Constantine - A la une

Ecrivains, artistes et militants parlent de leur rapport à la vie



Vivre, ou plutôt survivre, telle a été la lecture qu'a faite la combattante Louisette Ighilahriz du thème de la Nuit des idées de cette année "Être vivant", en revenant sur un pan de son histoire personnelle et de celle du pays, alors en pleine guerre d'indépendance.La librairie Point-Virgule, située à Chéraga, a été l'hôte, dans le cadre de la Nuit des idées qui s'est tenue jeudi soir dans plusieurs villes algériennes, d'une rencontre avec la combattante Louisette Ighilahriz, les écrivains Amin Zaoui, Rabia Djelti et Kamel Bouchama, et les artistes plasticiens Karim Sergoua et Mustapha Nedjaï. À l'initiative de l'Institut français, plus de trente activités se sont déroulées dans vingt lieux à Alger, à Blida, à Annaba et à Constantine, autour du thème "Être vivant".
Vivre, ou plutôt survivre, telle a été la lecture qu'a faite la combattante Louisette Ighilahriz, qui est revenue sur un pan de son histoire personnelle et de celle du pays, alors en pleine guerre pour l'indépendance. "J'étais blessée et je perdais énormément de sang, a-t-elle lancé à l'assistance. À un moment donné, j'ai vécu en l'espace de quelques secondes une expérience qu'aucun n'a pu m'expliquer jusqu'à aujourd'hui. J'ai flotté, je me sentais bien, je n'étais pas sur terre, mais je me sentais sereine." Et d'ajouter : "Grâce à cette expérience, après l'indépendance, je n'ai vécu que par le militantisme et le social. Je ne pouvais pas accepter un enfant seul, je ne pouvais pas accepter la pauvreté, ni que les gens soient emprisonnés, ni l'inégalité, ça a été toute ma vie.
La preuve, je suis encore dans le Hirak, et je ne peux pas m'arrêter." Le militantisme était, tout comme pour Ighilahriz, ce qui a permis à l'artiste peintre Karim Sergoua de survire à une période où l'Algérie était meurtrie par le terrorisme. La dimension du témoignage de son intervention a permis de constater toute l'ampleur du chaos social et personnel des années 90 : de l'assassinat d'Ahmed et de Rabah Asselah à l'intérieur même de l'Ecole supérieure des beaux-arts au massacre de Bentalha, où il a organisé un concert de rock avec son groupe KG2 au lendemain de la tragédie. Puis vint la peinture, qui a permis à Sergoua de vivre, et l'atelier qui grouillait de vie, légué par son père où se réunissaient peintres, écrivains, journalistes et intellectuels. "Aujourd'hui plus que jamais, on doit rester en vie. Avec le hirak, on doit continuer le combat. Je suis avec toute voix qui dit non à ce pouvoir, parce que ce n'est pas fini.
Aujourd'hui (31 janvier, ndlr), vingt jeunes ont été condamnés à Tlemcen", a-t-il asséné. Pour les écrivains, à l'instar d'Amin Zaoui, de son épouse Rabia Djelti et de Kamel Bouchama, la vie ne peut être que synonyme de présent, car si on rate le moment, on est dans la disparition. Et à Amin Zaoui de se demander pourquoi la culture de la vie nocturne reste-t-elle inexistante chez nous : "Pourquoi on n'organiserait pas des nuits de l'art, de la culture ' On a vraiment besoin de cette vision, parce que la vie, ce n'est pas seulement le jour, et je pense qu'il y a une faillite quelque part." Rabia Djelti, pour sa part, a exprimé toute son inquiétude par rapport à ce monde "qui est à deux doigts de la catastrophe. Mais je pense que, pour rester en vie, la culture, l'écriture et la pensée restent notre seul salut".

Yasmine Azzouz
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