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La recherche scientifique, l'autre paramètre



La recherche scientifique, l'autre paramètre
Prévue initialement pour les 21 et 22 décembre dernier, la conférence nationale de l'évaluation du système LMD (licence-mastère-doctorat) se tient depuis hier au Palais des Nations, et regroupe la tutelle avec le corps enseignant et des experts.La contribution à ce rendez-vous pédagogique a été préparée en amont sur plusieurs mois. Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a mis à disposition des différents partenaires, universitaires, étudiants et responsables d'institutions universitaires un espace de concertation pour que chaque partie apporte sa pierre à l'édification d'une éventuelle refonte du système LMD.Il s'agissait du site internet «http//lmd.mesrs.dz» qui a permis d'enrichir le débat et pallier les dysfonctionnements d'un système qui, au bout de dix années d'existence et un million de diplômés, a peut-être montré ses limites et doit être passé au crible.La conférence, dont les travaux durent deux jours, hier et aujourd'hui, permettra de faire une synthèse de toutes les remarques, suggestions, propositions et appréhensions que la communauté universitaire a relevées depuis 2004, date de l'instauration du système LMD. Les intervenants sur le site sont unanimes quant aux bouleversements qui en ont résulté.«En 2004, l'Algérie s'est engagée dans ce système en tant que gage d'harmonisation avec les autres pays de la communauté internationale qui, sous le sceau de la globalisation économique, impose des standards et des normes de formation supérieure.Le système LMD, pierre angulaire de la modernisation du système d'enseignement supérieur, vise un ensemble d'objectifs où l'étudiant est au coeur des préoccupations : il s'agit de lui assurer une qualité de formation garantissant la reconnaissance et le transfert de ses acquis, sa mobilité et son employabilité», argue le ministère de tutelle.Des orientations qui ont transformé le cursus universitaire et la vision globale de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Des universitaire étayent ce constat : «Nos universités connaissent, depuis quelques années, notamment depuis la réforme LMD, de profonds bouleversements dans leurs structures, dans leurs missions, dans leur environnement, mais aussi dans les métiers des personnels des universités.La réorganisation des fonctions de support, l'évolution des méthodes d'enseignement, l'évolution des missions des enseignants chercheurs et des enseignants ont tendance à remettre en cause l'identité de chaque corps», peut-on lire sur ce même site.Le système LMD a essuyé de nombreuses critiques en raison de son manque d'ancrage économique et de sa faible avancée en matière de recherche, entre autres.«Ces évolutions et celles qui pourraient découler appellent à une décentralisation et nous interrogent sur les politiques de ressources humaines pour l'université de demain, car elles constituent le coeur des universités», a analysé un universitaire.La tutelle, via cette conférence d'évaluation, aspire à jeter les jalons d'une nouvelle politique visant «l'amélioration de la qualité des formations supérieures en dégageant des palliatifs aux insuffisances constatées dans l'application du système LMD, en adoptant une démarche de gouvernance axée sur les objectifs de réforme de l'évaluation continue et en instaurant la pratique de l'évaluation institutionnelle permanente». Le ministre de tutelle, Tahar Hadjar, a, dans une récente déclaration à la presse, évoqué aussi le chapitre de la recherche.Lors de la première journée de cette conférence nationale, un atelier a été consacré à «La relation université-secteur économique». La recherche, dans un plus large sens, s'apparente à une cheville ouvrière pour l'essor des deux partenaires. Encore faudrait-il la mise en place d'un financement privé.On en est bien loin puisque, de l'aveu même du ministre, «99% des projets de recherche s'effectuent à l'université et sont financés à 100% par cette même institution et non par les entités économiques». Et de préciser que l'Etat dépense la bagatelle de 20 milliards de dinars annuellement pour la recherche scientifique. Un point sur lequel les avis de nombre d'universitaires convergent.Pour le professeur Abdelouahab Zaatri, enseignant-chercheur à l'université Mentouri de Constantine, il n'y a pas de jonction réelle entre le domaine de la recherche et le monde économique actuellement : «Ce qui réduit la notion de recherche à sa plus simple expression, c'est-à-dire une activité de mise à jour des connaissances du chercheur.» Les entraves liées au bon déroulement de n'importe quel projet de recherche sont de notoriété publique et ils sont nombreux.Les universitaires les ont égrenés à chaque fois que l'opportunité leur a été donnée d'en débattre. Selon les statistiques officielles, il existe en Algérie 860 chercheurs pour un million d'âmes. Un ratio en dessous des normes internationales qui consacrent 1080 chercheurs pour un million d'âmes. Un écart qui, même s'il est minimisé par le ministre de l'Enseignement supérieur, reflète la réalité de la recherche dans l'université algérienne.L'officialisation des laboratoires, la communauté des chercheurs, la gestion des projets et bien d'autres sujets reviennent tel un leitmotiv dans les discours des universitaires.Aussi, la recherche éprouve des difficultés à prendre son envol puisque le chercheur est loin des centres de décision. «La recherche est dirigée par la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) basée à Alger.Il n'existe pas d'interlocuteur direct avec le chercheur, qui se trouve déconnecté du système de prise de décision. Les liens avec la DGRSDT sont strictement organiques et formels. Preuve en est le faible impact des nombreux projets ainsi que les résultats des labos qui restent peu ou pas visibles sur le terrain», a soutenu le Pr Zaatri dans une récente interview.L'élément humain n'est pas en reste. De l'avis de notre interlocuteur, outre le manque d'appui logistique, le processus d'achat, de réception et de mise en œuvre des produits, le manque de disponibilité ? la présence physique des étudiants engagés dans la recherche au niveau des laboratoires ? impacte sensiblement sur ce volet. Ce qui, immanquablement, «pose des problèmes de gestion, de coordination et affaiblit les performances».


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