
SouikaAller à Constantine sans faire un tour à la vieille ville, c'est rater l'âme de la ville. Souika ? littéralement petit souk ? est une longue venelle où s'alignent les échoppes de fruits secs, d'herboristes et d'un torréfacteur qui est là depuis la nuit des temps et qui embaume l'atmosphère de l'odeur enivrante du café. Souika est le passage obligé de toutes les familles constantinoises et, en période de fêtes, il faut faire la queue pour marcher. Au bout de la rue, l'un des artisans confiseurs les plus connus propose sa célèbre « djaouzia », ce nougat au miel pur et aux noix qui vaut quand même jusqu'à 2000 dinars le kilo. On débouche sur « Echatt » (le rivage), là où Kateb Yacine a élu domicile dans le foundouk à quelques mètres du café Nedjma, qui a vu passer tous les poètes, écrivains et artistes de la ville. Aujourd'hui, le café djezoua a été remplacé par le gobelet jetable. C'est l'époque qui le veut. Triste époque.Le bourek de ramadhanOn traverse furtivement la rue Larbi Ben M'hidi et ses embouteillages interminables et on s'engouffre dans Erssif, autre vieux quartier où d'innombrables boutiques vendent chaussures et habillement. Seul le vieux marchand de zlabia au miel pur a résisté à toutes reconversions et il y a constamment foule autour de plateaux dégoulinants de miel. Au bout de cette longue rue où par endroits, les pavés de vieille pierre sont encore intacts, on débouche sur Rahbet Essouf, quelques magasins vendent toujours la laine, cette matière indispensable pour les jeunes mariées. Mais c'est durant le ramadhan que la place devient une attraction avec les marchands de bourek que les jeûneurs commandent en avalant du regard les gestes précis du préparateur : de la feuille dioul (ici on dit khatfa) farcie selon la commande, cervelle, crevettes, viande hachée... Le marchand, conscient de l'attraction qu'il suscite, donne à ses gestes un air auguste et en rajoute même. Devant les yeux voraces des jeûneurs...Souk El AsserOn monte vers Souk El Asser ? le marché de l'après midi ?, le marché le moins cher de la ville et on le dit souk du pauvre tant ici les prix sont imbattables. Face à la légendaire école El Kettania et la mosquée du même nom, les étals des fruits et légumes s'allongent à perte de vue. Le nom de Souk El Asser est, semble-t-il, légué par les juifs qui furent nombreux à Constantine et d'ailleurs le quartier était habité par eux. Là-bas, au bout du marché, une grande place fait office de parking. Jadis elle abritait une synagogue et c'est là que fut abattu le musicien Raymond Leyris par le FLN parce qu'il collaborait avec les forces coloniales. Ce que refuse d'admettre son gendre, Sylvain Ghenassia, plus connu sous le nom d'Enrico Macias, natif du quartier et qui passe son temps à fustiger l'Algérie de ne pas le laisser revenir dans sa terre natale. Mais alors pourquoi autant de juifs vont et viennent en toute liberté sur les tombes de leurs aïeux ' Demandez à l'avocate Gisèle Halimi ou encore aux parents de l'acteur Roger Hanin qui repose en terre d'Algérie selon ses v?ux.Chez AbbasBouguerra Abbas est un authentique et vous montre avec fierté son bras droit amputé de la main qu'il a perdue en voulant renvoyer une grenade aux Bérets rouges. La bombe lui a explosé dans la main et depuis il cuisine de la main gauche dans son auberge, un havre de paix situé en plein centre ville à la place de La Pyramide comme l'appellent les Constantinois, en allusion à l'obélisque qui se dresse au milieu du rond-point. Chez Abbas, on mange des plats du terroir et cela va de la véritable chekhchoukha à la chorba frik en passant par la loubia-sépia, une spécialité de la maison réservée aux habitués. En guise de dessert, le patron grimpe sur une échelle et coupe une grappe d'un raisin juteux qui pend dans sa longue treille ! Chez Abbas, c'est une oasis de quiétude au milieu d'une ville bruyante et les après-midi pluvieux, les jeunes y viennent prendre le thé et écouter les longues complaintes de malouf...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A A
Source : www.horizons-dz.com