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Générale de Nuit de sang



Générale de Nuit de sang
Ne vous fiez pas au discours en prélude de la pièce, Nuit de sang fait le procès de la politique de réconciliation nationale et donne la voix aux victimes de la barbarie terroriste des années 1990.La nouvelle production du Théâtre régional de Constantine (TRC), dont la générale a été présentée lundi, ne souffre d'aucune ambiguïté dans sa position vis-à-vis de ce qui est politiquement appelé «Tragédie nationale». Le texte, signé par l'auteur Habib Sayeh, raconte une histoire violente avec des mots crus. Il pose la problématique de la réconciliation décrétée et la primauté de la volonté politique sur celle du peuple.Ce texte, refusé par sept théâtres nationaux, est sorti aujourd'hui des placards poussiéreux grâce au directeur du TRC, Mohamed Zetili, et au réalisateur, Karim Boudechiche, qui l'a scénarisé fidèlement. Le résultat est une pièce qui a réussi à plonger l'assistance dans une émotion insoutenable, d'où une standing ovation qui a duré longtemps à la fin dans ce théâtre archicomble. Dès l'entrée en scène des acteurs le ton est donné. La violence est omniprésente et l'amour résiste difficilement pour garder quelques espaces dans l'océan de haine et de sang, celui du crime, de la soif de vengeance et de la réconciliation impossible entre la victime et le bourreau.Aziz, seul rescapé d'une famille décimée par un groupe dirigé par un terroriste originaire du même quartier, est incapable de deuil et n'a rien d'autre en tête que de faire payer le criminel. Sa démarché est approuvée par la communauté qui s'exprime dans la bouche de «Ammi Belgacem», un ancien maquisard, ayant refusé toute forme de compromission. Le personnage de Belgacem, incarné majestueusement par Abdallah Hamlaoui, transcende les faits pour distiller le message politique qui met en pièces toutes les trahisons passées et présentes ayant conduit fatalement à l'échec. Les questions qui travaillent la société (et le dilemme tragique), reviennent dans les dialogues des personnages et souvent elles demeurent sans réponses. Mais les choix sont faits et les actes sont tranchés quand la parole est hésitante.Les décors minimalistes et l'appoint apporté par la vidéo pour raconter l'histoire et créer l'atmosphère dramatique ont réussi à capter les spectateurs. Des correctifs dans l'enchaînement et la synchronisation entre le jeu des acteurs et les effets sonores doivent être apportés, mais dans l'ensemble, cette première apparition est une réussite, en attendant la tournée prévue prochainement. Nuit de sang aurait pu s'intituler Pas de pitié pour les criminels, mais elle reste d'abord un regard artistique porté sur un sujet resté tabou, ou du moins soumis à la propagande officielle à sens unique. Rien que pour cela, la pièce mérite ses galons.
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