Constantine - A la une

LE LUTHIER DJAMEL NIFER



Le luthier Djamel Nifer, fils du grand fabricant d'instruments de musique Mohamed Nifer, est aujourd'hui le seul manufacturier dans l'Algérois qui s'est spécialisé dans la kouitra, un instrument typiquement algérien, très prisé dans les orchestres andalous car sa sonorité se marie merveilleusement avec les mélodies de la nouba.Etant le seul à perpétuer sa fabrication, métier qu'il a acquis directement de son père, Djamel Nifer le fait savoir ostentatoirement même s'il dit que la fabrication de la kouitra est devenue difficile aujourd'hui en raison de la rareté des essences de bois réservées à la lutherie, à l'image du palissandre, de l'érable ou de l'épicéa qui constituent un bois très acoustique et qui convient parfaitement à la réalisation d'instruments de haute facture.Heureusement qu'il en possède encore en stock, au grand bonheur des musiciens qui utilisent ses instruments surtout, comme ils le disent dans leur jargon, ses kouitras sonnent bien.A 58 ans, Djamel Nifer continue à ouvrir très tôt le matin son atelier situé à El-Affroun, dans la wilaya de Blida. Il a choisi de s'y installer pour s'éloigner de l'air marin qui a fâcheusement affecté la santé de sa fille. Même exigu et ne répondant pas aux normes en vigueur, de grandes réalisations émergent de cet atelier puisque Djamel Nifer est également un grand spécialiste de la confection du aoud arbi (luth arabe), utilisé par les chanteurs du malouf qui viennent de Annaba et Constantine pour s'en acquérir.Il faut dire que s'il continue à fabriquer ces instruments, c'est par pur amour à ce métier, nous dira-t-il, d'autant qu'il lui a été légué par son père depuis qu'il avait 15 ans, quand bien même cet art ne lui rapporte pas grand-chose sur le plan financier.La cherté du bois et des accessoires réduisent, en effet, la marge bénéficiaire, laquelle encourage tout artisan à en fabriquer davantage.Malgré cela, des centaines de ses kouitras remplissent, depuis, les orchestres de musique arabo-andalouse au grand dam de sa santé car Djamel Nifer souffre d'allergie à la poussière de la nacre, utilisée dans l'enjolivement de cet instrument.Aujourd'hui, sa kouitra est réalisée avec le noyer et le teck blanc pour ce qui est du fond bombé et l'épicéa pour ce qui est de la table d'harmonie. Un mariage d'essences qui donne ce son un particulier de la kouitra car elles sont minutieusement choisies parmi les bois surtout que le luthier n'a pas droit à l'erreur, nous confie-t-il. Un mauvais choix donne conséquemment un mauvais instrument, ajoutera-t-il.Ce n'est pas le cas pour ses instruments et les musiciens qui les utilisent le confirment. «La kouitra de Nifer est juste et donne de l'aisance dans son jeu», se plaisent-ils à le répéter. Mais tant que Djamel Nifer est en mesure d'en fabriquer, la kouitra a de beaux jours devant elle. Qu'en sera-il après ' Heureusement que son fils si intéresse bien qu'il ait fait des études universitaires loin d'avoir des affinités avec ce métier. Serait-il capable de perpétuer ce legs familial ' L'avenir nous le dira car il serait désolant de voir un métier aussi noble disparaître avec la disparition de ses artisans.
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