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Indifférence des autorités, vives réactions sur les réseaux sociaux



Indifférence des autorités, vives réactions sur les réseaux sociaux
Sur les panneaux latéraux d'un fourgon, deux autocollants à l'effigie de deux femmes, l'une portant une abaya (robe longue et ample) et l'autre en pantalon. C'est l'idée qu'a trouvée un citoyen de Constantine pour faire une campagne de moralisation des m?urs vestimentaires chez les femmes.L'homme, parce qu'il s'agit d'un homme, sillonne la ville avec son véhicule commercial et émet ce message qui «rappelle à l'ordre» une population féminine jugée «déviée». «Nous voulons que la morale revienne à Constantine. S?ur musulmane, si tu n'es pas jalouse de toi-même, nous le sommes pour toi.» Ce à quoi de nombreux internautes ont réagi en intimant à l'initiateur de «s'occuper de ses affaires». «Que chacun soit jaloux de lui-même, nous n'avons pas besoin que tu le sois pour nous, non merci !», tranche une facebookeuse.Les photos publiées sur facebook ont provoqué des réactions entre approbation et désapprobation. Les femmes, surtout, ont vivement réagi à cette initiative, qualifiée presque unanimement de réactionnaire. Elles ont mal perçu ces affiches qui s'immiscent dans leur vie privée. «Vraiment désolant cette affiche ! Au lieu de vous soucier de comment les femmes s'habillent, souciez-vous de donner un minimum d'éducation et de civisme à vous et autour de vous !», s'indigne une autre.Beaucoup de commentateurs se sont demandés comment une femme qui s'habille en pantalon mettrait en péril la société, objectant que les problèmes des Algériens sont ailleurs. L'immoralité, c'est d'abord l'insalubrité, la violence pratiquée comme un sport à l'encontre de la population et a fortiori à l'égard des femmes dans l'espace public. L'immoralité, ce sont ces jeunes oisifs qui occupent la rue et se comportent comme des goujats jour et nuit, sous l'?il souvent indifférent, voire complice, des agents de l'ordre ; c'est le commerce informel qui pullule et parasite le système social porté par les travailleurs qui payent des impôts, ont souligné certains.Les hommes aussi ont manifesté de vives préoccupations face à ce fait qui, d'habitude, passe sous silence. «Je crois que la leçon des années du terrorisme n'est pas encore assimilée», a noté l'écrivain Charfeddine Choukri sur son mur. La propension d'un comportement islamiste radical est encore tentante chez certains Algériens, qui se plaisent à jouer le rôle de «prédicateur autoproclamé».Un autre internaute s'est interrogé si cette «provocation» diffère de celles pratiquées par des hommes dans la rue, reprochant avec véhémence aux femmes de mettre des vêtements «attirants». «Ce qui est sûr, c'est que l'imam Ben Badis et beaucoup de représentants modérés de la religion ne sont pas sortis dans la rue avec cette attitude brutale pour exprimer un jugement de valeur sur la façon qu'ont les gens de s'habiller, boire et manger : c'est tout simplement de l'hypocrisie.Certains veulent peut-être nous faire retomber dans l'enfer de la décennie noire en s'autoproclamant prophète ou Dieu», lit-on en arabe sur le statut d'un citoyen. Ce flux de condamnations a étouffé, hier, les voix qui ont soutenu l'initiative. Dans le monde virtuel au moins, les Algériens ont rendu leur verdict contre cette forme de dictature de l'homme sur une liberté qui concerne la femme. Mais peut-on dire que l'ampleur de la condamnation est symptomatique d'une lame de fond qui traverse la société et s'oppose activement aux idées réactionnaires '


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