
Mais l'implication du secteur de l'éducation demeure, elle, timide, pour ne pas dire inexistante, alors que l'école a un rôle majeur dans la conservation et la transmission de cet héritage culturel ancestral dont la dimension éducative n'est plus à démontrer. Tout conte ou légendes dont la trame est systématiquement l'éternel combat entre le bien et le mal, a sa morale. Les parents, dépassés par les charges et les soucis quotidiens, ont complètement perdu cette tradition de raconter une histoire aux enfants. Quant aux grands-mères, à qui incombait cette tâche, l'évolution dela société a fait éclater la famille traditionnelle. Ascendants et descendants ne vivent plus dans la même grande maison, sauf dans certaines régions rurales et familles. Les grands-parents ne vivent pas avec leurs petits-enfants à qui ils pourraient raconter des histoires le soir.Il y a, il est vrai, des actions pour préserver ce patrimoine culturel immatériel qu'est le conte. Des ouvrages imagés sont publiés par certaines maisons d'édition, mais leur qualité laisse souvent à désirer et ils ne sont pas attractifs. Le théâtre, de son côté, s'est emparé de ces histoires fabuleuses pour monter des pièces pour enfant, avec adages et morale à la clé, ce qui participe à la valorisation du conte et sa préservation. S'adressant à l'imaginaire, qui ne connaît aucune frontière, le conte donne libre cours au rêve, même si, à la fin, il revient à la réalité avec le message, la morale ou la sagesse adressé à l'auditoire. Des auteurs se sont également penchés sur le conte. A titre d'exemple, Christiane Achour et Zineb Ali Benali, ont ainsi ressuscité l'envie romanesque populaire dans les deux recueils Contes algériens et Kan ya ma kan, publiés il y a quelques années aux éditions Média-Plus. Les deux auteurs et universitaires expliquent que la littérature orale est prisée affectivement, en l'assimilant à une création spontanée sans grande exécution, elle est de ce fait peu valorisée intellectuellement. Ainsi, quand on puise dans la littérature orale traditionnelle on doit s'astreindre à une bonne réflexion pour la conception littéraire.Aujourd'hui, ce patrimoine est menacé et sa préservation interpelle diverses parties et vecteurs dont les associations, les chercheurs, les éditeurs, et bienévidemment les pédagogues. Malgré toutes les tentatives engagées à l'échellenationale, le conte populaire a toujours du mal à trouver une place dans le panorama culturel de la ville. Même l'école lui tourne le dos et l'adopte par simple besoin facultatif vu le volume horaire attribué aux programmes. Une association baptisée Kan ya ma kan (il était une fois) s'efforce, depuis sa création en 2010, à pallier à ce désintérêt flagrant pour ce genre de«littérature» orale et brute, avec la collaboration de la ville de Grenoble, dans le cadre du jumelage entre cette ville française et Constantine. Ses animateurs parlent d'une résurrection du conte dans la ville des ponts, avec, en option, un engouement majeur pour la lecture. Ce double objectif qui a connu un début de concrétisation avec la tenue des trois festivals au Théâtre régional de Constantine, n'a toutefois pas trouvé de relais au sein de la sphère culturelle constantinoise. De l'avis des spécialistes, une initiative par année ne pourra pas ancrer la tradition du conte populaire en déclin dans notre pays. La démarche, somme toute louable, n'a pas trouvé une suite, voire un écho, dans le contexte culturel régional. Pourtant, l'imaginaire de l'enfant est irrigué et nourri par les fables, légendes et histoires merveilleuses.Plus qu'un lien social, ces histoires traditionnelles concourent positivement à la structure psychologique de l'enfant. Le recours aux supports illustrés ne pourra se substituer aux veillées d'antan autour de la grand-mère qui savait créer l'ambiance propice pour l'histoire, l'imagination des enfants faisait le reste et créait les images. Ce désintérêt pour le conte a aussi des causes sociales qui se résument dans le nouveau mode de vie de la famille algérienne. Les parents soumis aux conditions socioéconomiques travaillent et, le soir venu, n'ont plus de temps pour raconter à leurs enfants une histoire. Encore faudrait-il qu'ils en connaissent ! A l'école, la charge des programmes n'a pas laissé de place au conte. Certaines conteuses recommandent aux parents de raconter une histoire au moins le week-end, car ces moments renforcent les liens familiaux et les contacts entre les parents et leurs enfants. Ainsi, le conte est en péril et sa survie nécessite l'implication de tous, des parents jusqu'aux institutions culturelles en passant par l'école, les associations et les vecteurs de diffusions tels la radio et la télé où, il fut un temps, le conte avait ses émissions.N. H.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nasser Hannachi
Source : www.latribune-online.com