
Une année complète s'est écoulée depuis le début de la manifestation culturelle qui s'est déroulée au sein de la ville du Grand Rocher. A présent que quelques heures seulement nous séparent de la fin de la manifestation en question, n'est-il pas nécessaire de soulever quelques remarques dignes d'être de véritables observations 'A l'heure de l'établissement de son bilan annuel (16 Avril 2015 /16 Avril 2016), nombreux sont ces observateurs de la scène culturelle nationale qui n'ont pu digérer l'exclusion manifeste du produit local lors des différentes péripéties de cette grandiose fête qui s'est pourtant étalée sur toute une année de folklore, de bruit sonore et autre éclat météore qui se moquent du texte à haute métaphore.Plusieurs étoiles scintillantes ou filantes et très fuyantes dans leur apparat ou aura et dont leurs prestations étaient pourtant négociées en argent fin ou à coup de forts lingots d'or devaient être rapatriées des quatre coins du monde, en vue de donner plus d'attrait à cette manifestation de la culture Arabe.A l'opposé, de nombreuses figures emblématiques, de proue et à la notoriété avérée et pourtant mondialement reconnue ont tout simplement été ignorées au sein même de leur fief et grand jardin de prédilection par leur propre progéniture ou ceux qui ont pris le relais et les clefs de la maison et surtout organisé ce très huppé salon culturel qui manifestement les exclut à sa participation.Ainsi, de grands noms de notre culture et ancestrale civilisation auront été effacés d'un trait de la liste officielle des participants sinon carrément rayés de la carte de la culture du pays, pour des raisons assez obscures ou à tout le moins très subjectives et pas moins très controversées que seuls les organisateurs peuvent expliquer, sans probablement vraiment pouvoir nous convaincre du bien-fondé de leur action quant à leur retrait ou oubli impardonnable et très suspicieux.Pourquoi la ville des ponts suspendus les a-t-elle si méchamment suspendus ' Si inhumainement à jamais répudiés ' Comment les a-t-elle si honteusement humiliés ' Qu'ont-ils commis comme crime ou fait comme méfaits ' Leur reproche-t-on un quelconque forfait ' Est-il question d'une punition dans sa forme d'une éternelle sanction pour ceux dont seules leurs ?uvres sont parmi nous encore présentes, et de reniement envers tous ceux qui peuvent encore défendre leurs écrits, positions et opinions 'Constantine a donc fêté avec joie et grand bonheur cette culture arabe, mais cependant sans la présence de ses meilleures plumes, célèbres artistes de l'art cursif, celles très connues qui se sont par humilité tues comme celles reconnues et qui ne peuvent encore écrire le moindre mot de cette encre si fraiche, lucide, intrépide leurs splendides récits et contes bien candides.De ces relents de fête plutôt inachevée, il en subsiste dans le subconscient du monde de la culture ce goût vraiment amer qui pousse manifestement au rejet spontané de l'objet de force difficilement ingurgité, celui peu utile comme nourriture de l'esprit jusqu'à devenir absolument indigeste.Véritable pôle d'attraction au sein de la géographie culturelle du pays, la ville de l'Oued Rhummel pullule de ces plumes hautement distinguées, si jalousement appréciées et très bien saluées sur toutes les contrées du monde, alliant, en plus, civilisation Berbère et Arabo-musulmane avec celle de type très occidental.Presque toutes très contemporaines, vraiment pérennes, activant dans l'objet politique, le volet romantique, le sujet très poétique, le précis du récit, le conte magique ou la pensée philosophique et la mythique dialectique.Elles sont malheureusement nombreuses à avoir été écartées de ce beau paysage et long show qui eut lieu paradoxalement au sein même de leur maison, comme si elles étaient ces indésirables dont les organisateurs n'en voulaient guère pour leur mener de cette si osée manière toute «cette sale et très injustifiée guerre» !Tout avait d'ailleurs très mal commencé avec cette statue bustière lamentablement ratée au plan artistique du portrait-robot de l'homme de science et de conscience du pays à laquelle tout le monde avait renoncée, puisque détestée car , intimant l'ordre à ses concepteurs de fermement la dénoncer pour ensuite rapidement l'évacuer et ensuite ailleurs la déplacer.A la manière des ?uvres de l'érudit penseur, ignorées tout le temps ou instrumentalisées à dessein, elle sera charcutée, percutée, déchiquetée, décapitée, émiettée, ramollie et ensuite sur site démolie, détruite particule après particule, dévoilant au passage la part du ridicule dans l'art de sculpter le physique de nos héros qui reflète ou répercute cette piètre manière de les honorer.Et pour