Constantine - A la une

Journalisme et "auberge espagnole"



Journalisme et
Les avocats ont leur bâtonnat. Les médecins, leur Conseil de l'ordre. Les dentistes aussi. Les huissiers ont leurs chambres ainsi que les notaires. Toutes les professions sont structurées, organisées, encadrées, représentées sauf les journalistes. Pourquoi' Quel mauvais sort poursuit ceux qui ont décidé de faire du journalisme leur métier' Le ministre de la Communication, Mohamed Saïd, en déplacement à Constantine a fait part, lundi dernier, de son souci de «réorganiser» et de «professionnaliser» le secteur. L'intention est louable, mais comment va-t-il réussir là où tous ceux qui l'ont précédé ont échoué' Voilà plus de 20 ans que la profession est rongée par le désordre. A tel point que la question existentielle ne trouve plus de réponse. Qui est journaliste aujourd'hui en Algérie' Dans le secteur public, presse écrite et audiovisuel, il est possible d'obtenir un début de réponse. Dans le secteur privé, tout le monde écrit, mais tout le monde n'est pas journaliste. C'est le désordre. C'est l'incurie. Même le mot «journalisme» devient un cache-misère. Un terme générique qui évite de distinguer les différents postes et étapes qui jalonnent la carrière de journaliste qui est longue, laborieuse et souvent ingrate. On n'a plus besoin de dire rédacteur stagiaire. On ne dit plus reporter ou grand reporter. On ne dit plus chef de rubrique ni rédacteur spécialisé. Etc. Les grades ont disparu et avec eux les commissions paritaires. Tout le monde est journaliste. C'est plus simple. Pour un jour ou pour la vie. La rubrique «tribune» n'existe plus chez nous. Il n'y a que des collaborateurs et quelquefois des «contributeurs». Donc des journalistes. Ils mènent une vie active ailleurs et viennent écrire à l'occasion. Ils se présentent malgré tout comme des journalistes. On peut citer dans la foulée l'usage inconsidéré du «pseudo» et même des initiales qui illustrent ce même côté «informel» du journalisme. C'est toute cette incurie qui a décoté le journalisme avant même le manque de formation. C'est cette incurie qui ne favorise pas la communication institutionnelle. Les structures de l'Etat ne font pas confiance à des journalistes dont ils ne sont pas sûrs qui le soient vraiment. Les journalistes, les vrais, souffrent de ces travers. Il faut bien l'admettre, le journalisme sert de «marchepied» à bon nombre de «collaborateurs». C'est une profession qui s'avère être un très bon «placement» pour décrocher une place au soleil. Si le bon journaliste est celui qui a le plus d'adresses dans son carnet, certains le remplissent uniquement pour se propulser dans une autre carrière à plus forte «valeur ajoutée». Ces quelques tares suffisent pour dire que la profession a vraiment besoin d'un grand toilettage.
Malheureusement, c'est une chose de le dire et une toute autre de le faire. Pour au moins une raison, l'absence de structures regroupant les journalistes. Syndicat non représentatif. Association inexistante. D'ailleurs, cette incapacité à s'unir est favorisée et entretenue par plusieurs cercles. Elle sert leurs desseins. Grenouiller dans une corporation désorganisée est plus facile pour eux. Pour instrumentaliser, faire pression, régler des comptes ou se faire une place au soleil sans code d'éthique ni règles professionnelles à respecter. On est jaloux de voir les avocats se battre pour tel ou tel article de leur statut. On envie les médecins protégés par leur Conseil de l'ordre. Les notaires, les huissiers, les dentistes,... Pendant ce temps, les divisions n'ont permis aucune organisation de journalistes. Au grand dam des «sous-marins» qui font leurs affaires sur notre dos. Dans cette grande «auberge espagnole» où loge un si noble métier. Un métier qu'il faudra impérativement codifier, réglementer. Pour le sauver!
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