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Hamid Grine dissèque ses 'uvres et son parcours



Hamid Grine dissèque ses 'uvres et son parcours
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi

Lapsus ! L'auteur de Cueille le jour avant la nuit, Hamid Grine juge qu'il n'existe pas de littérature d'urgence. «Soit elle est bonne, soit elle est mauvaise. La seule urgence que j'ai est par rapport à moi et ne découle pas de mon monde», a-t-il soutenu, dimanche dernier au Centre culturel français de Constantine en présence de quelques-uns de ses lecteurs, journalistes et étudiants. «J'ai une inquiétude : celle de mourir avant de terminer une 'uvre entreprise. C'est l'urgence dont il s'agit à mon sens. C'est un rapport de moi à moi sans conditions préalables. Dès que la crainte se fait sentir, j'entame mon écriture. Jamais sur commande. Toutefois le 12 novembre 2010, j'ai entamé un livre sur le massacre de Bentalhla, La Fille qui ne voulait pas être un homme. Un frein inexpliqué m'a empêché de parachever le travail. Demeurant bloqué depuis le 5 juillet 2011, je me suis rendu chez une psy'», devait avouer Grine afin d'écarter l'opinion fausse relative à l'écriture d'urgence.«En parallèle, ajoutera-t-il, un recueil de nouvelles intitulé Une vie sur la pointe des pieds a été publié.» Grine s'est narré et a permis aux présents de le découvrir sous d'autres projecteurs : Stoïcien, féru de Nabokov, le romancier dit vivre l'instant et ne rien projeter au-delà de ce laps de temps. «Cueille le jour avant la nuit était un tournant dans ma vie, dans le sens où il résume toute mon expérience avec des détails. La sincérité primait dans cet ouvrage, puisque quelques notes intimes y étaient mentionnées, comme la mort de mon benjamin écrasé par mon aîné un vendredi. Je relatais aussi mon vécu au Maroc où j'étais pourchassé par la police de ce pays qui me prenait pour un flic», dira l'hôte du CCF qui se réjouit de la portée de cet ouvrage «référentiel» qui, selon lui, aura changé la vie des lecteurs et lectrices qui l'ont lu, selon leurs propres témoignages. «L'écrivain, au-delà de ses capacités de narrateur, de pédagogue ou d'enchanteur, se référant à la théorie de Vladimir Nabokov, possède une grande responsabilité que lui prête souvent des lecteurs et des fans, voyant en lui ce que lui-même n'aperçoit pas», dira Grine.Fidèle à ses sources philosophiques qui sont les maîtres stoïciens, l'écrivain se dit toujours emporté par la vague et demeurant toujours un «désespéré au sens philosophique. «Celui qui n'a pas d'espoir n'a pas de crainte». Ainsi, s'est forgée la didactique de Grine. Parlant de sa première expérience dans l'écriture sportive, l'orateur mettra en relief la délicatesse et le talent nécessaires dans ce genre d'expression. «Ecrire en sport ne pardonne pas», a-t-il insisté. «L'ouvrage sur Lakhdar Belloumi n'était pas une partie de plaisir. J'y ai travaillé une année sur les archives avant de rencontrer le footballeur avec qui les premières entrevues n'étaient pas de tout repos étant donné sa mémoire courte», indiquera-t-il en ajoutant qu'il était le seul journaliste algérien de sa génération à avoir été prolifique en ouvrages de sport. «Une reconnaissance exprimée sur un site selon des statistiques», a-t-il certifié. Expliquant ses débuts dans cette rubrique, il dira que «la politique était verrouillée. Le sport me conférait une liberté d'expression».Et comme l'Algérie vit le cinquantenaire de son indépendance, l'écrivain n'a pas raté l'occasion d'évoquer la position de certains auteurs algériens durant la colonisation. A cet effet, il écornera les 'uvres de Dib, de Mammeri, de Feraoun, de Haddad, qui rejoignent celles de Camus. «Ils ne condamnaient pas réellement le colonialisme' Ce fut des humanistes», dira Grine qui ouvre ainsi un débat presque inédit.


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