Constantine - A la une

"état d'art", trop beau pour être vrai



Organiser un spectacle musical en pleine rue à Constantine semble une idée étrangère aux m?urs admises par les tenants de la chose publique dans la ville des Ponts. Samedi, de jeunes artistes, musiciens et peintres ont été empêchés d'animer un spectacle de musique au niveau du jardin public Bennacer à la brèche où ils se sont donné rendez-vous à 11h pour faire de la musique et offrir aux passants un moment de joie et de liberté et aussi histoire de se réapproprier les espaces publics qui appartiennent, selon les artistes rencontrés sur les lieux, "aux jeunes qu'on a pourchassés et interdits d'expression libre pendant des années, à produire leur art en public et à semer de la bonne humeur". "Vers 11h30, au moment où nous étions en train d'aménager les lieux et d'installer notre matériel, nous avons été surpris par un commissaire de police qui nous demande de façon très désagréable de quitter les lieux sous prétexte que nous n'avons pas d'autorisation et que c'est interdit d'animer quoi que ce soit. Nous avons essayé d'expliquer qu'il s'agit d'un spectacle de musique qui ne va durer que 3 ou 4 heures, sans pour autant arriver à le convaincre", raconte l'un des artistes. Rejoints par des dizaines de jeunes solidaires, les artistes ? portant leurs instruments dont des guitares, baffles, batterie et micros sur les épaules ? se sont déplacés par la suite vers la placette du palais du Bey en scandant "Djazaïr hourra démocratia". Après avoir été chassés du premier site, les jeunes artistes, déterminés à reconquérir la rue, sont parvenus, cette fois-ci, à s'y installer, animant un spectacle de plus de deux heures, chantant tantôt des classiques du jazz, rap, slam, et tantôt des chants patriotiques, des chansons algériennes à succès telles Ya Zina ou encore l'hymne du "hirak", à savoir La Casa d'El Mouradia. Poésie populaire et arts plastiques étaient également au rendez-vous face à un public émerveillé devant de telles prestations. Cette belle atmosphère a été, de nouveau, arrêtée par la police ! "Au moment où nous faisions de la musique, un policier en civil, que tout le monde connaît, est entré dans la cafeteria et a coupé l'électricité, et quand nous avons demandé des explications au propriétaire, ce dernier nous dira que les voisins s'étaient plaints du bruit. "Un prétexte peu convaincant", témoigne Bradai Tarek, artiste musicien et un des initiateurs de l'événement Etat d'art, avant d'ajouter : "Nous n'allons pas céder à ce genre d'intimidation, nous allons continuer à animer des spectacles de rue toutes les semaines et même pendant le Ramadhan, je ne comprends pas pourquoi on veut faire de Constantine une ville morte. Nous n'allons pas nous laisser faire car c'est notre droit. La rue et l'art nous appartiennent, ils appartiennent à tout le monde." Pour rappel, le directeur de la culture de Constantine s'est rendu sur les lieux et a tenté de parler avec les artistes avant d'être hué et chassé pendant le spectacle aminé au même endroit, samedi 27 avril dernier. Notons que l'événement Etat d'art a été créé par un collectif d'artistes musiciens, peintres, photographes? dans le but de se réapproprier la rue et prouver la qualité et la productivité des jeunes artistes constantinois et algériens tant marginalisés.Ines Boukhalfa
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