Il a tourné avec Raimu, Gaston Modot, Fernandel, Jean Gabin, a été l'assistant d'illustres réali- sateurs tels que Rex Ingram, Renoir, Pagnol ou Fritz Lang.
Il a joué aux côtés d'Alice Terry, une icône du cinéma hollywoodien des années 1920 et a tourné le premier film algérien, Aux portes du Sahara,en 1938. Lui, c'est Tahar Hannache. Tour à tour acteur, réalisateur, producteur et photographe, cet homme émérite semble tomber dans les oubliettes comme le déplore sa fille aînée (Thouraya, 54 ans) que nous avons rencontrée pour nous aider à retracer sa carrière.
L'enfant de Constantine
Né à Constantine le 26 novembre 1898, Tahar Benelhannache (de son vrai nom) a, dès son plus jeune âge, été attiré par le monde du spectacle. «Juste après son service militaire, il quitte la ville des ponts suspendus pour atterrir à Paris en 1921. Il n'avait qu'un louis d'or en poche», témoigne sa fille aînée. «Au studio de Billancourt-sur-Seine (aujourd'hui Boulogne Billancourt) où il se rend, il demande : “Avezvous un boulot pour moi '“ On lui réplique : “Vous êtes arabe '“ “Oui“, répond-il.» Tahar Hannache est engagé sur-le-champ. Notre interlocutrice poursuit : «Mon père était un bel homme. Il mesurait 1,86 m. L'Atlantidefut le premier film où il joua.» Acteur, producteur, scénariste et réalisateur, Tahar Hannache était passionné par son métier. Entre 1942 et 1944, il fut même engagé par les Américains comme photographe de guerre. Cet enfant de Constantine fut le premier Algérien à créer une boîte de production cinématographique : TA-HA films. En 1938, ce pionnier du cinéma algérien réalise son premier film Aux portes du Sahara. Malheureusement, la pellicule fut détruite durant la Seconde Guerre mondiale.
Le 1er film algérien
En 1952, Tahar Hannache passe derrière la caméra pour un autre film : Les plongeurs du désert. Himoud Brahimi (Momo) et Djamel Chanderli y sont distribués. La musique du film est signée Mohamed Iguerbouchène et le tournage a lieu à Tolga (Biskra). «La France censurera ce film jusqu'à 1962. Elle n'a pas pardonné à mon père de n'avoir engagé que des acteurs algériens», confie sa fille. Dans la lancée, Tahar Hannache rend hommage à sa ville natale en signant un documentaire intitulé Constantine, l'ancienne Cirta.
Voie de garage
Après l'indépendance, le cinéaste travaille comme cameraman à la RTA. «Il fut réduit à un salaire d'éclairagiste, lui qui avait tant de choses à donner au 7e art», regrette Thouraya. Tahar Hannache a rendu son dernier souffle le 1er août 1972 à l'hôpital de Médéa. Il repose au cimetière d'El-Alia.
Vie privée
C'est avec une vive émotion que Thouraya évoque la mémoire de son père. «Lorsqu'il a épousé ma mère, il était déjà très âgé. Il avait 59 ans et ma mère à peine 21 ans (elle nous a à son tour quittés le 26 novembre 2010).» Et de poursuivre : «Mon père qui avait bien profité de la vie désirait se caser avec une fille du bled. Ce fut ma mère. Ils se sont mariés en 1956 en pleine guerre de Libération. Lorsqu'accompagnée de sa famille maman fit le trajet du village de Larbaâtache (ex-Maréchal-Foch) dans la wilaya de Boumerdès vers sa nouvelle maison au Telemly à Alger, elle tomba des nues en découvrant que son époux était presque un vieil homme. Ensemble, ils eurent quatre filles dont je suis l'aînée. D'aussi loin que je me souvienne, nous eûmes une enfance heureuse. Mon père nous a souvent emmenées en voyage : Maroc, Suisse, France. Les weekends, on faisait des balades à bord de notre 2 CV. Au fond du jardin de notre maison se trouvait une cabane qui contenait tous les trésors de mon père : bobines de films, caméras, pellicules... J'avais à peine 15 ans lorsque mon père est décédé. Je voudrai réhabiliter sa mémoire car je pense qu'il a beaucoup donné pour le cinéma algérien et que le monde de la culture l'a complètement enterré», conclut-elle.
Sabrinal
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : sabrinal
Source : www.lesoirdalgerie.com