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L'argent de l'informel...



L'argent de l'informel...
L'Algérie est bel est bien installée dans une crise économique, dont on a tardé à convenir de sa réalité et de son impact sur la vie de l'Etat et du citoyen. La baisse sévère du prix du baril de pétrole a en fait mis à nu outre l'imprévoyance, l'absence de pare-feu que l'anticipation à l'apparition d'une telle situation. De fait, la manne pétrolière a quelque peu anesthésié des dirigeants qui n'ont su ni prévenir un possible retour de manivelle, ni travaillé à diversifier une économie dépendante de manière suicidaire des seuls hydrocarbures. En fait, nos exportations hors pétrole et gaz sont quasiment nulles et participent avec moins de 4% aux rentrées de devises du pays. Il aura donc suffi que la rente pétrolière diminue pour que l'économie nationale se retrouve en porte-à-faux. En fait, la situation est désormais tellement compliquée que l'Etat se surprend à faire appel à l'argent informel. Etait-il si évident que les barons de l'informel répondent à l'appel de la patrie' Le constat de la Banque d'Algérie - qui donne quinze mois aux détenteurs d'argent hors du circuit normal pour régulariser leur situation - en dit long sur le dilemme auquel sont confrontés les décideurs. La bancarisation de l'argent informel, sur laquelle le pouvoir semblait fonder beaucoup d'espoir, est donc [sous toute réserve] un échec. Ce n'est pas une surprise. Comment en effet, un «secteur» informel qui brasse annuellement des milliers de milliards de dinars - sans en ristourner un centime à l'Etat, ne serait-ce que sous forme de ré-investissement - va-t-il se faire hara-kiri, en s'identifiant, même si l'Etat a offert toutes les garanties pour ce faire' Ces gens qui ont édifié d'immenses fortunes au détriment de l'Algérie ne donnent pas l'impression d'être prêts ou disposés à sortir de leurs juteux maquis. La question qui se pose dès lors, est de savoir comment l'Algérie en est arrivée à la mise en place d'un «secteur» informel dynamique qui a pris de l'ampleur jusqu'à concurrencer, avec profit, des secteurs économiques nationaux indolents, bureaucratiques et hors du coup. N'y a-t-il pas là, quelque part, complicité à cette paralysie de l'économie nationale qui donna à l'informel d'émerger pour ensuite prospérer' Dès la fin des années 1970, l'informel fit une timide apparition, avant de prendre son envol en marge de la décennie noire, et de s'installer solidement, au vu et au su de tous, vers la fin des années 1990. Les places fortes de l'informel sont identifiées et répertoriées. Or, les activités de l'informel - qui se réalisent en marge des législations pénale, sociale et fiscale - qui brassent donc des milliers de milliards de dinars, échappent à toute régulation de l'Etat et à la politique économique et sociale des gouvernants. Une situation d'autant plus improbable que ce «secteur» activant en dehors de toute réglementation et présumé se dérober au contrôle de l'Etat, agit au grand jour. Un autre paradoxe à relever: les activités de l'informel jouent un rôle dynamique dans l'économie sans pour autant impulser un investissement national avéré, justifiant - un tant soit peu et a posteriori - qu'il soit toléré, dès lors qu'il apporte de l'argent frais à l'économie. Est-ce le cas' Le «niet» des barons de l'informel à la bancarisation de leur argent est explicite sur les vrais rapports qu'ils entretiennent vis-à-vis du pays et de la nation. Voici quinze ans que l'Algérie a entamé une série de réformes pour instaurer la démocratie et les libertés, phase marquée notamment par la libéralisation économique. Il y a un hic cependant, les réformes mises en chantier, notons-le, s'accomplissent en dents de scie, et outre de n'avoir pas atteint les objectifs assignés, se sont empêtrées dans des formalismes qui ont gêné notre décollage économique. Leurs effets sont là: à l'heure actuelle, l'Algérie n'est plus dans une économie planifiée, elle n'est pas non plus dans une économie libérale (économie de marché) telle qu'elle s'applique dans les pays de la libre entreprise. En fait, le secteur qui a tiré entièrement profit de cette ambivalence est le «secteur» informel qui a bien compris le challenge en réussissant là ou le secteur public a piteusement échoué. L'exceptionnalité des hydrocarbures explicite encore plus l'échec d'un secteur public tenu en laisse. Il n'y eut pas de vraie libéralisation de l'économie, comme l'Etat ne s'est pas donné les moyens de contenir l'informel dans des limites identifiables et tolérables. Celui-ci pouvait, en dernier recours, constituer une soupape de sécurité, mais pas au point de neutraliser l'économie nationale. Donc, c'est dans ce contexte difficile, que l'Etat se voit contraint de faire appel à un «secteur» informel florissant. Or, n'est-ce pas le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui affirmait récemment à Constantine que «le défi majeur pour le gouvernement demeure celui d'édifier une économie nationale forte, tel est l'objectif sur lequel repose notre programme». Qu'en est-il en fait'


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