ne pas faire dans le sélectif ou de jaloux, à quelques encablures de là seulement, plus au sud de l'oued Rhummel, comme au pied du massif du Djurdjura, d'autres héros, ceux de la révolution, seront, eux aussi, complètement défigurés, intimement dénaturés, en signe de cette catastrophe annoncée qui détruit nos symboles, notre histoire, art et culture.Confier l'art de sculpter des portraits de nos héros à des artistes-sculpteurs amateurs n'est-il pas une manière très condamnable de les tuer une seconde fois, en portant un coup dur à la mémoire collective qui retrace l'histoire légendaire du pays 'L'oubli inexplicable et très condamnable, lui aussi, de mettre au placard et de remettre aux archives de l'histoire des plumes érudites de la Nation, dont leur écho résonne pourtant très loin à l'horizon, n'est-il pas assimilé à cette façon à tout le moins désuète et très maladroite, sinon bien malhonnête, de pousser indirectement les toutes jeunes générations à leur tourner le dos ou à renier le grand génie que produisent leurs magnifiques écrits 'A leur tête figure ce «Ange» ou personnalité «si étrange» et qui par son esprit dérage de Malek Bennabi, qui n'est autre que ce Grand et éminent penseur contemporain dont les idées comme les théories ont fait le tour de la planète pour s'imposer de droit et surtout de bonne foi à des pays et à des Nations en développement, pour en faire un modèle économique et sociétal de choix, à un moment où celles-ci demeurent encore complètement méconnues par les Algériens, du fait même de la politique menée par leurs gouvernants, peu enclins à faire les choses dans la totale transparence.Lui, tout comme d'ailleurs Malek Haddad, Cheikh El Bachir El Ibrahimi, Ahlem Mestaghanemi et autres encore, auront été les grands absents d'une grandiose fête dont la logique aurait voulu ou nous aurait commandé qu'ils soient au travers de leurs ?uvres et autres expositions et manifestations de droit réservées à leurs écho et considération- eux-mêmes les véritables artisans de cette «Capitale de la culture Arabe» sont Constantine en était ce théâtre tout indiqué.Les Nations Arabes elles-mêmes, bien avant même les citoyens du pays organisateur, se sont offusquées à l'égard de ce sujet, se demandant, se questionnant et ne comprenant plus les raisons de cette grave exclusion, notamment en ce qui concerne le cas de l'éclipse d'une lumière, d'une étoile de la trempe de Malek Bennabi.Souvent, des sommités de l'art et de la science, en hommes avisés et très éclairés, lancent en signe d'avertissement, avant leur départ de ce bas-monde, des propos prémonitoires à l'égard de leur ?uvre et, plus tard, leur peu utile interprétation, en des termes crus, drus et parfois obtus, tel que fut le cas de Malek Bennabi dans cette citation : «… Je suis certain que la haine bestiale que je sens autour de moi ne s'éteindra pas même après ma mort. Je sens qu'après ma mort, Mr. X cherchera la moindre trace de mes écrits (surtout ces carnets dont il connait l'existence), même dans les tripes de mes enfants pour effacer toute trace de ma pensée.*»Il en était tellement conscient qu'il le mentionna dans ses carnets, à quelques seulement quatre mois avant sa mort, intervenue, le 31 0ctàbre 1973, sous le sous-titre : «Je salue ma fin». Il écrira, en substance : «… Je suis comme l'homme chargé d'un lourd fardeau pour lequel il remercie le Ciel de lui avoir permis de la porter aussi loin et aussi longtemps, mais qui attend tout de même le moment de le déposer. Ma vie a été très lourde à porter. J'entrevois la fin avec soulagement. *»Des plumes aussi fluides, aussi expertes, très habiles, alertes, fines et savantes ayant pour adresses littéraires ces noms fort éloquents, plus-haut cités, sont à au minimum- considérer à hauteur de leur grande réputation et aura si exceptionnelle qui dépassent franchement de loin les frontières de leur propre pays et territoire de naissance.Pour une raison ou une autre que nous ignorons totalement, on leur aura préféré d'autres noms de moindre calibre, dimension et réputation, sinon ce produit importé nous parvenant directement de l'étranger et de l'autre rivage de la Méditerranée, comme pour «ne pas léser notre culture» ou la laisser en marge de ce qui se fait dans d'autres secteurs du quotidien de l'Algérien.Le temps joue contre nous bien malheureusement ! Ce temps que Malek Bennabi qualifie justement de ce «vieux fleuve qui coule en continu» peut, selon notre aptitude et disposition à quitter notre lit de bon matin, nous motiver à trouver notre compte et le progrès recherché dans le travail que nous entreprenons, sinon nous bercer dans la symphonie et le murmure de ses eaux jusqu'a ne plus pouvoir nous réveiller.