Constantine - Revue de Presse

Faux dévots contre crédules



Est-ce qu'un Tartuffe constitue un danger pour la société ou alors est-ce que ce ne sont pas ses victimes qui sont responsables de ce qu'il leur advient parce qu'elles sont « tartufiables » ' C'est pour la deuxième proposition que Mohamed Tayeb Dehimi a opté dans sa mise en scène du Tartuffe de Molière, renvoyant dos à dos les faux dévots et les crédules. Le spectacle était plaisant à suivre dans la salle de la maison de la culture de Témouchent où il a été donné. Les comédiens étaient en verve avec un Allaoua Zermani en locomotive dans un rôle en or qu'on ne lui a pas offert depuis longtemps au théâtre. En Orgon, il a composé un personnage savoureusement ridicule. A ses côtés, il y avait une nouvelle perle découverte par le TR Constantine : Nefouache Chahinez. Elle a été une truculente soubrette dans le rôle de Dorine. Le public a souvent ri et applaudi pour, à la fin, offrir une standing-ovation aux dix comédiens distribués. Avec Tartuffe, c'est la deuxième incursion dans le répertoire classique mondial que fait Dehimi, lui, l'auteur et metteur en scène qui s'est contenté ces dernières années d'exercer son premier métier de comédien. Son Tartuffe traduit par Saïd Boulmerka se défend, mais la version qu'il en donne, pour aussi légitime qu'elle soit, n'exclut pas le reproche d'avoir dilué la dénonciation de l'imposture, ce qui précisément en fait l'intérêt actuel, l'islamisme politique s'étant banalisé alors que le conservatisme religieux a gagné en profondeur dans notre pays.Dehimi a-t-il refusé de faire preuve d'audace comme cela s'est produit, mais plus gravement, avec El balaout monté par le TR Oran au plus fort de la période du terrorisme, une autre version qui ne valait plus que par la fabuleuse présence de Sirat Boumedienne ' Pour contourner la difficulté, Dehimi s'est livré à une réécriture de certaines scènes en opérant un déplacement d'intérêt sur Orgon qui s'impose en principal personnage de la pièce. De même, celui de la dévote Mme Pernelle est transformé en M. Pernelle, un grand-père furieusement conservateur. Boulakhrouf Hassan le campe avec justesse.Quant à Tartuffe, sa fourberie et sa duplicité n'apparaissent pas à l''uvre. Elles sont racontées par les protagonistes. Incarné par Benaziez Hacène, il n'a pas de manières doucereuses alors que son âme démoniaque est plutôt suggérée par sa carrure rendue imposante tant par ses attitudes, son ample manteau noir et une tête à la féline coiffure. Enfin, l'intrigue a été inscrite dans le monde contemporain, ce qu'a soutenu avec efficacité la scénographie de Halim Rahmouni. Le spectacle est à voir et peut-être à revoir sachant que Dehimi a pour habitude de faire évoluer ses créations par des retouches successives lors de leur tournée.
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