L'Algérie n'a pas besoin de changement ! C'est la phrase-clé de cette semaine prononcée par le chef de gouvernement lors d'un meeting à Constantine où il a préféré parler de' continuité. Prendre à la lettre le contenu du message lancé par Ouyahia dans cette campagne électorale signifie qu'entre ses motivations politiques personnelles et celles qui caractérisent le projet de Bouteflika qui appelle au renouveau même si l'entreprise reste vague, il y a une contradiction flagrante qui sonne comme une fausse note. En effet, alors que tous les partis du sérail, anciens et nouveaux, engagés dans la bataille des législatives avec un mot d'ordre précis - le changement - font le forcing pour soutenir autant que faire se peut l'idée maîtresse à laquelle tout le monde s'accroche et qui laisse entrevoir une possible refondation du système par le biais d'une instance parlementaire dotée pour la première fois d'un statut démocratique, le secrétaire général du RND choisit l'option la plus déroutante pour faire la promotion de son programme en plaidant pour le maintien de ce même système, facteur selon lui de concorde, de stabilité et de croissance économique.
Pourquoi donc mettre en 'uvre toute cette mise en scène électoraliste pour revenir à la case départ ' De deux choses l'une : ou bien Ouyahia ne croit pas lui-même au concept du changement tel qu'imaginé par les têtes pensantes d'El Mouradia, et par conséquent s'autorise le droit de le dire publiquement même si cela doit faire grincer des dents, ou alors il continue dans sa stratégie frondeuse pour ne pas dire provocatrice pour contrer le plan de Bouteflika avec lequel il n'a pas toujours été d'accord même en faisant partie de l'alliance. Dans les deux cas de figure, la sortie de Ouyahia ne pourrait être interprétée que comme une résistance d'arrière-garde à toute tentative d'ouverture politique qui mettrait les partis ayant régné jusque-là sans partage, dont le sien, en danger réel face à la forte poussée démocratique - citoyenne ou partisane - qui gronde de partout et qui se déploie hélas de manière un peu anarchique, voire sans projection ni perspective précises.
Etant connu pour être un farouche défenseur du statu quo politique qui n'autorise ni la libération de l'espace démocratique ni l'alternance au Pouvoir, et qui permet à sa carrière et celle de tous les caciques de prospérer sans trop de problèmes, Ouyahia est cependant suffisamment intelligent pour ne pas mesurer le sens des mots. Le pavé qu'il a jeté dans la mare, s'il n'est pas innocent, reflète de toute évidence tout l'enjeu qui sous-tend les prochaines élections, mais aussi le vrai état d'esprit de nos dirigeants pour qui faire de la politique c'est accéder aux sphères du Pouvoir par le jeu d'accointances douteuses pour y demeurer le plus longtemps possible sans avoir à rendre des comptes de leurs actes devant l'opinion publique. Une sorte d'impunité face à toutes les éventualités.
Le système autoritariste dans lequel évolue la classe dirigeante lui donne, en fait, cette prodigieuse faculté de regarder la société d'en haut, de parler en son nom sans connaître ni vivre de près les bouleversements profonds qui la traversent. Sinon, comment expliquer ce rejet du changement alors que la société algérienne est en pleine effervescence et revendique plus que jamais le droit à la liberté de se prendre en charge elle-même par ses prolongements partisans et associatifs, dans un système démocratique qui oppose au clientélisme la probité et la compétence ' La question qui se pose en réalité, alors que la campagne électorale est lancée dans une inconnue qui inquiète les Algériens soucieux d'une vraie alternative démocratique, c'est de savoir si l'Algérie est prête aujourd'hui à faire le saut qualitatif vers une recomposition du système avec une classe politique qui a été à mauvaise école '
Si les partis traditionnels ont tous hérité, d'une manière ou d'une autre du dogme du FLN qui a fait de la démagogie sa principale recette, les nouveaux venus créés intempestivement dans la foulée des législatives arrivent difficilement, pour la plupart, à se dépêtrer de cette culture idéologique qui consiste à tout ramener au patriotisme, au nationalisme, à l'unité pour paraître légitimes. Si on se perd dans la pléthore de sigles des partis qui, sans expérience ni véritable structuration, mais seulement avec une ambition inimaginable convoitent l'Assemblée nationale populaire comme si on partait à une pêche miraculeuse, ce sont leurs discours creux qui donnent à réfléchir et surtout la façon de faire de la politique qui n'augure rien de prometteur pour l'avenir. La politique en Algérie pour beaucoup, c'est de monter sur une estrade, de prendre un micro et de haranguer les foules.
Créer un parti, c'est réunir le nombre nécessaire à sa fondation et demander l'agrément. Devenir député, c'est s'inscrire dans une liste et attendre' C'est peut-être caricatural, mais on n'est pas loin de la vérité. Sans vouloir généraliser, on est tenté de dire que n'importe qui fait du n'importe quoi pour investir une scène où l'art de faire de la politique créatrice d'une élite digne de ce nom capable de comprendre, de discerner et d'orienter les pulsations de la société a été dévoyé depuis longtemps.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderezak Merad
Source : www.elwatan.com