Les cultures chaouie et bebère viennent de perdre une figure incontournable de la chanson et de la militance culturelle en la personne de Messaoud Nedjahi, décédé avant-hier à l'âge de 67 ans.Survenue brutalement, la mort de Messaoud Nedjahi, auteur-compositeur-interprète de langue chaouie et militant de la cause amazighe, également compagnon de la chanteuse Dihya, a plongé le milieu artistique dans la consternation.
Figure emblématique des Aurès, l'enfant de M'chouneche était un créateur polyvalent : chanteur, musicien, poète, romancier, plasticien et psychologue. Il a connu les affres de la guerre à l'âge de quatre ans quand sa famille fut expulsée du village d'Ighzer-Amellal en 1958. Son père, militant indépendantiste, est ensuite déporté à Cayenne. Il décèdera huit ans après l'indépendance. Très jeune, Nedjahi commence à subir le déni identitaire et culturel et se fait harceler et persécuter du fait qu'il s'exprime en chaoui. Au début des années 1970, il crée des groupes de chant et de théâtre berbérophone, dont Abliwen et Achun. Il écrit et met en scène une pièce relatant l'épopée du roi amazigh Jugurtha mais elle sera interdite de présentation. Nous sommes alors sous la présidence de Houari Boumediène, connu pour son hostilité à la diversité linguistique et culturelle et pour son offensive contre les militants berbéristes. Passionné et coriace, Messaoud continue d'?uvrer pour sa langue natale, notamment en traduisant des poèmes universels vers le chaoui. En 1972, alors qu'il poursuit des études en psychologie à l'université de Constantine, il fréquente assidument le milieu artistique de cette ville et organise sa première exposition d'arts plastiques, laquelle sera vandalisée, un de ses amies sera d'ailleurs grièvement brûlée lors de cette agression. En 1979, il rencontre la chanteuse Dihya qu'il épouse et pour qu'il écrira et composera plusieurs titres.
En 1980, il sera un acteur de premier plan dans la révolte des étudiants, communément appelée «Printemps berbère». Poursuivi, à l'instar de ses camarades, par la justice algérienne, il décide de quitter le pays en 1981, pour s'installer en France. Il ne reviendra dans les Aurès qu'en 2008. Depuis, il a activement participé à l'épanouissement de la scène culturelle dans la région, notamment en animant plusieurs conférences, en fondant une maison d'édition et un groupe de recherche sur l'Histoire des Aurès.
Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, entre romans, poésie et théâtre, dont L'insoumis, Les anges naissent aux Aurès, Autopsie d'une identité, Les trois précieuses, etc. Il est également l'auteur et compositeur de la plupart des chansons de son épouse Dihya, dont Chants et rythmes berbères des Aurès, Ekker (Debout), etc. Il sort, par ailleurs, quatre albums dont Iwal (Espoir) et Tilawin n tmurt inu (Les femmes de mon pays).
Depuis l'annonce de son décès, les hommages de ses pairs se succèdent, dont le duo de chants chaouis moderne dont le groupe porte justement le nom de «Iwal» qui voit en sa mort une «immense perte pour les Aurès et pour l'Afrique du Nord».
S. H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sarah Haidar
Source : www.lesoirdalgerie.com