
Constat ? «Pas loin de la poste», ou encore «derrière la Sonelgaz». Des repères sous forme de phrases récurrentes qui font partie du quotidien pour désigner l'adresse d'un parent, d'un ami, d'un établissement public ou commercial.Ces derniers sont souvent situés dans des cités (nouvellement construites) qui, à l'instar des rues, ne portent pas de noms. Souvent, par la force des choses, les cités sont désignées par les noms des entreprises qui les ont réalisées (Sorecal, Dragados...). Ou encore par la nationalité de ces mêmes entreprises (cité des Chinois, cité des Allemands, cité Hongrie). Il en est d'autres qui sont carrément nommées par rapport à la manière dont les habitants ont accédé aux logements. A l'image de la cité «Ebni Weskoun» (construis et habite), qu'on peut retrouver dans les wilayas d'Adrar et de Tamanrasset. Ou encore la cité «Bessif» (de force) du côté de Constantine. On pourrait encore citer la cité «El-Houdjoum» (l'attaque) à Boumerdès, ou encore la cité «Zedma» (la ruée) à Beni Amrane. Il s'agit, vous l'aurez compris, de noms de cités à connotation péjorative, tant il est fait référence à la manière «illégale» dont elles ont été construites. Le comble est que ces toponymes sont inscrits dans la cartographie officielle algérienne?! On pourrait penser que ces cas sont propres aux régions à faible densité de population, mais connaissez-vous la cité «Je m'en fous» du côté de Tixeraïne?en pleine capitale ' Ou encore le cité «Diar Ezedma» (maisons de la ruée) à la sortie de Birkhadem ' La palme pour la capitale revient incontestablement à la cité «Tchoualek» (les chiffons) en plein centre d'Hussein-Dey. Outre qu'il ne fait pas bon être facteur dans ces conditions, (allez trouver le destinataire d'une lettre qui habite à la cité 2004, sans plus de précisions?!!!), c'est toute la localisation des rues par la cartographie et demain par le GPS qui devient, par ce fait, une mission quasi impossible... Déjà que rebaptiser ces cités est loin d'être une sinécure, imaginez le travail qui doit être entrepris pour baptiser les dizaines de rues qui les composent... Quand on sait qu'ailleurs le moindre pont, le moindre escalier ou la moindre impasse est identifié, le moins que l'on puisse dire est qu'on est là devant une situation des plus alarmantes. Pour ne citer que la capitale anglaise, Londres, où pas moins d'un million de noms sont attribués à travers la ville. L'Algérie se retrouve donc devant cet état de fait : où trouver 40 000 noms pour les rues d'Alger et les quelques dizaines, voire les centaines de milliers d'autres rues à travers le pays?' Mettre en place des systèmes de dénomination nationale intégrée a été l'un des défis de l'Algérie dès l'indépendance. L'urgence alors portait sur une entreprise historique de destructuration et de restructuration des modes de nomination traditionnelle algérienne et / ou maghrébine menée par l'armée et l'administration coloniales. Cette urgence passée, force est de constater que la toponymie (les noms de lieux), dans l'articulation multiforme que sont ses volets historique, linguistique, géographique, sociologique, psychologique, anthropologique et littéraire, a complètement été délaissée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L S
Source : www.infosoir.com