Constantine - Revue de Presse

Deux bombes explosent à Constantine: Attentat contre les élections



Constantine après huit années de véritable quiétude renoue d'une manière tragique avec le terrorisme. Hier, aux premières heures de la matinée, à un moment où le carrefour de Daksi, une des plus importantes cités de Constantine, connaît la grande affluence piétonne et automobile, deux bombes explosent à 10 minutes d'intervalle. Réagissant à partir de Annaba où il se trouvait en compagnie du chef de l'Etat, le ministre de l'Intérieur, M. Noureddine Zerhouni, a qualifié l'attentat d'»acte de sabotage» à la veille des élections législatives et «contre le système démocratique en Algérie». «On s'attendait à ce genre d'actes. C'est un acte de sabotage, un acte contre le système démocratique en Algérie», a déclaré à la presse M. Zerhouni. Estimant que le «citoyen en est conscient», M. Zerhouni a précisé que la «meilleure façon de répondre à ce genre d'attentats est la forte participation aux élections législatives». Les citoyens sont libres de «voter pour qui ils veulent» mais l'essentiel, a-t-il dit, est qu'»ils aillent voter pour exprimer leur attachement au système électoral et à la démocratie». Le ministre de l'Intérieur a rappelé par ailleurs, qu'un «dispositif sécuritaire a été mis en place pour assurer le bon déroulement du scrutin». La première déflagration qui a eu lieu aux environs de 7 heures 30, de moindre intensité que la seconde et que des citoyens ont cru être le bruit d'un pneu éclaté, se révéla la plus meurtrière. Elle coûta la vie à un agent de la voie publique de la Sûreté de wilaya, âgé de 33 ans, Daara Abdelali, qui était en civil et qui avait pour mission d'assurer la sécurité des trois agents en uniformes qui avaient coutume de régler la circulation au niveau du grand rond-point de Daksi à proximité de la clinique rénale. Deux des trois policiers qui étaient en compagnie de Daara Abdelali, ont eu plus de chance, l'un âgé de 28 ans l'autre de 29, étaient hier hospitalisés aux services des urgences du centre hospitalo-universitaire Docteur Benbadis, mais selon les médecins du service, ils sont hors de danger. Selon ces mêmes médecins, le policier était déjà en arrêt cardiaque lorsqu'il a été admis au bloc opératoire. Il avait été pris en charge par des médecins ORL, souffrant «d'un traumatisme cervical gauche avec une grande perte de substance». Autrement dit la victime avait pratiquement tout le côté gauche de la tête en bouillie. Le même service des urgences a reçu sept autres citoyens qui souffraient de blessures sans gravité. Les sept personnes blessées, l'auront été lors de la seconde explosion. Et selon les témoignages, la déflagration de la deuxième bombe était sans commune mesure avec la première. Des locataires des bâtiments environnants indiquent qu'ils avaient cru à une secousse tellurique qui a fait vibrer vitres et planchers des appartements. Le bâtiment principal de la clinique rénale, situé à une vingtaine de mètres des deux explosions, avait vu de nombreuses vitres voler en éclats. Trois infirmières ont été d'ailleurs blessées par les éclats des vitres des fenêtres du premier et du second étage. Des blessures aux jambes, heureusement sans gravité. Les terroristes qui avaient déposé les deux bombes avaient manifestement l'intention de faire un véritable carnage. En effet, les auteurs de cet attentat avaient déposé une première bombe près de la guérite faisant office d'abri pour les policiers de la voie publique. De petite intensité, cette bombe avait été enfouie dans le terre-plein qui jouxtait la guérite et avait pour finalité de tuer les policiers en faction mais surtout d'attirer un maximum de personnes sur les lieux où était déposée à quelques mètres une autre bombe de forte intensité. Fort heureusement, comme nous le dira un témoin direct de l'événement, un agent de sécurité qui assurait la surveillance de l'entrée principale de la clinique rénale, après la première explosion, des officiers de police qui avaient accouru pour secourir leurs collègues à terre et qui avaient été touchés de plein fouet par les éclats, eurent la présence d'esprit d'écarter des lieux une foule de curieux venus s'enquérir de la situation. En effet, ces officiers commencèrent à pousser aussi loin que possible les citoyens en leur criant qu'il se pourrait qu'il n'y ait pas qu'une seule bombe. A peine trois minutes écoulées et c'est une forte explosion dont le souffle a mis plusieurs personnes à terre. Un nuage épais se forma, mais se dissipa très vite. Un gros trou est constaté sur le bord du rond-point en béton. Sept personnes malgré