Figure emblématique, ayant consacré presque toute une vie au service de la petite balle, Saïd Bouamra aura pour défi de redresser la situation du handball algérien. Après son quatrième «come-back» à la tête de la FAHB, le nouveau président a bien voulu répondre aux questions d'El Watan Week-end.- Vous avez été élu à la tête de la Fédération algérienne de handball il y a moins d'un mois. Quelle vision avez-vous aujourd'hui de la discipline, vue de l'intérieur '
Le handball a traversé de nombreuses zones de turbulences. Il n'y a pas mal de choses importantes à prendre en charge. La première est de normaliser la gestion de la Fédération, à travers la mise en place des structures réglementaires. C'est-à-dire toutes les directions, l'organisation sportive, la DEN, la DTN, les jeunes talents, le développement. Il faut aussi rétablir une certaine confiance et permettre ainsi à tous les gens du handball de se sentir partie prenante. C'est une construction qui demande du temps. L'autre problème est lié au développement. Il faut élargir cette base de façon organisée, méthodique, en redonnant confiance aux ligues de wilaya, les aider aussi dans leur approche et ne pas continuer à favoriser la «championnite». On s'est trop attachés à cette élite et on a oublié la relève.
- C'est la quatrième fois que vous présidez la Fédération. Ne croyez-vous pas que cette fois-ci le défi est plus grand '
Ce qui est sûr, c'est que la tâche sera difficile, du fait que les problèmes se sont cumulés. Il faudra peut-être plus de temps et beaucoup de patience pour essayer de stabiliser la situation. Mais j'ai bon espoir que les gens qui ont été proches de la discipline prennent un peu plus de recul et décident tous ensemble de surmonter cette épreuve.
- Peut-on dire aujourd'hui qu'il n'y a plus aucune animosité entre l'IHF et la FAHB '
Suite au déplacement du vice-président de la Fédération internationale de handball ainsi que du deuxième vice-président et président de la Confédération africaine de handball, nous avons débattu de la situation, qui a prévalu au sein du handball algérien et nous avons convenu de nous projeter ensemble sur l'avenir. C'est-à-dire de ne plus gérer uniquement des tensions de cette nature, mais voir comment l'instance internationale pourrait venir en aide à la Fédération algérienne pour redorer son blason comme par le passé. En tant que président de la FAHB, mon rôle consiste à aplanir tous les problèmes et permettre à nos compétences d'émerger. Le rôle ne consiste pas à obéir aux ordres de l'instance internationale, mais c'est aussi préserver l'intégrité des institutions et les compétences nationales.
- Une nouvelle formule du championnat a été adoptée bien avant votre élection. Quelle est justement votre position par rapport à cette nouvelle donne '
A mon arrivée à la Fédération, j'avais clairement signifié à l'assemblée générale que je ne pourrais en aucun cas remettre en cause ce qui a été décidé par une AG. Il faut se rappeler que toute la crise est partie de là, car certains avaient considéré que des mesures ont été prises sans s'inscrire dans un cadre normalisé de la réglementation. L'assemblée générale a décidé de jouer un championnat à 29 clubs. C'est l'approche de la majorité, mais j'ai eu à discuter à Constantine, avec les gens et les techniciens, de ce problème. J'ai dit : la compétition est un élément déterminant dans la préparation de l'élite nationale. Ce n'est pas en augmentant le nombre d'équipes qu'on va donner de la densité à cette compétition, parce qu'il y a de grands écarts entre les équipes. Parfois, quand une compétition se développe avec des écarts trop importants, les joueurs ne capitalisent rien. Il faut savoir aussi que nous n'avons pas les moyens de couvrir ces compétitions en matière d'arbitrage. Il n'y a pas que le championnat de l'élite (29 clubs). Il y a aussi le championnat féminin, les championnats régionaux, de wilaya' Il faudra attendre l'évaluation de l'application de ce système et discuter lors de l'assemblée générale de ses aspects positifs et négatifs. Mais il y a déjà des clubs qui nous ont sollicités afin de nous demander de décaler la reprise du championnat, prévu le 14 septembre, parce qu'ils ont constaté que c'était difficile de recruter des joueurs. La machine a été mise en branle et tout le monde doit suivre.
