Photo : S. Zoheir
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi
La carte postale frappée du cachet de la poste et portant un timbre du pays a quitté les boîtes aux lettres des ménages depuis que le monde numérique et la toile se sont largement répandus. Pourquoi enverrai-t-on une image de la ville où l'on passe quelque temps, alors qu'un contact direct avec transmission vivante avec le destinataire est faisable sans peine ' C'est l'une des causes indéniables, voire la seule, à avoir découragé les concepteurs de ce genre de produits et à les poussés à changer de métier.En première ligne figurent les éditeurs et ensuite les photographes. Seuls de rares nostalgiques continuent à croire au charme de la photo imprimée sur bristol. Et la magie des ponts de Constantine qui s'en dégageait depuis des lustres attire peu ! Muni chacun de leurs appareils avec zoom, la plupart des personnes sillonnant les points névralgiques de l'histoire de Cirta jugent intéressant de prendre des photos au moyen de leurs propres matériels sans passer par des spécialistes ou par des amateurs ayant pour habitude de se baser sur les lieux «vendeurs», c'est-à-dire ponts, monument aux morts' Le marché de la carte artistique est agonisant. Pour s'en convaincre, il suffit de comptabiliser les espaces et commerces investis en la matière. Rarissimes. Tel est le constat que l'on peut tirer sans ambages après avoir fait le tour des kiosques, librairies et autres espaces en plein air habituellement versés dans le commerce des cartes postales. «Les cartes proposées ici datent de quelques années, avant ''l'invasion du net''. Peu de gens s'y intéressent», témoigne un commerçant en plein centre-ville. Les artistes photographes qui auront usé leurs semelles sur le pavé pour illustrer ce potentiel touristique représenté somptueusement par le relief de la cité millénaire ont pratiquement renoncé à ce genre d'exercice. Ils ont trouvé d'autres sources pour subvenir à leurs besoins, tout en gardant cependant un pied dans la pratique de la photo, histoire de joindre l'utile à l'agréable. Certains ont carrément changé leur fusil d'épaule. Ils proposent leurs services à des boîtes privées via internet. D'autres, en revanche, attendent des manifestations culturelles médiatiques pour s'y investir et monnayer leurs photos. «Il faut bien nourrir sa famille. L'art tout seul ne fait pas manger'», dira un photographe.Par ailleurs, quelques jeunes Constantinois ont tenté par le passé une expérience qui s'est traduite par la création de cartes illustrant la ville couverte de neige. Les ponts étaient splendides sous leur manteau de neige. Bien que les formats des cartes (imprimées sur du papier photo) ne répondaient pas aux normes classiques, elles ont, cependant, eu leur petit succès. S'ensuivra alors la duplication des cartes anciennes en noir et blanc. Mais la demande régressait au fur et à mesure que le numérique gagnait du terrain et que les archives inondaient le web, ne demandant que le branchement d'une imprimante pour reproduire les photos de toutes sortes. Constantine, en plein chantier tous azimuts, cherche toujours à ajuster son image touristique pour charmer les visiteurs. Bien avant d'engager des mégaprojets urbanistiques, la ville brillait par sa diversité panoramique, et les touristes nationaux et quelques poignées d'étrangers donnaient à la carte postale sa raison d'être. «La carte continuera à survivre quand bien même la plupart des passagers lui tournent le dos. Car, il y aura toujours dans chaque registre une personne qui cherche l'originalité et le classicisme, et la carte postale en fait partie», soutient un vendeur. Néanmoins, le créneau a tant perdu, ce qui laisse les professionnels, éditeurs et photographes, en retrait, temporaire, espèrent-ils, puisqu'ils puisent dans leurs anciens stocks pour alimenter ce marché en déperdition progressive. La tendance à l'avenir serait de satisfaire les envies des nostalgiques en prenant des prises de vue pluridisciplinaires pour ressusciter le désir d'admirer des photographies et d'achalander les espaces. Des galeries d'art exposent les multiples photos prises pendant les vernissages. Les appareils photo ont encore de beaux jours devant eux. D'ailleurs, ils ne cessent de se moderniser pour être au diapason des évolutions technologiques.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N H
Source : www.latribune-online.com