Constantine - A la une

La carotte et le baril



La carotte et le baril
Il y a des pommes de terre au marché. Oh, le miracle. Il y a même des oignons verts, des navets et des carottes. Il a plu, il a même neigé en certains endroits et sur certaines hauteurs, mais il y a des légumes au marché. C'est que quand il pleut - ne parlons pas de la neige, elle est trop rare pour être intégrée dans les calculs - on oublie même les prix, la disponibilité des légumes étant amplement suffisante à notre bonheur. Mais est-ce que les prix des légumes peuvent encore monter ' Ils n'ont pas droit au repos ' Il n'y a pas de descente sur leur parcours ' Pas même une surface plate qui leur permette de reprendre leur souffle ' Passons, le sujet n'est pas d'actualité, il n'est pas à l'ordre du jour, comme disent les politiques. Rien n'est d'actualité, rien n'est à l'ordre du jour des politiques, ni les prix de la patate ni sa disponibilité.La patate, quand ça leur arrive d'en manger, elle leur vient directement des champs, lavée-emballée, même pas pesée. On ne pèse pas pour ceux qui ne paient jamais. Le prix de la carotte, ce n'est pas leurs? oignons. C'est le prix du pétrole qui est leur cauchemar.Ils en parlent. Il paraît qu'il n'y aura pas d'incidence sur les projets en cours. C'est fou, l'Algérie n'a que des projets sociaux, à les entendre parler. Et qu'il vente, qu'il neige ou qu'il gèle sur la place de Londres, tous les chantiers du bonheur des Algériens seront menés au bout, dans les termes et dans les délais.On pensait que le développement, ce n'était pas que du social, ce sont «eux» qui nous l'ont dit. Mais voilà qu'ils viennent nous dire que finalement, il n'y a que ça. Pas tout à fait en ces termes, mais en voulant nous «rassurer» sur ce qui, à leurs yeux, compte le plus pour nous, ils nous révèlent l'étendue de leur désastre. Ils nous prennent tellement pour des tubes digestifs qu'ils ont cru malin - autre façon de nous rassurer, décidément - de lancer en grande pompe le forage d'un premier gisement de gaz de schiste. Ils veulent tellement nous rassurer en nous disant que «même le vent ne nous touchera pas», selon la formule du terroir, qu'à Constantine, ils ont eu la géniale idée de distribuer gratuitement des carburants pendant toute une journée, dans la foulée de l'inauguration d'une nouvelle station-service !Une manière comme une autre de nous dire que non seulement les prix du pétrole ne vont pas influer sur le prix du «pain et de l'huile», mais que le ventre de notre pays est encore fécond, si nous restons bien sages. Voilà qui nous éloigne déjà de la pluie, de la neige et du beau temps, mais quand il fait aussi froid, on peut passer du coq à l'âne.Surtout quand il y a des pommes de terre au marché, ce qui est un miracle. D'habitude, on nous dit que les champs sont inaccessibles en raison de la boue. On n'a jamais su si c'est à cause du prix des bottes ou à cause de leur indisponibilité sur le marché que les agriculteurs ne peuvent pas cueillir leur tubercule par temps pluvieux. Mais le prix et la disponibilité des bottes, personne n'y pense. Seul compte le prix du pétrole, et encore, puisque ça n'aura, paraît-il, «aucune répercussion» sur le tube digestif.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)