Constantine - Revue de Presse

L'évacuation du Bardo a commencé



L'opération tant attendue de délocalisation des habitants du quartier du Bardo a commencé, hier, et a pris les allures d'une méga-transhumance au regard de la noria de camions de déménagement réquisitionnés à l'occasion et la présence des familles concernées qui ont battu le pavé très tôt le matin, au coeur d'une véritable foire d'empoigne. Sous le regard de certains responsables qui étaient présents sur le site en ébullition, entre autres le chef de daïra, le P/APC, le chef de cabinet du wali, et d'un cordon compact des unités républicaines de sécurité (URS), hommes, femmes et enfants ont charrié des heures durant leurs modestes ballots et des affaires éparses. Selon les chiffres officiels qui ont été communiqués à l'occasion, ce sont 648 familles sur un total de 1.135 qui forment le gros des effectifs concernés par cette première tranche, alors que sur le terrain des opérations les représentants des habitants nous ont informés que 30 à 40 familles seulement ont été délocalisées dans la journée d'hier vers la nouvelle ville Ali Mendjeli, même si d'autres sources laissent penser que ce nombre a pu avoisiner le chiffre de 80. Une chose est sûre, sur le site du Bardo, c'est une quarantaine de camions qui étaient alignés à la queue leu leu. C'est dire qu'il y a loin de la coupe aux lèvres et que le déplacement de 648 familles est trop important et demande une logistique «pharaonique» pour pouvoir se faire en à peine 24 heures. Sur ce registre, les choses ne sont pas simples et la commission de recours qui a installé en parallèle à l'opération ses quartiers à l'école Okba Ibn Nafaa, a eu fort à faire pour gérer les contentieux en tous genres: les chiffres parlent d'eux-mêmes puisque 79 familles ont récusé leur relogement dans des appartements qu'ils soient des F2 ou F3 au motif qu'en leur qualité de propriétaires, cela ne compensait pas la perte de leurs habitations, sachant que le mètre carré se monnaie à prix d'or dans le centre-ville de Constantine. Pour faire bonne mesure au chapitre des contestations, 42 dossiers ont été enregistrés par ladite commission par des citoyens exclus carrément du bénéfice de l'attribution. Jusqu'à 17 heures hier et en fin de journée, l'école Okba Ibn Nafaa et la commission de recours présidée par le chef de daïra et deux représentants de l'OPGI ont été assiégées par une partie des habitants du Bardo et où l'ambiance a frôlé régulièrement l'émeute. L'autre sujet brûlant de la journée ce fut aussi le problème de la «délocalisation» des élèves du CEM Omar Ibn El Khattab et du lycée El Okbi vers des établissements de la nouvelle ville Ali Mendjeli. En effet, en dépit des assurances de la direction de l'éducation, les parents des enfants scolarisés dans ces deux établissements refusent totalement cette éventualité et demandent que ce transfert se fasse à la fin de l'année. Le bras de fer sur cette épineuse affaire est à prendre au sérieux tellement les familles sont remontées, surtout celles qui résident à l'avenue de Roumanie, de Souika et du boulevard Belouizdad, non concernées par ce mémorable «mouvement de population» d'une ville à une autre. L'ire des gens de Aïn Asker s'est d'autant plus aggravée, affirment certains de leurs représentants, que dans la journée d'hier on n'a pas trouvé mieux du côté des organismes concernés que de couper le gaz et l'électricité dans la plupart des habitations concernées par le déménagement alors que l'opération est encore en cours. A l'évidence, et compte tenu de l'ampleur et de l'envergure de cette équation, que les autorités locales veulent résoudre coûte que coûte et dans les temps impartis, avec pour facteur déterminant l'adhésion nécessaire de la population, il n'est pas dit que le quartier du Bardo est aujourd'hui au bout de ses peines. Cette première tranche de délocalisation d'une opération qui va s'étaler sans nul doute dans le temps, au minimum un mois prédisent certains, est un épisode riche d'enseignements qui mériteraient assurément d'être intégrés dans le mode opératoire des décideurs.
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