Constantine - A la une

Constantine La ville mythique



Constantine La ville mythique
Il fait gris sur Constantine. De lourds nuages s'amoncellent et hésitent à s'éclater en une pluie salvatrice et chasseuse de poussière. Les gens vaquent à leurs occupations et à certains endroits, il faut jouer des coudes pour se frayer un passage. Surtout dans les zones piétonnes comme la rue Didouche-Mourad devenue, avec le temps, le réceptacle de tout ce qui est informel dans des étals de fortune que les revendeurs plient à la vue de la moindre casquette de policier. Ou encore la fameuse place des Chameaux où l'on fait négoce de toute chose. Jadis souk de la friperie ? on disait chiffoun ?, cet entrelacs de ruelles est vite devenu la place forte du vêtement de luxe tout en gardant son cachet de grande bouffe avec son alignement de gargotes.La place de la Brèche, célébrée par tant d'écrits, est intacte, indifférente aux époques qui se succèdent, continuant à recevoir la marée humaine qui déambule à longueur de journée sous les bâtisses d'époque, l'Hôtel de la Poste, le Palais de justice, le Théâtre au pied duquel se vendent les euros par liasses. Après un café avalé debout ? il n'y a plus de chaises ni de tables dans les cafés et les fast-food où l'on consomme debout ?, nous empruntons l'itinéraire du touriste.L'inévitable boulevard de l'Abîme serpente entre des tunnels creusés à même le rocher et en levant le regard, on aperçoit l'imposante bâtisse de la Casbah qui fut tour à tour prison militaire, école paramédicale et institut d'architecture. Les riverains racontent qu'aux jours sombres du colonialisme, ils entendaient les prisonniers chanter, le soir venu, l'oubliable complainte d'El Menfi . Nous débouchons sur la place Kennedy qui surplombe les gorges du Rummel. Le spectacle est impressionnant et les sujets au vertige doivent s'abstenir. Ces profondeurs où gronde l'oued sont aussi le théâtre de suicides quand de temps à autre quelque désespéré vient s'y précipiter faisant s'agglutiner la foule dans le pont suspendu. Impossible d'éviter le Monument aux morts qui domine toute la ville et à la vue imprenable sur la vallée du Hamma, jadis verger et potager de Constantine avant que la cimenterie d'à côté ne s'en mêle. Le Monument aux morts a retrouvé sa vocation de lieu de détente pour les familles depuis que les autorités locales ont décidé d'assainir le lieu en chassant tous les demi-sels qui y passaient le plus clair de leur temps à boire, fumer et agresser le moindre passant.Et soudain le tonnerre se fait plus proche et le ciel a enfin fini par libérer ses trombes d'eau. C'est le sauve-qui-peut général et comme par magie, les rues se vident d'un coup laissant l'orage seul maître à bord. Celui-ci, peu à peu, se calme et la pluie se fait moins drue. Les passants reprennent la rue et je me retrouve à déambuler du côté de la gare ferroviaire, sise entre deux ponts, El Kantara et Sidi Rached au bout duquel on retrouve le centre ville et l'imposante bâtisse de l'hôtel Cirta. Juste à côté, les taxis clandestins hèlent le passant, direction nouvelle ville. Tristement célèbre pour les sordides faits divers et le batailles rangées, ce lieu-dit du relogement massif, est surtout un alignement hideux de longs bâtiments où cohabitent les anciens quartiers de Constantine. Les préposés au logement ne se sont pas posé trop de questions et ont fait dans le simple en affectant des bâtiments entiers à des quartiers, reproduisant ainsi l'esprit « houma ». Résultat, les îlots portent tous le nom d'anciens quartiers et on parle le plus naturellement de Souika, de Oued el Had, de Serkina, de Bardo ...Alors pour le contrôle des territoires, on assiste de temps à autre à des véritables combats entre « houmas ». Les enjeux sont de taille avec les parkings sauvages et le commerce de la drogue.Les sociologues vous diront qu'on a recouru à la solution de l'urgence en logeant de très nombreuses familles sans songer aux structures d'accompagnement comme les terrains de sport, les centres culturels, les espaces de détente... Les habitants attendent le tramway qui va bientôt arriver jusqu'à la cité et espèrent une vie un peu plus animée et sans problèmes. La vingtaine de kilomètres qui séparent la nouvelle ville de Constantine est un alignement de hameaux gris, de maisons difformes de béton où ne trône aucun arbre, mais des garages et puis des garages... Il s'est remis à pleuvoir sur la ville et la foule est moins dense. Quelques passants pressent le pas pour prendre les derniers bus. Constantine se vide au crépuscule malgré son statut de capitale de la culture arabe.Il y a bien eu une animation au début et, passé l'enthousiasme, la cité a vite retrouvé sa léthargie, hormis quelques récitals de vedettes arabes qui enchantent un public avide de spectacles. Tout à l'heure j'ai rendez-vous avec Yassine Hannachi, un libraire qui résiste tant bien que mal à la déferlante de la toile et de l'électronique. Il m'a promis de m'offrir un exemplaire dédicacé de Malek Haddad lui-même. Comment rêver de meilleur cadeau de cette ville-mythique '


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