La Soudanaise Houda Maâmoun Ibrahim a, dans la pièce Al Ihtiraq (La brûlure), présentée lundi 30 janvier au soir en section off du premier Festival culturel national de la production théâtrale féminine à Annaba, au Théâtre régional Azzeddine Medjoubi, failli être Hind Bent Otba.
La femme délire. Elle dit tout ce qui lui passe par la tête. Elle ne monte sur scène que pour crier qu'elle est venue. Elle est là, présente par le physique et l'esprit. Celle-là même qui a mangé le foie de Hamza, le grand compagnon du Prophète Mohamed, par vengeance, avant de connaître une autre destinée. Hind ' Ce n'est pas forcément l'image de la femme qui obtient ce qu'elle veut, même dans la froide terreur. Ici, la femme mène un combat contre un ordre oppresseur. L'homme la suit comme une ombre. Cela est symbolisé par la présence d'un personnage au visage vert, vêtu de noir dans la pièce, rôle joué par le jeune Nadir Bouraï du Théâtre régional de Béjaïa. L'individu tente d'enchaîner la rebelle. Une balle rouge attachée au pied de la femme rappelle l'âge esclavagiste. L'homme qui sort de l'ombre comme un assassin use du fouet et de sa force. Il frappe l'insoumise. Elle crie, résiste. Il la couvre d'un voile blanc, pense l'avoir mise au pas, réduit au silence. «Tu m'appelles à prendre un chemin dangereux, me pousser au ravin. Le ravin me tire par les racines et me séduit pour que je tombe», crie-t-elle.
«Merci la scène»
Une voix virile s'élève : «As-tu fait ta prière ce soir '» Réplique de la rebelle : «Veux-tu venir au lit, maître '» Plus loin, en s'adressant au fouettard : «Nous sommes tous deux partenaires dans ce jeu, pourquoi devrions-nous être des ennemis '» La femme qui prendra sa revanche évoque l'épouse du pharaon, la reine de Saba, Rabéa Al Adaouia et Dalal Al Mughrabi. «Merci la scène. De cette scène, je sens que je suis une femme qui réfléchit. D'ici, je vois des gens libres et différents», lance-t-elle. Un texte tout en poésie, adapté d'une oeuvre du Syrien Farhan Al Khalil, Voix d'une femme, a permis à Houda Maâmoun d'offrir un jeu contemporain, plein et entier. Le décor conçu par Yasser Abdrabo est réduit à l'essentiel : une caisse, un arbre et une échelle. Trois éléments qui soulignent que la vie peut avoir plusieurs dimensions, expressions et visages.
Reine de saba
Pas besoin donc d'encombrer la scène puisque tout est dans le jeu de Houda Maamoun, relayé par la musique soignée de Attef Salah. «Je sais que les problèmes de la femme dans le monde arabe ne se règlent pas par une pièce de théâtre. Cela exige une prise de conscience collective», a expliqué Houda Maâmoun lors du débat après le spectacle. Elle a raconté l'histoire douloureuse de cette mère du Darfour devenue folle après avoir constaté que l'enfant qu'elle portait sur le dos a été tué par une balle perdue. «Je dédie ce spectacle à toutes les femmes qui ont souffert de la guerre. J'ai évoqué la reine de Saba parce qu'elle avait préféré la paix à la guerre, l'épouse du Pharaon parce qu'elle avait résisté à un tyran», a relevé la comédienne soudanaise. Revendiquant son identité afro-arabe, elle a estimé que la femme souffre sous plusieurs formes d'une société à domination masculine.
«J'ai présenté ce spectacle à Constantine et à Skikda. Il a été bien accueilli. Le goût du public algérien pour le théâtre est raffiné», a-t-elle soutenu. La comédienne soudanaise a fait appel au jeune Nadir Bouraï après l'avoir rencontré à Béjaïa en octobre 2011 lors du Festival international du théâtre professionnel. «Nous avons maintenu le contact par facebook. Houda m'a demandé de travailler avec elle sur scène. Avant de jouer à Constantine, je n'ai répété que pendant quatre heures. Je ne connaissais pas ce spectacle», a confié le comédien. Nadir Bouraï, qui pratique la danse aussi, a joué également dans la pièce Redjal ya Halalef et a été distribué dans le dernier spectacle du ballet libanais Caracalla en Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com