Constantine - A la une

Le meilleur est pour la fin



La grande salle est réservée aux tableaux, dans la deuxième est exposée sa fameuse œuvre dédiée aux 220 Algériens guillotinés durant la colonisation (avec une véritable ambiance des couloirs de la mort), une autre pièce contient la maquette pour un mémorial du 1er-Novembre 1954 et, enfin, un documentaire retraçant sa vie est diffusé au public dans la dernière salle. La rétrospective est construite d'une manière originale et surtout professionnelle, a tenu à préciser Ahmed Benyahia. « C'est vraiment la première fois que j'expose en Algérie, c'est-à-dire d'une manière officielle. Et c'est grâce à l'événement « Constantine capitale de la culture arabe » que les portes se sont enfin ouvertes pour moi. Des amis m'ont dit que tout le monde me connaît en tant qu'artiste sans avoir vu mon travail. J'ai voulu alors montrer à travers ces œuvres mon évolution et ma démarche. Les représentants du département expositions sont des professionnels avec des équipes pluridisciplinaires qui ont su valoriser l'art plastique avec les normes internationales d'exposition. C'est exactement avec ses standards que l'on expose à Paris ou à Rome », a-t-il confié.Exposition passionnante et fascinanteL'exposition compte environ 80 toiles où Ahmed Benyahia dévoile son univers d'artiste et renvoie à son vécu, de ses débuts (avant l'indépendance) jusqu'aux derniers travaux. Dans cette exposition, à côté des paysages de sa ville, Constantine, on retrouve tous les sujets qu'il affectionne le plus : le capitalisme et l'impérialisme, la cause palestinienne, le sort des condamnés à mort et des migrants, les révolutions arabes, mais ne lui dites surtout pas qu'il est un artiste engagé : « Je n'aime pas ce terme, car lorsqu'on est engagé on oublie le reste. » Mais quoi qu'il en soit, Ahmed Benyahia est avant tout un artiste de son époque, son approche très personnelle de la peinture lui vaut admiration et reconnaissance sur la scène nationale et internationale.Dans cette exposition passionnante et fascinante à la fois, l'artiste exhibe certains travaux qu'il a réalisés du temps de la colonisation, qui ont un lien affectif avec Constantine. « J'ai toujours été très attaché à ma ville ». Nous retrouvons également le thème de l'immigration à travers un grand tableau daté de 1971 et illustrant les conditions des immigrés de l'époque, une œuvre inspirée de la pièce de théâtre de son ami Kateb Yacine, « Mohamed prends ta valise ». Un autre tableau rend hommage aux « esclaves des temps modernes », ces soldats algériens ou sénégalais enrôlés de force dans l'armée française.Pour ce qui est de sa maquette pour un « mémorial de l'appel du 1er novembre », Ahmed Benyahia confie : « Je suis un humaniste, je peints et sculpte pour le petit peuple. C'est d'ailleurs ce qui explique mon travail sur la déclaration du 1er-Novembre. Cette déclaration est comme une éruption volcanique que j'ai voulu élever au même rang de celle des droits de l'homme. Tout comme l'œuvre sur les 220 condamnés à mort. J'ai mis la liste de ces pauvres gens guillotinés pour qu'ils n'aient plus des numéros mais des noms. Je m'interroge sur leur sacrifice et à présent ils sont visibles et lisibles. J'ai inséré quatre phrases pour leur rendre hommage : pour le droit, pour le devoir, pour la vie, pour la liberté. Je crois que ça résume ce que je ressens, c'est-à-dire montrer un martyr non pas comme un objet abstrait mais tel un héros qui a vraiment souffert ». Au vu du succès de cette exposition, cette dernière est prolongée jusqu'au mois de juillet, toujours à la maison de la culture El-Khalifa.


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