Photo : S. Zoheir
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi
Constantine s'apparente, pendant cette dernière semaine de Ramadhan précédant les fêtes de l'Aïd, à une foire commerciale disparate où l'anarchie et l'informel se côtoient. Tous les coups de dés commerciaux sont permis pour s'assurer un pactole. La saignée demeure persistante et les ménages en sont groggy. Les fruits et légumes ainsi que les viandes maintiennent leur flambée et les vêtements pour enfants s'invitent avec leur cuisante mercuriale pour conclure un mois au cours duquel le secteur du commerce devient le premier sujet de discussion et d'inquiétudes, par les pratiques et les prix qui le caractérisent.Les augmentations maigres des salaires sont absorbées systématiquement par l'augmentation des prix qui maintiennent, voire accentuent, la dégradation du pouvoir d'achat. C'est les grossistes, distributeurs et détaillants qui décident de l'orientation et du niveau des prix. C'est une réalité que personne ne peut nier, une réalité que subissent les ménages à faibles revenus, qui peinent à s'en sortir indemnes «financièrement» de cette spirale infernale, aggravée en Ramadhan par la flambée incessante des prix. Les chefs de famille ont du mal à satisfaire les besoins de leurs familles aussi bien en matière d'alimentation qu'en ce qui concerne l'habillement. Ils n'arrivent plus à joindre les deux bouts.Après 20 jours de jeûne, les marchés n'ont pas renoncé à la quête souvent abusive de bénéfice sous les regards impuissants des pouvoirs publics qui patine jusqu'ici et peinent à réguler un tant soit peu cette folle sarabande de la mercuriale des prix, malgré les divers dispositifs de contrôles mis en 'uvre à la veille de ce mois sacré. Il faut aussi souligner la fièvre achateuse des consommateur qui raflent tout ce qui est étalé en produits.A quelques jours des fêtes de l'Aïd el-fitr, tandis que les achats continuent dans les marchés des légumes et fruits, la ruée vers d'autres étals s'installe. Le centre-ville de Constantine et sa périphérie exposent des articles vestimentaires de fabrication locale ou importés de différents pays. Les vêtements, toutes qualités confondues, sont proposés à des prix allant crescendo. Au moins 1 500 dinars sont requis pour une seule tenue de piètre qualité, alors que la plus ou moins acceptable en qualité frôle les 4 000 dinars pour un ensemble. «Il est nécessaire de débourser 8 000 dinars pour habiller modestement un enfant (pantalon, chemise ou tricot et une paire de chaussure)», lance une mère.Toutefois les bourses moyennes ou démunies ne peuvent se permettre des folies sous peine d'être complètement vidées et ne pouvoir affronter des dépenses des jours restants du mois de ramadhan et de la rentrée scolaire. La seule solution pour ces familles modestes est de voir du côté des souks de l'ancienne ville et la friperie où les modèles exposés sont vendus à des prix divers et relativement abordables. Mais il faut garder en vue les «exigences» des enfants notamment les 8 à 15 ans, qui ont leurs avis à donner et leurs choix, qu'il est difficile à faire changer. C'est la première cause de ces prises de becs entre père et fils ou mère et fille qu'on voit toujours au marché. Le refus des adultes est souvent justifié par le prix affiché, ce que l'enfant refuse de comprendre.De jour comme de nuit les magasins de la ville sont pris d'assaut à la recherche de la bonne affaire. Les pseudo-centres
commerciaux, dont les espaces sont loués à des particuliers, ouverts à travers la circonscription et ses communes, ont trouvé leur compte. Les articles chinois et turcs inondent les étalages.
La population subit des prix démesurés
Mais rien n'est donné de l'avis de plusieurs parents en quête de ristourne. C'est la saignée. «Le pauvre citoyen subit les prix fantaisistes imposés par les négociants tels des profiteurs sans foi ni loi», martèle un homme à proximité d'une boutique. Tandis que d'autres personnes aux seuils des magasins à ciel ouvert y tentent des achats en négociant avec le vendeur. En parallèle, des associations caritatives activent intensément ces jours-ci pour subvenir aux besoins des enfants malades. «Errissala» à titre d'exemple, une association implantée au CHU Benbadis a pu, grâce à son élan de solidarité, d'avoir plusieurs vêtements mais espère en recevoir davantage afin de satisfaire la majorité des enfants malades. Tout comme le Croissant-Rouge algérien qui ne cesse de lancer ses appels aux bienfaiteurs pour un maximum de dons en vêtements neufs. Et contre toute attente les services de contrôles «débordés» assurément par le travail diurne se rapportant aux marchés des viandes fruits et légumes tournent le dos aux activités nocturnes, laissant celles-ci prendre les rênes des prix. Tandis que certains acteurs influents du commerce imputent aux services d'ordre les étalages sauvages squattant les quais et autres espaces publics. C'est du pur informel et cela interpelle une synergie pour aérer la ville de ces stands illégaux, insiste-on. Mais le chômage édulcoré par Ramadhan ouvre la voie à ces pratiques et laissent les services compétents indulgents, voire impuissants parfois en l'absence d'un ersatz pour la jeunesse en difficulté. De tout temps les fins du mois sacré ont été animées et enrichies de par la profusion des ventes. Constantine qui vit un chamboulement et une anarchie caractérisée maintiendra le cap jusqu'à la veille de l'Aïd. C'est une tradition accentuée par le désordre pêle-mêle.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N H
Source : www.latribune-online.com