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La destination Algérie toujours à la traîne



La destination Algérie toujours à la traîne
Des centaines de lits 4 et 5 étoiles viennent, chaque année, augmenter la capacité d'accueil sans améliorer le rapport qualité/prix. C'est qu'en Algérie, on a voulu développer le tourisme de vacances avec l'hôtellerie d'affaires.Les saisons estivales se suivent et le constat est toujours le même : les Algériens continuent à bouder leur propre pays. En matière d'offres, ce ne sont ni les attraits culturels et, encore moins, les lits qui manquent. En matière de demande, ce n'est pas le pouvoir d'achat des clients potentiels qui fait défaut.Le mois de Ramadhan ne chevauche plus avec l'été et, malgré cela, nos hôtels balnéaires trouvent des difficultés à assurer un taux d'occupation acceptable en ce mois de juillet. Pour essayer de comprendre ce ratage recommencé, nous avons approché certains professionnels de la place. Selon eux, le fiasco de la destination Algérie est un problème de fond. Ils citent, entre autres, l'image de marque, la politique de promotion, l'hébergement, la concession des plages, l'animation, les offices de tourisme et les agences de voyages. Les attentes du produit touristique sont implicites et explicites. C'est pourquoi, la subjectivité joue un rôle important dans l'appréciation d'une destination. Cette dernière est avant tout une image, et il est malheureux de constater que les Algériens se font une piètre image de leur propre pays. On ne voyage pas dans une destination qui ne nous fait pas rêver, même si c'est notre propre pays ! Pour créer cette image et construire une destination, il faut, entre autres, toute une politique de promotion. Or, chez nous, si pour la culture, l'essentiel est de dépenser des budgets sans obligation de résultats, pour le tourisme, c'est encore pire avec une véritable politique de fuite en avant. La seule action de promotion de la chose touristique dans le pays reste le Salon international du tourisme et des voyages, le Sitev. Si à ses débuts, cette manifestation avait sa raison d'être, elle est devenue, avec le temps, la plus grande foire mondiale des ventes des destinations étrangères aux Algériens, organisée et financée par le Trésor public. Un touriste est une personne qui passe au moins une nuitée hors de chez lui et dans une structure d'hébergement commerciale. L'hôtellerie reste le mode d'hébergement privilégié. En Algérie, chaque année, des centaines de lits 4 et 5 étoiles viennent augmenter la capacité d'accueil sans améliorer le rapport qualité/prix. C'est qu'en Algérie, malgré les alertes des experts, on a voulu développer le tourisme de vacances avec l'hôtellerie d'affaires. Le résultat est chaotique avec à la fois une demande nationale annuelle de près de 4 milliards de dollars non satisfaite et une mévente de lits classés 4 et 5 étoiles. Un touriste est quelqu'un qui se déplace hors de chez lui, donc, d'essence fragile, développant la sensation de déracinement et d'insécurité. Or, le seul chantier ouvert par le ministère du Tourisme depuis la fin des années 1990 est celui de la concession des plages. Seulement, au lieu d'agir positivement sur la qualité de l'offre, il a transformé les jeunes, autrefois accueillants et chaleureux des villes côtières, en de violents squatteurs des espaces publics.Aujourd'hui, l'Algérie est l'un des rares pays dans lequel le citoyen est sommé de payer à des jeunes, souvent dés?uvrés, une dîme pour qu'ils veillent sur sa sécurité et sur l'hygiène de son environnement, alors qu'il se trouve sur une plage publique de moins de 2 km, dotée de postes de pompiers et de police. Si l'on part en vacances, c'est pour se déconnecter d'une certaine vie quotidienne, et c'est à ce niveau qu'intervient l'animation des plages et des villes côtières. En Algérie, paradoxalement, en été, c'est dans les villes côtières que l'animation fait défaut et c'est dans les villes de l'intérieur qu'elle s'affranchit. Dans une ville émettrice comme Constantine, depuis le début du mois de juillet, on assiste à une moyenne d'une soirée artistique par jour, en plus des salons et autres événements thématiques. Juste à côté, dans une ville balnéaire réceptive, comme Collo, aucune activité n'a été signalée à ce jour. Le tourisme est aussi une affaire de territoires et d'attractivités territoriales. Sans APC dirigées par des élus représentatifs, managées par des cadres compétents et dotées des prérogatives qu'il faut, il est vain de s'attendre au meilleur en matière d'accueil, d'hygiène et d'animation. L'Algérie est le seul pays au monde où l'on continue de préparer la saison estivale, mais en l'absence des professionnels du secteur. Elle reste, aussi, le seul pays au monde qui cherche à faire du tourisme un moyen de développement local alors que sa capitale, Alger, première destination nationale, est toujours sans office du tourisme. Depuis 1840 et la saga de Thomas Coock, le développement du tourisme est intimement lié au secteur des voyages. En Algérie, en 2017, les agences de voyages du pays restent la première force de vente des destinations étrangères. Au lieu d'une législation qui débureaucratise la profession tout en la réglementant davantage, ainsi que de leviers financiers, monétaires et fiscaux qui encouragent le réceptif et l'interne, les pouvoirs publics viennent de pondre un nouveau texte déréglementant, encore, le secteur, pour ne pas dire le livrant aux salafistes.Mourad KEZZAR
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