leur éloignement seront blessées par les éclats de pierres provenant du rond-point et qui avaient été projetés à plusieurs dizaines de mètres. D'autres citoyens seront touchés par ces éclats de pierres mais souffraient de légères blessures qui ne nécessitèrent pas leur évacuation. Une femme d'un certain âge qui avait reçu un éclat de pierre au bras et un autre à la jambe, sans gravité si ce n'est des bleus, raconte: «Juste en descendant du bus pour me diriger vers le marché de Daksi, j'entendis une explosion. Comme tout le monde d'ailleurs, je pensais qu'un pneu de véhicule avait éclaté. Mais vite je voyais des jeunes se diriger vers le rond-point qui fait face à la clinique rénale. Je pensais alors à un accident. J'étais curieuse de voir si rien de grave ne s'est passé. Arrivée près de la boulangerie, je fus assourdie par une terrible explosion. Au même moment je sentis une vive douleur au bras et à la jambe. Un mouvement de foule et c'est la panique générale; on courait dans tous les sens en criant, «c'est une bombe, c'est une bombe !». Je me suis mise à courir le plus loin possible du lieu de l'explosion. Quand le calme revint, on commença à parler de plusieurs morts et surtout d'un kamikaze qui se serait fait exploser au rond-point». L'agent de sécurité qui avait assisté à toute la scène à partir du portail de la clinique rénale écartera tout de go toute référence à un kamikaze et nous racontera que juste après la première explosion, très vite les responsables de la clinique rénale réagirent puisque quelques minutes plus tard une ambulance sortira de l'enceinte de l'établissement hospitalier pour évacuer les trois blessés. L'un était dans un état grave. Il s'agit de Daara Abdelali que de nombreux jeunes de Oued El-Had avaient reconnu puisqu'il habitait le quartier. Tout le monde l'avait donné pour mort. Les médecins ORL aux urgences avaient pourtant tout tenté pour le sauver. Le policier rendra l'âme au bloc opératoire. Vers neuf heures du matin, la police scientifique était sur les lieux. Ses éléments scrutaient le moindre recoin du rond-point et de la guérite à la recherche d'indices pour la reconnaissance de la nature des éléments ayant servi à la confection des deux bombes. Le wali Abdelmalek Boudiaf, le chef de Sûreté, le chef du groupement de la Gendarmerie, le directeur de la Protection civile, le P/APW étaient pratiquement une demi-heure après l'attentat au rond-point de Daksi. Vers les coups de dix heures, à deux cents mètres du lieu de l'explosion en allant sur la route express vers la cité la Bum, des policiers en civil arrêtèrent coup sur coup trois «Golf» noires, selon les témoins. Renseignement pris, les services de sécurité étaient sur la trace des poseurs de bombes. Il s'agit, selon des indiscrétions, de trois individus qui étaient dans une «Golf» noire qui était garée, aux premières heures de la matinée, à proximité du rond-point de Daksi. En attendant les conclusions de la police scientifique, on ne sait toujours pas si les bombes déposées étaient munies d'un dispositif télécommandé à distance ou d'un dispositif de minuterie. Mais vraisemblablement, nous a-t-on dit, il s'agit de deux bombes à retardement programmées pour exploser à quelques minutes d'intervalle. Vers midi, des agents de la commune commençaient à nettoyer le lieu des deux explosions sous les yeux de centaines de curieux agglutinés tout autour. D'autres agents communaux s'affairaient déjà à reconstruire la grande bordure du rond-point complètement démolie par la seconde bombe. Hier durant tout la journée, les discussions ne s'écartaient que trop rarement de l'attentat terroriste de la matinée. L'inquiétude était lisible, Constantine vient de se réveiller sur une dure réalité qui a depuis plus de huit ans fait partie de souvenirs. On se rappelait du dernier attentat survenu à la fin des années 90 au Mansourah, près du siège de la gendarmerie. Une bombe avait explosé, tuant sur le coup le patron d'un café qui avait dans un geste désespéré sauvé plusieurs vies humaines, se souvient-on encore. Dans un geste héroïque, en effet, le jeune patron du café qui avait compris que le sac qui avait été déposé près du comptoir contenait une bombe, l'avait pris à bout de bras pour le jeter dehors. Mais la déflagration le surprit. Ce fut la dernière victime du terrorisme dans la ville de Constantine et le dernier attentat qui sonna le glas des deux ou trois groupes terroristes qui survivaient encore dans la ville des ponts. En effet, en moins d'une année, les services de sécurité anéantissaient l'activité terroriste.
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