Indifférence et appréhension à Constantine
Les Constantinois ont pris connaissance du nouveau rendez-vous électoral prévu le 29 septembre à travers les affiches bleues qui ont fait leur apparition hier sur les murs de la ville. La population, qui a la tête déjà à la rentrée scolaire et souffre de la canicule d?août, n?a pas suivi dans sa majorité le discours du président de la République prononcé dimanche dernier devant les cadres de la nation. C?est du moins ce que nous avons constaté en tendant le micro à un échantillon. Rares sont ceux qui n?étaient pas branchés sur une chaîne étrangère ou sortis à la recherche de la fraîcheur du soir. Les habitants de Daksi et de Sidi Mabrouk n?ont pas eu à choisir, quant à eux, à cause d?une longue coupure d?électricité. Beaucoup parmi ceux qu?on a approchés ont décliné leur ignorance du discours et ceux qui ont accepté de commenter le projet de Bouteflika ont affiché leurs appréhensions tout en soulignant le flou qui entoure encore les propositions contenues dans la charte. Cela va du wait and see jusqu?au rejet catégorique comme c?est le cas pour Choukri, un étudiant qui retient d?abord que « c?est du déjà-vu puisque ce projet ressemble comme deux gouttes d?eau à celui de la concorde civile ». Il ajoutera : « Les résultats du référendum sont connus d?avance et ne vont servir que les islamistes d?un côté et d?un autre le Pouvoir qui veut se refaire une image pour devenir fréquentable vis-à-vis des puissances occidentales. De ce point de vue, l?avenir reste flou et l?on risque une nouvelle explosion sociale. » Hichem, un licencié chômeur, partage l?idée qu?il s?agit du même projet : « Il s?agit toujours de blanchir les terroristes pour Bouteflika qui entretient le flou avec cette formule : toutes les parties de la tragédie. » Notre interlocuteur refuse d?entendre parler de pardon et avance que la question du « non-retour du FIS n?est pas le fruit de la volonté du Président, mais celui de la lutte des démocrates ». Tout aussi pessimiste, Lounis, enseignant, ne croit pas au discours bien que, dit-il, le Président soit revenu sur pas mal de positions. « Cela doit être le fruit d?un deal conclu en haut, mais toute amnistie n?est qu?un crime contre la mémoire et puis on ne peut avoir des garanties que le FIS ne sera pas réhabilité d?une manière ou d?une autre. » De même pour Ghani, un jeune commerçant qui ne cache pas ses anciennes accointances avec l?idéologie islamiste, l?amnistie « représente une bonne solution pour rétablir le calme, mais elle ne doit pas toucher les hommes qui sont montés au maquis pour s?enrichir et détruire le pays ». A la question de savoir s?il ira voter, notre interlocuteur a répondu non. « Je suis rassasié, dira-t-il, du politique et je n?ai plus confiance. » Moins tranchant, Hassan, artiste peintre, soutient qu?il faudra désormais abandonner la position de boycott bien qu?il déclare ne pas avoir étudié le projet. « C?est une bouillabaisse, avance-t-il, qui contient du bon et du mauvais, alors si c?est destiné à des gens qui n?ont pas de sang sur les mains, c?est d?accord mais si ça profite à des criminels, il n?est pas question de leur pardonner ».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : N. Nesrouche
Source : www.elwatan.com