
Boukhalfa Laouari, enseignant chercheur à l'université Mouloud-Mammeri, a rencontré le chercheur, James House, auteur d'un livre sur les massacres du 17 Octobre. Dans un long entretien à lire sur le site du journal, l'historien apporte une lecture nouvelle et originale de cette tragédie. À la question relative à "cette bavure policière" comme rapporté par certains chercheurs français, le Dr House a une autre réponse. "Notre ouvrage tente de sortir d'une surfocalisation sur la seule journée du 17 Octobre 1961, pour montrer que ce paroxysme de la violence coloniale devrait se situer dans un contexte de répression exacerbée contre les Algériens en septembre et octobre 1961. Comprendre la production de cette violence nécessite toutefois de remonter beaucoup plus loin en arrière, car le système répressif mis en place à Paris était basé en partie sur des pratiques utilisées en Algérie : ici, le personnage du préfet de police de Paris, Maurice Papon, ancien superpréfet à Constantine (1956-58), est révélateur ; il a encouragé le transfert en région parisienne d'un personnel militaire qui a lutté contre le FLN dans des quartiers urbains algérois, par exemple." Aux yeux de beaucoup de policiers, la répression du 17 Octobre relevait d'une sorte de violence punitive que les Algériens avaient méritée de par leur soutien au FLN. De ce fait, les forces de l'ordre considéraient tous les Algériens comme coupables. La violence policière du 17 Octobre 1961 ressemblait à un type de défoulement collectif sur des manifestants non armés. En général, les policiers de "la base" se savaient couverts par leur hiérarchie : sur ce point, Papon avait été explicite lors de ses tournées dans les commissariats en septembre et octobre 1961. Tout comme Papon disposait d'une marge de manœuvre par rapport au gouvernement, les policiers bénéficiaient donc d'une certaine "latitude" par rapport à leurs supérieurs. Autre élément important ici : la répression "exemplaire" du 17 Octobre répondait à la nécessité ressentie par les responsables de la préfecture de police d'empêcher "l'invasion" du centre-ville et d'envoyer ainsi un message très fort que le FLN n'allait pas être "maître de la rue". La question de la "bavure" renvoie le plus souvent à la question de la responsabilité individuelle : or, avec le 17 Octobre, la production de la violence est institutionnelle, comme l'a bien montré l'historien Alain Dewerpe dans son ouvrage sur le massacre de Charonne (février 1962). En même temps qu'une étude des violences, notre ouvrage essaye d'expliquer la production d'un certain silence social autour du 17 Octobre 1961, en abordant la question de savoir comment et pourquoi l'événement a pu "disparaître" en France métropolitaine suite, principalement, aux tentatives d'occultation réussies de l'Etat français. Toutefois, d'autres facteurs sont aussi entrés en jeu, comme l'impossible réponse de masse chez la gauche française et les tensions au sein du FLN. Notre livre tente, enfin, d'examiner la "remontée à la surface" de l'événement à partir des années 1990, processus aussi remarquable qu'inattendu : des militants et des militantes de la mémoire ? Algériens et Français ? ont porté le souvenir du 17 Octobre 1961 dans le cadre des mobilisations pour la justice symbolique dans des conditions politiques plus propices. Ces initiatives en faveur de la reconnaissance du massacre en France sont bien venues de la société civile.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Liberté
Source : www.liberte-algerie.com