
La distribution semble être le grand problème des maisons d'édition algériennes. « C'est le premier et le principal problème», a vite confirmé Mme Bouhouche-Merdaci Meriem, gérante de la maison d'édition constantinoise « Les éditions du Champs Libre », que nous avons rencontrée, hier, au Salon national du livre qui se tient du 12 au 16 avril dans un grand chapiteau implanté sur l'esplanade de l'université des Frères Mentouri de Constantine. Et notre interlocutrice de se mettre à expliquer que le distributeur prend 56 % du prix de vente du livre. Si on ajoute que le libraire prend lui aussi 30%, que reste-t-il à l'éditeur ' Et de considérer que la persistance de ce problème freine l'élan des éditeurs dont la plupart ne sont pas subventionnés et travaillent avec leurs propres moyens. « Et puis, tous les distributeurs ne sont pas forcément sérieux et honnêtes, a poursuivi cet éditeur. II m'est arrivé une fois de céder à crédit une livraison à un distributeur. Celui-ci a pris les livres et l'argent et il n'est jamais revenu ». Et le problème est que la plupart des éditeurs sont obligés d'utiliser la formule du crédit. Si Mme Bouhouche-Merdaci reconnaît que la nouvelle loi sur le livre et l'édition est venue protéger un peu plus les droits de l'éditeur et de l'auteur, il reste toujours que ce texte a été fait sans aucune concertation avec les professionnels, car, dit-elle, la chaîne du livre est constitué de l'auteur, l'éditeur, l'imprimeur, le libraire, etc. ». Et de déplorer encore l'absence d'une loi qui organise l'exportation. » Quand on pense que tous les éditeurs français, du Moyen-Orient et d'ailleurs peuvent venir chez nous exposer et vendre et que nous les Algériens ne peuvent pas le faire, il y a de quoi se décourager. Il y a bien la co-édition, dira notre vis-à-vis, mais faut-il encore trouver le partenaire qu'il faut ».Et le dernier problème qui achève d'accabler les éditeurs est bien celui de la bureaucratie. « En parlant d'édition, « Constantine capitale de la culture arabe 2015 » a été un flop, a estimé Mme Bouhouche-Merdaci. Personnellement, raconte cette dernière, j'avais déposé en mars 2013, un ensemble de 6 titres centrés sur l'histoire et la culture de Constantine. La commission de lecture n'en a retenu que 2. Et aujourd'hui que la manifestation est sur le point d'expirer, je n'ai reçu aucun document à signer pour lancer la fabrication de ces livres. Et c'est le même problème que rencontrent pratiquement tous les éditeurs ».Hakim Bahri, gérant de la maison d'édition et de distribution « Dar Bahaeddine », créée en 2003 à Constantine, dira lui que le premier problème que rencontrent les éditeurs est bien celui de l'impression car ils ne sont pas subventionnés. « Ailleurs, en Tunisie et au Liban, par exemple, l'édition est subventionnée. Et d'expliquer que le problème qui se pose en ce domaine dans notre pays est que l'éditeur achète du papier en s'acquittant d'une TVA de 17 % et il vend le livre en percevant uniquement 7 % de cette même taxe. « D'où, fait-il remarquer, un déséquilibre financier au détriment de l'éditeur. Second problème, note cet éditeur, tous les éditeurs du monde peuvent exporter leur production livresque en bénéficiant de facilités, sauf l'éditeur algérien car la banque lui exige que les devises générées par l'exportation doivent atterrir dans son compte bancaire dans un délai de 60 jours. Faute de quoi il pourrait s'exposer à des poursuites judiciaires. Ce qui met parfois l'exportateur dans l'embarras vis-à-vis de ses partenaires étrangers avec lesquels il fixe des échéanciers de paiement qui peuvent aller bien au-delà de ce délai. Notre interlocuteur place le problème de la distribution en troisième position. « Ici, il faut dire que pratiquement tous les bibliothécaires, les laboratoires, les conservateurs de l'administration locale ne s'approvisionnent qu'à l'étranger pour leur achat de livres et ils travaillent rarement avec les maisons d'édition algériennes ». Et de faire part de l'expérience qu'il a faite dernièrement. « En dépit des difficultés, explique-t-il, j'ai réussi à exporter un ouvrage littéraire vers la Belgique. A Bruxelles, je suis arrivé à écouler 300 exemplaires de cet ouvrage en l'espace de deux heures. En France, ce livre est recommandé aux étudiants de la branche littéraire et il est vendu à 15 euros. En Algérie, il est cédé à 200 dinars (à peu près moins de 2 euros), mais il ne marche pratiquement pas. Voilà en gros les aléas de l'édition et de la distribution en Algérie », a conclu notre interlocuteur.C'était donc hier le premier jour du Salon national du livre qui a été inauguré la veille en début de soirée par le ministre de la Culture, M. Azzedine Mihoubi. Et dès son ouverture au public, il a été envahi par une foule d'étudiants que l'on voyait surtout agglutinés dans les stands où l'on vend les livres scientifiques et les livres religieux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Mallem
Source : www.lequotidien-oran.com