
Tristesse inouïe ! Abdelaziz Badjadja, dit Azzouz, nous a quittés, sans prévenir, emporté à 59 ans seulement par un impitoyable arrêt du coeur. Constantine est orpheline ; de nouveau orpheline de l'un de ses enfants valeureux, irremplaçable par ces temps de stérilité du ventre constantinois.Ceux très nombreux qui sont venus l'accompagner à sa dernière demeure mercredi passé, n'en revenaient pas, interloqués par la douleur de la perte et le vide soudain et insoutenable laissé par cet homme d'exception. Il y avait beaucoup de questionnements dans les yeux hagards de cette assistance composée de proches parents, d'amis et surtout de membres de la communauté universitaire. Azzouz, architecte émérite et enseignant universitaire est parti prématurément. Trop jeune pour son épouse et ses deux enfants, trop jeune pour sa ville à laquelle il s'est dévoué depuis son retour d'Europe.Car il fait partie de cette génération d'universitaires rentrés chez eux du temps où «la harga» pouvait se faire en sens inverse, du temps où l'espoir exalté de construire son pays n'était pas encore assassiné. Sans regret ni remords, Azzouz s'est attelé à accomplir sa tâche et apporter sa pierre à l'édifice, discrètement mais dévotement. Architecte, diplômé de l'université de Constantine, ensuite de l'université Rome La Sapienza en 1986 comme restaurateur de bâtiments historiques, Azzouz est venu naturellement, par déterminisme même, à prendre la responsabilité de restaurer le palais du Bey. Un travail d'orfèvre qu'il a assumé, laborieusement, contre vents et marées, et au détriment de sa santé, peut-être.Car comment sortir indemne d'une telle épopée, une expérience mystiquement exigeante, et tout aussi éprouvante, voire traumatisante quand la bêtise du pouvoir vient frustrer l'esprit du savant. Il était pourtant excité à l'idée de reprendre les rênes du chantier pour accomplir cette dernière phase qui consiste à réparer la polychromie des murs intérieurs du palais. Il était aussi très proche et jusqu'aux derniers moments de sa courte vie sur terre, de ses étudiants avec lesquels il a pris contact le soir même de sa disparition, pour préparer le cours suivant.A la faculté d'architecture, Azzouz faisait l'unanimité sur sa personne y compris parmi ceux qui ne partageaient pas sa doctrine. Affable et généreux, modeste et compétent, il est resté détaché de ce monde en décadence, notamment l'université qu'il regardait de haut. «La grandeur de nos universités n'existe qu'en nombre de places pédagogiques et leur nombre sur le territoire, pour le reste il faudra repasser un autre jour !!!», écrivait-t-il. Qu'importe le résultat, tu as fais de ton mieux Azzouz, tu peux reposer en paix !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nouri Nesrouche
Source : www.elwatan.com