
Nasser HannachiLorsque le développement local effectue des rafistolages et des planifications aléatoires, il reste difficile aux urbanistes et architectes sollicités de refaire, voire de lifter une ville défigurée par des plans médiocres issus d'études hâtives concoctées par des bureaux d'études sélects. Les grands projets structurants lancés à Constantine depuis l'année 2000 n'ont pas livré tous leurs secrets sur la réelle utilité publique. Engagées dans la précipitation pour rectifier les anomalies d'une cité «vieillie» et massacrée par un urbanisme anarchique qui ne dit pas son nom et lui redonner la teinte de celle moderne, les ?uvres sont différemment appréciées par la population tant des zones d'ombre et des retards d'ordre technique sont de mise. Les «débidonvillisations» ont constitué la plus grande opération d'envergure dès lors que des espaces en étaient récupérés pour y implanter des projets. Bardo a été la première cible des responsables locaux. Il y eut des mécontents, mais aussi des indemnisés. Et le site compte presque sa quatrième année en jachère. Le grand parcprogrammé tarde à se matérialiser après moult consultations entre les décideurs. Autre exemple plus éloquent : le pont transrhumel. Le viaduc constitue de par son esquisse et son coût le projet du siècle enregistré à Constantine. Critiqué au départ quant à sa nécessité dans une ville qui suffoque, ne gardant qu'un peu d'espace intra muros, le pont géant, comme aiment le nommer les responsables, a pu avoir l'approbation des sphères centrales. D'utilité publique assurément, puisqu'il permettra de relier deux rives de l'oued Rhumel, depuis la place de l'ONU, près du transatlantique, et le plateau du Mansourah. C'est un linéaire qui surplombe les gorges et devra apporter une bouffée d'oxygène aux automobilistes et réduire les embouteillages, d'autant qu'à travers ses jonctions auxiliaires avec l'autoroute est ouest, il allègera la cité des flux«polluants» d'automobiles. Selon ses concepteurs, cet ouvrage d'art, décrit comme l'un des plus importants ouvrages internationaux au niveau de l'ingénierie et de l'architecture, permettra une bonne distribution du trafic grâce aux nouveaux accès. «Le tablier, dont les extrémités latérales ont 24 centimètres d'épaisseur, est soutenu par des haubans reliés à deux pylônes de 130 mètres de hauteur. Le viaduc et ses principaux accès ont une longueur de 1 119 mètres, et ils sont insérés dans une structure totale de 4 300 mètres de routes et d'accès», détaillent les architectes du consortium Andrade Gutierrez. L'utilité publique a été doublement illustrée par les responsables, qui soulignent l'intégration des techniciens locaux dans l'apprentissage et la formation in situ pour une meilleure compétence dans le domaine des ouvrages d'arts. La ville n'est-elle pas celle des ponts ' Un autre tracé a été fortement critiqué. Il s'agit de celui du tramway. Mais depuis sa mise en fonction en juillet de l'année écoulée, les usagers en ont reconnu l'utilité surtout dans quelques tracés névralgiques : l'université Mentouri et la cité Zouaghi. Le téléphérique, quoique souvent en maintenance prolongée, sert les fonctionnaires du CHU et les habitants du haut plateau de Ziadia et la place Emir Abdelkader. Les plus grands plans engagés dans la wilaya depuis une année sont ceux relatifs à la grande manifestation de Constantine capitale de la culture arabe. Tout se rapporte à cet évènement, le besoin infrastructurel est souvent mêlé sans «réflexion» avec les chantiers de développements en retard. «L'utilité publique justifie certes des projets de développement. Mais il ne faut pas en abuser outre mesure pour satisfaire des marchés», souligne un citoyen, croyant peu en ces interminables chantiers engagés dans la ville depuis deux quinquennats. D'un côté, on voit des tonnes de bétons qui coulent, de l'autre, la ville n'a toujours pas trouvé son nouveau visage dit «moderne». Et puis des assiettes choisies pour l'élaboration de toutes les formes architecturales sont sujettes à des critiques : l'Ecole des Beaux-arts à même le rond point de la cité Boussof. Dans un passé récent, un responsable à l'urbanisme et la planification nous confiait qu'on ne pouvait faire marche arrière, car l''ossature aura déjà consommé plus de la moitié de son budget. Une assertion affirmée par au moins deux walis qui se sont succédé à la tête de l'administration de Constantine. Un non sens ! La bourde allait se répéter au niveau d'une assiette près de l'université Mentouri pour la construction de la bibliothèque régionale inscrite dans la manifestation précitée. L'ex-ministre de la Culture, Khalida Toumi, en avait décidé la délocalisation jugeant que le projet ne servira qu'une partie infime de la population. Des erreurs prolifèrent dans cette ère de modernisation de Constantine. Au point d'altérer des panoramas. Et la décentralisation vers des cités nouvelles n'en est pas reluisante. Le cas «catastrophique» de la nouvelle ville illustre tout le malaise des projets de développement dans la capitale de l'Est. Une cité millénaire riche en patrimoine, la ville des ponts devra rayonner dans pas moins d'une année. D'autres projets d'utilité publique sont lancés à Zouaghi pour la construction d'une grande salle de spectacle d'une capacité de 3 000 places, d'un pavillon des expositions à Aïn El bey, d'un musée d'art et d'histoire à El Kantara et d'une bibliothèque urbaine, en plus de six annexes de la Maison de la culture. Jusque-là ce sont des projets approuvés et lancés. C'est une plus value certaine pour la ville et pour la manifestation. Cependant certains projets laissent sceptique quelques âmes attachées au patrimoine culturel de Constantine. La conversion de la résidence de wilayaen un centre des arts avec en sus l'implantation d'une école de Malouf demeure le projet de trop pour certains urbanistes. «C'est une structure fragile qui devra être maniée avec beaucoup de tact», laissent-ils entendre. La troisième ville du pays a bénéficié de plusieurs infrastructures qui vont réduire son déficit à tous les niveaux. Mais l'utilité publique a payé le prix fort.N. H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : La Tribune
Source : www.latribune-online.com