur, des cadres familiaux, des modes de vie, de transport, de consommation. On peut dire que les résidents des unités d'habitat collectif de la nouvelle ville Ali Mendjeli son essentiellement des acteurs désocialisés, pris entre l'anonymat du cadre d'habitat, la perte des repères identitaires de base (famille, quartier, boulot) et les contraintes d'une vie quotidienne dominée par le marché et les transports.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Meziane Abane
Source : www.elwatan.com