- Les résultats des jeunes catégories dans les récentes compétitions ont fortement déçu. Quel est votre sentiment '
Le problème du handball reste celui de la formation. On a un très grand déficit en matière d'encadrement de jeunes, parce que la plupart des cadres veulent aller entraîner les équipes seniors. Les équipes jeunes ont été délaissées. Parfois, les clubs intègrent des équipes jeunes juste pour pouvoir bénéficier des subventions. On ne s'occupe pas du tout de leur formation. Dans le monde aujourd'hui, il y a une grande tendance à la formation spécialisée des jeunes avec le contrôle des charges d'apprentissage. Ce n'est pas du tout le même travail que celui des adultes. Malheureusement, ce n'est pas le cas chez nous, et ceci n'est pas pour former les enfants mais pour les détruire. C'est à cet âge qu'on construit réellement la performance. Il y a des équipes nationales qui ont été mises en place ces derniers temps. Je trouve que c'est une bonne chose dans le sens où ça peut apporter une certaine motivation aux jeunes et leur permettre d'être confrontés à d'autres équipes et gagner en expérience. Mais ce n'est pas uniquement la compétition internationale qui va développer et aider à la formation. Celle-ci peut se faire aussi au sein des associations.
- L'Algérie s'apprête à organiser, dès le mois de janvier 2014, les Championnats d'Afrique de handball, où en sont les préparatifs '
C'est bien que l'Algérie puisse revenir sur le plan africain et que le public renoue avec la compétition, comme par le passé à la salle Harcha. Mais il faut dire qu'il y a beaucoup de conditions qui ne sont pas réunies aujourd'hui. J'ai eu l'occasion de voir récemment la salle Harcha, elle ne peut en aucun cas abriter une compétition internationale. Il y a de nouvelles exigences internationales, les parquets, les structures d'accueil, les vestiaires, les sanitaires doivent être réaménagés. J'ai saisi les autorités pour procéder à des travaux concernant les structures d'accueil. Celles d'hébergement posent aussi problème. C'est pour cela que j'ai envoyé une demande à la Confédération africaine afin de pouvoir décaler les Championnats d'Afrique au mois de février 2014. Dans certains pays, ils n'ont pas besoin de faire de gros efforts, parce que les infrastructures existent. Elles sont bien entretenues et répondent aux normes. Ce n'est pas le cas pour nous, aujourd'hui.
- Dernièrement, l'équipe nationale a fait l'impasse sur un stage à l'étranger. Quelles sont les raisons qui ont amené à cette décision '
Quand je suis arrivé, l'équipe nationale avait un programme. Elle avait pris part aux JM avec un encadrement, qui a été désigné. J'ai été saisi par la suite par l'entraîneur national qui m'avait informé qu'il avait un tournoi compétitif en Slovénie. Je n'étais pas du tout contre cette idée. Mais il n'y avait pas d'argent pour la prise en charge de cette équipe. On a réussi à solliciter des collègues pour régler cette situation. Par la suite, le problème de la billetterie s'est posé, car le stage intervient en pleine période estivale. Ceci en plus du fait que la majorité des joueurs internationaux du GSP n'étaient pas disponibles, de même que ceux de l'équipe de Skikda. Les professionnels, qui évoluent en France, étaient, eux aussi, en préparation avec leurs clubs respectifs. Malgré cela, je n'étais pas contre l'idée que l'équipe se déplace. Cela ne s'est finalement pas fait pour des raisons objectives. Mais il ne faut surtout pas accuser la nouvelle Fédération, car, à l'époque, elle n'était même pas installée.
- Le Fédération vient d'être dotée d'un nouveau siège'
Effectivement et je suis très content. Les conditions sont idéales dans cette villa, située à la cité des Crêtes, à Draria. On devrait emménager dans deux semaines. On ne l'a pas fait jusqu'à présent, parce qu'il y a un problème de téléphone. Il va y avoir une réhabilitation de l'ancien siège pour le mettre au service d'une structure technique, comme la DTN. La haute performance commence par cela et je tiens à féliciter Mohamed Aziz Derouaz pour ce choix. L'agence Média Algérie va nous aider à la réhabilitation du siège afin de le rendre fonctionnel.
- Qu'en est-il de la désignation d'un DTN '
Nous avons sollicité une personne. Cela devrait aboutir dans peu de temps. A partir de là, le futur directeur technique national aura toute latitude de choisir l'encadrement qu'il juge capable d'assumer sa nouvelle tâche. Mais je persiste à dire qu'il y a parmi l'encadrement qui existe dans certaines catégories des entraîneurs compétents. Et il faudra peut-être les reconduire.
- On vous laisse le soin de conclure'
Il faut penser à la réconciliation de la famille du handball. Nous sommes responsables de cette discipline. Il faut mettre tous les moyens qui lui permettront progressivement de retrouver sa notoriété d'antan. Le handball a besoin de tous ses enfants. Nous voulons travailler avec toutes les personnes qui peuvent nous aider et nous sommes prêts à les accueillir et les écouter. Je pense que ça ne peut qu'être positif pour le handball algérien.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Farouk Bouamama
Source : www.elwatan.com