Courage - A l'image de tant d'autres de ses voisins, Djillali, notre hôte, ne se plaint pas de la misère et de la précarité. Il dit qu'il est habitué et aguerri.Le soleil qui dardait ses rayons sur les bidonvilles de Haï Remli de Gué de Constantine, n'a pas empêché les enfants en bas âge de jouer au milieu des détritus, en ce huitième jour du ramadan, à quelques heures du ftour. D'autres pataugent dans les rigoles des eaux usées. Plus de 1 500 baraques sont «collées» les unes aux autres, à quelques encablures de la gare ferroviaire de cette localité. «On ne peut pas garder nos enfants à l'intérieur au moment de la préparation du repas. Les lieux sont exigus. Les hommes aussi sont contraints de rester dehors. C'est ça la vie dans un bidonville», nous explique Djillali, un jeune ouvrier dans les travaux publics, né au milieu de ces baraquements et dont les parents sont venus s'installer au début des années noires, fuyant le terrorisme et la misère de Bouskène dans la wilaya de Médéa. Il vit dans une maison précaire avec sept autres membres de sa famille. A l'image de tant d'autres de ses voisins, Djillali ne se plaint pas de la misère et de la précarité. Il dit qu'il est habitué et aguerri. «Nous sommes pauvres, mais heureux», dira-t-il en esquissant un sourire. La demeure familiale est érigée en parpaing et des tôles de zinc mais équipée d'un climatiseur. L'heure du ftour approche lentement. Les enfants aussi se rapprochent des habitations. La fringale les fait piaffer d'impatience. L'adret laisse place à l'ubac des plaines environnantes. A quelques minutes de l'Adhan, tous les membres de la famille de Djillali s'assoient autour de la table et écoutent les versets coraniques qu'une chaîne de télévision privée diffuse avant l'appel d'El-Maghreb. L'ambiance et conviviale, les enfants ne cessent pas de s'agiter. C'est le seul moment de la journée où toute la famille se rassemble. Des dattes, des gâteaux et des boissons gazeuses ornent la table posée au milieu d'une petite courette. Au menu, une chorba frik, du poulet et du riz, salade variée, l'ham lahlou. «Certes, nous sommes pauvres, mais pas avares. Nous mangeons ce que tout le monde mange durant le ramadan. En dépit de nos difficultés financières, durant le mois sacré, nous ne lésinons pas sur les dépenses. Nous ne comptons pas sur les cinq litres d'huile et les deux kilos de sucre de la direction de l'Action sociale ni du pécule de l'APC représentant le couffin du ramadan pour passer un bon mois de carême», dira le père de Djillali, qui nous a réservé un accueil des plus chaleureux. «J'ai passé 22 ramadans sous ce toit. Au début, c'était la misère noire. Mes enfants étaient encore petits et j'étais seul à travailler dans les chantiers pour assurer leur nourriture.
Aujourd'hui, ils ont grandi et chacun contribue à sa façon aux besoins de la famille. Dieu merci !», ajoutera le père de Djillali dont les rides et la peau brûlée par le soleil renseignent sur les années dures qu'il a endurées. «Même si notre situation s'est améliorée, nous souffrons toujours de la précarité», fera-t-il remarquer. C'est le moment du ftour. Les enfants mangent avec grand appétit. «Ce n'est pas le cas de tous les habitants de ce bidonville. Certaines familles sont mal nourries. Un de nos voisins, très âgé, et qui n'a que des filles, vit de mendicité. «Nous l'aidons durant le mois de ramadan, mais un pauvre ne peut pas faire grand-chose pour un autre pauvre», dira Djillali. La nuit tombe sur Haï Remli et la soirée ne fait que commencer. Les hommes se dirigent vers la mosquée du quartier pour les tarawih. Les femmes, quant à elles, terminent le ménage et échangent des visites entre elles créant à leur manière une ambiance particulière en ce mois sacré afin d'oublier, l'espace d'une soirée, les difficultés de la journée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R Khazini
Source : www.infosoir.com