Constantine - A la une

Le commerce illicite, ancré dans la ville des ponts suspendus Constantine



Photo : Riad
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi

L'informel s'est développé librement, allant crescendo (depuis deux décennies), en l'absence d'un canevas de décisions strictes de la part des ordonnateurs locaux, au point de devenir un marché parallèle entériné par «réflexe». Les multiples tentatives d'éradication ont toujours buté sur le rempart du chômage. Constantine a vu son réseau de commerce informel s'amplifier ces dernières années. Malgré toutes les tentatives de recasement et de résorption du chômage, les rues et ruelles de la cité millénaire sont envahies par des marchandises hétéroclites jonchant le sol et des étalages improvisés. Une situation héritée d'un laxisme flagrant des différents départements à l'échelle locale ou nationale et des responsables qui se sont succédé. Pourtant, l'on crie haut et fort : l'économie nationale est pompée par l'illégalité dans la pratique commerciale. Du moins l'actuelle équipe ministérielle compte assainir la situation qui frappe toutes les wilayas du pays d'une façon radicale. Un legs qui demeure difficile à gérer si l'on ne prévoit pas en parallèle un substitut pour les jeunes en décadence. Les mesures concrètes qui ont été prises par le nouveau gouvernement de M. Sellal devront mettre un terme aux traites informelles ayant enlaidi toutes les villes du pays. Une décision, voire un engagement salutaire, puisque les espaces publics et autres rues piétonnières, jusqu'ici squattés, seront à l'avenir récupérés pour le bien de l'environnement et, par-dessus tout, au service de l'économie nationale. Il n'échappe à personne que les étalages éparpillés çà et là à travers les marchés et souks hebdomadaires, en plus des petites «transactions» journalières aux abords des rues et ruelles s'alimentent généralement auprès des grands «barons» agissant dans la «discrétion» totale en brassant des fortunes qui donnent le tournis. L'informel use l'économie nationale, c'est un fait. Les récentes études publiées démontrent un taux alarmant dû à cette usure. Plus de 30% des transactions sont entachées d'argent sale. Constantine ne déroge pas à ce spectre de par ses étalages de la périphérie et ses commerces jouxtant chaque quai.

L'informel, pratique enracinée grâce à la faiblesse du pouvoir de décision
Les pouvoirs publics, locaux ont pratiquement tenté de battre toutes les cartes pour venir à bout de cette situation . Mais de l'avis de cadres imprégnés du domaine, le phénomène avait pris de l'ampleur faute d'un suivi rigoureux émanant particulièrement des communes et des services de contrôles mixtes (commerces et services d'ordre) pour pouvoir d'une seule main éradiquer cette pratique qui s'est enracinée intensément depuis deux décennies. C'est dire que l'informel tournait en roue libre en l'absence d'une stratégie fiable susceptible de le neutraliser sans rafistolage de circonstance. Ainsi le maillage des étals qui prenaient naissance dans des endroits pour le moins prisés par le grand rush de la population surtout au c'ur de la vieille ville, Rahbet Ladjemal et les sous-sols, s'est amplifié au fil des ans et s'est imposé d'une façon singulière à même les grandes avenues du centre-ville, empêchant de la sorte les passants à marcher sans avoir recours au saute-mouton. On y trouve de tout, puisque le code à barres made in China prédomine parmi les produits. Néanmoins, les responsables locaux ont franchi un grand pas en 2011, au niveau de la rue du 19-Juin, puisque le brouhaha de commerçants qui envahissaient les parterres en gênant considérablement les boutiques avoisinantes était délocalisé. Une volonté qui ne s'est pas généralisée. Et, depuis, la montée de la courbe du chômage chez les jeunes universitaires, diplômés ou non, aura aggravé la situation. Dans la perspective de lutter contre l'informel, les collectivités locales avaient engagé plusieurs processus de résorption «légale» dont le dernier a été l'affectation de locaux pour chaque commune. Une échappatoire, selon certains observateurs, qui n'a pas trouvé l'effet escompté. Le pourcentage grandissant des sans-emploi et ce, malgré les dispositifs étatiques mis en branle par le biais de l'Ansej, Cnan, Anem, n'a pas eu son dernier mot sur le phénomène. D'aucuns pointent du doigt les collectivités locales pour leur laxisme quant à l'amplification du commerce illicite. Cela dit, tous les projets destinés à la résorption de l'inactivité -et à la livraison d'aires de pratiques commerciales pour le moins tolérables par la réglementation- auront connu des irrégularités turbulentes au départ. Il en va des opérations de recensement des jeunes bénéficiaires par les délocalisations aux livraisons. Les locaux de la cité Daksi, il y a quelques années, sont l'exemple éloquent de cette anarchie. Par ailleurs, la capitale de l'Est est privée de grands projets d'investissements (notamment des usines) générateurs de postes d'emplois supplémentaires. Elle offre peu de latitude aux jeunes qui se jettent sur la facilité en s'emparant d'une parcelle où ils dressent leurs étals. L'informel perdurera à Constantine tant que les services compétents lui tourneront souvent le dos en guise de sympathie pour les sans-emploi. «Que voulez-vous qu'on fasse ' En attendant l'amélioration des choses on ne va pas empêcher les personnes de gagner leur pain'» C'est une assertion de quelques élus qui ont refusé jusqu'ici de s'impliquer dans la bataille contre le commerce illicite.
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