«Ce même fleuve, ancien et très silencieux -au point de nous pousser à parfois l'oublier-, peut se transformer en une véritable richesse ou en un anéantissement de toute une Nation» selon notre intérêt à le considérer comme un véritable allié ou celui de complètement l'ignorer.Ensuite, Malek Bennabi avertit : «Lorsque, tôt le matin, sonne l'heure d'aller travailler pour les peuples civilisés, où va le peuple musulman '» Et c'est là où justement se situe notre «douloureuse appréciation» de la mauvaise interprétation et utilisation du temps et ses nombreuses implications sur notre présent et devenir !A l'image de ses semblables ou comparables artistes de la plume, ?uvrant dans cet art scriptural de haute portée littéraire ou de précieuses pensées idéologiques, il aura été tout comme le furent eux aussi- sacrifié sous l'autel de la gabegie culturelle qui fait dans ce show médiatique plutôt très politique qui gravite autour la véritable culture et tous ces innombrables gisements spirituels ignorés de manière si inexplicable ou impardonnable.Ces braves et non moins suaves voix, chaudes et mélodieuses rimes de leurs plumes alertes et très disertes, tressant et pressant à l'envi leurs vers littéraires en une pudique musique qui éveille et réveille de joie et de Savoir aussi leur monde, notre grande conscience et nos sens, auront toutes été suite à un banal signal, anodin et très hautin clin d'?il bien malin, parvenant aux Maitres de la ville de si loin, vulgairement rabroués ou interdits d'y séjourner dans l'esprit de ses nombreux citoyens comme à l'intérieur même des murs de la Cité du Grand Rocher.Devant pareilles ratées sournoises aux dépens de cette encore peu considérée société, aussi flagrantes dérives et basses man?uvres politiques de l'exclusion sans aucune raison du don et du son si dissonant du nôtre du reste- de notre déjà peu connue ou totalement méconnue culture ancestrale, un air de grande déprime sent la frime que sous-tend cette prime récoltée comme prébende d'un reflexe ancien qui fait dans la rétention et de la censure des voix qui ne diffusent pas le même tube que celui vraiment apprécié par la haute sphère de la gouvernance du pays.Toutes ces belles plumes, pour l'occasion ainsi réunies, souvent à gorges déployées, relayées par des lots et flots de mots durs et drus, au travers de leurs magnifiques textes et autres savants vers, tissés d'une main de Maitre et écrits avec cette verve osée et dosée, née de la fibre qui fait frémir de respect la chair de la peau de son auteur et qui le lie à sa chère patrie, n'avaient malheureusement droit au chapitre au sein de cette manifestation qui se déroulait à plus forte raison au sein de la ville des ponts suspendus.Le plus difficile à avaler pour un auteur de renommée mondiale n'est pas d'être absent à une quelconque manifestation culturelle qui se déroule à la maison. C'est plutôt d'être ignoré par les siens à un moment où il est il est invité à se produire sur les meilleurs plateaux culturels du monde. Et lorsque la question à une relation avec une plume qui a déjà quitté notre monde ici-bas, l'erreur n'a aucune possibilité d'être par la suite rattrapée.Renier les siens ou des imminences grises n'a rien d'étonnant en ce moment. Faire obstruction à ces magiciens de la plume est devenu chose assez courante pour ceux dépourvus de ce grand génie. Car, à leur place, c'est la médiocrité qui est si haut élevée !Et pourtant l'Algérien n'a jamais été un être inculte. Ses ancêtres ont donné au monde la clef de la civilisation. Ils ont inventé l'horloge pour surveiller le temps, l'algèbre pout le calculer, la science pour le dompter. Ce sont les autres (ces nouvelles générations) qui n'ont pas su en profiter. Et si le monde est à la dérive, Haroun Errachid n'y est pout tien.Ces plumes-là, «véritables fusils de l'Art» de la révolution mais aussi de l'indépendance du pays, sont le produit du génie littéraire et spirituel algérien. Elles scintillent de leur éclat sur tout le territoire du pays. Et bien au-delà ! Sinon très loin à l'horizon !Leur absence à ce grand concert -qui connaitra sous peu son épilogue- équivaut à une seconde mort pour ceux qui ne sont malheureusement déjà plus des nôtres et à une mort plus que certaine provoquée à dessein pour ceux victimes de cette culture de l'oubli qui les déracine, les enterre vivants et les exclut si injustement du champ culturel Algérien.(*) - Malek Bennabi - Mémoires d'un témoin du siècle (1905 1973) éd. Samar 2006 Quatrième de couverture.(**) - Malek Bennabi - Mémoires d'un témoin du siècle (1905 1973) éd. Samar 2006 Page 617.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slemnia Bendaoud
Source : www.lequotidien-oran.com