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'Ici, on noie les Algériens, 17 octobre 1961' de Yasmina Adi Des témoins reviennent sur le drame



'Ici, on noie les Algériens, 17 octobre 1961' de Yasmina Adi                                    Des témoins reviennent sur le drame
Des sentiments intenses ont gouverné, durant plus de trois heures avant-hier à la salle El-Mouggar, l'avant-première du documentaire. Des personnalités hors du commun étaient présentes pour témoigner sur cette phase de l'histoire qui porte toujours les blessures du passé.
Avec un regard vif et mélancolique, Ghanoudja Chabane, Aïcha Mansouri, Hadda Khalfi, Djemoui Bentrah, Belkacem Smaïli, Ali Mehenni, Claude Le Guen et leurs 'frères et s'urs' étaient présents.
Ils ont ouvert leur c'ur pour partager leurs histoires avec le public, et ce, lors de la projection du film Ici, on noie les Algériens, 17 octobre 1961 de Yasmina Adi. Un long métrage qui revient, à la faveur des témoignages, sur la répression française à l'encontre de milliers d'Algériens qui a fait plus de trois cents morts. Plusieurs ministres s'étaient déplacés, notamment le vice-Premier ministre Noureddine Yazid Zerhouni, le maire de St-Denis et un élu du Parti communiste français (PCF), qui a souhaité que la France reconnaisse le 17 octobre 1961 comme 'un crime d'Etat', et la ministre de la Culture Khalida Toumi. Mme Toumi a d'ailleurs indiqué : 'L'ONCI passera un accord avec le distributeur du film pour sa diffusion dans le pays.' Parmi les grandes dames qui ont assisté à la projection, on retrouve Ghanoudja Chabane, âgée de 76 ans. Avec son franc-parler et son âme de révolutionnaire, Ghanoudja (originaire de Constantine) avait 24 ans lors des événements du 17 octobre. 'Quand on raconte ce qui est arrivé ce 17 octobre, les mots sont faibles. Il faut le vivre pour le comprendre. C'était un théâtre horrible', nous a-t-elle confié avec amertume. Et d'ajouter : 'Ils ont tué et massacré nos frères. Même ces Algériens qui étaient coincés dans le métro, ils ont été assassinés. Au moment du tournage, j'étais au bord de la Seine, et dans l'eau j'ai vu la tête de mes frères'. Malgré son âge, Ghanoudja, qui a fait partie de la Fédération de France du FLN, se souvenait du moindre détail. Elle a mené les femmes à manifester pour la 'libération de nos maris et frères' et à affronter la crosse des policiers. 'Je vous assure, il n'y a pas un jour où je ne pleure pas l'Algérie', a-t-elle souligné.
Destins tragiques
Djemoui Bentrah est un autre témoin qui a fait partie des hommes emprisonnés et torturés par la préfecture de Paris. À seulement 20 ans, il était sorti avec ses compagnons pour dénoncer l'oppression et demander que cesse le couvre-feu. Battu et matraqué,
M. Djemoui se retrouve avec trois côtes cassées et une fracture au crâne. 'Ce film est impeccable, il relate les faits tels qu'ils ont été vécus. Cela est une occasion pour la reconnaissance de cette tuerie', a-t-il estimé. 'Même si on en parle cinquante ans après, j'en suis fier. Nous sommes aussi fiers d'avoir manifesté malgré nos souffrances et de donner nos vies pour notre pays', a-t-il conclu. En outre, lors de la diffusion du film, les témoins étaient envahis par une grande émotion. Ali Mehenni, un autre témoin présent, a appuyé : 'Je me suis projeté
50 ans en arrière. On est fier de pouvoir partager cette page d'histoire. Cela nous a permis de respirer enfin et de montrer ce que nous avons subi.' Concernant le documentaire, Aïcha Mansouri, une des témoins de ce massacre, a déclaré : 'Il y a eu plusieurs documentaires mais le sujet n'a jamais été traité de cette manière. La première fois que j'ai évoqué ce sujet, c'était lors d'un débat où j'ai craqué. Mon plus jeune fils connaît la vérité depuis six ans seulement. C'est une bonne chose d'en parler car beaucoup de Français et d'Algériens ne connaissent pas la vérité.' Claude Le Guen est un psychiatre français qui a sauvé une bonne cinquantaine de manifestantes, internées à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne. Ces femmes étaient sorties demander la libération de leurs maris et frères. M. Le Guen a dit à propos de son geste : 'C'était une période lourde et dure. Mon acte était banal, mais je suis satisfait par le film, je le trouve excellent. À mon âge, il m'est difficile de me déplacer, mais c'était important pour moi d'y assister.' Par ailleurs, Yasmina Adi a rassemblé des photos, archives, documents, revues de presse et témoignages inédits sur cette date qui reste tabou jusqu'à nos jours. Avec des recherches minutieuses, elle fait revivre la semaine du
17 octobre 1961. Elle commence par la manifestation et achève son documentaire sur les emprisonnements, tortures et exil de ces Algériens, sortis dans les rues de Paris, pour réclamer la fin du couvre-feu imposé par Maurice Papon.
Hana Menasria
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