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Constantine - La nouvelle ville "Ali Mendjeli" déchirée par une guerre de clans

Constantine - La nouvelle ville




A la nouvelle ville Ali Mendjeli, à Constantine, des confrontations entre des habitants de même quartier ont fait plusieurs blessés. Huit jours de guerre de clans entre les relogés de Oued El Had et Fedj Errih. Des dizaines de familles ont quitté la cité.


Les murs des bâtiments sont carbonisés à coups de cocktails Molotov et les fenêtres fracassées. Les quelques véhicules et baraques brûlés laissent penser que le quartier a connu une guerre sans merci.

A l’UV14 (Unité de voisinage n°14, ndlr) de la nouvelle ville Ali Mendjeli, les traces des confrontations qui ont secoué le quartier pendant huit jours et huit nuits sont toujours visibles.

«Ce sont les voyous des deux côtés qui se battent pour le contrôle du quartier, notamment le parking. Ici, les opportunités de travail se font rares», explique un habitant de Oued El Had, un des bidonvilles.

La présence d’enfants à l’extérieur ne signifie pas pour autant un retour au calme. L’UV14 est devenue une cité dangereuse, et les quartiers avoisinants s’en méfient.

Ici, pour 2.500 logements, il n’existe qu’une mosquée et deux cafétérias. Même les taxis clandestins du centre-ville de Ali Mendjeli refusent de vous y emmener.

«Je ne peux pas prendre ce risque. Les gens s’entretuent là-bas, c’est dangereux !», assure un chauffeur de taxi.

Certaines familles ont été jusqu’à déménager, d’autres ferment leurs balcons carrément avec des briques ou renforcent leur sécurité en installant un grillage de fer. Les habitants de Oued El Had comme ceux de Fedj Errih sont sur le qui-vive. Chacun de son côté. Aucun échange à part les regards que les uns jettent aux autres. Ici, le climat reste toujours tendu.

«Tout a commencé à notre arrivée il y a dix mois (30 mai 2013). Les confrontations n’ont jamais cessé depuis. C’est la quatrième fois. Le calme reste précaire ; les confrontations risquent de reprendre à tout moment», affirme Hocine, résident de l’UV14 et originaire de Oued El Had, 25 ans, diplômé en informatique et étudiant en droit.

Pour rencontrer Hocine, il a fallu se donner rendez-vous à l’UV18, une cité voisine.

Gilets pare-balles

C’est dans une cafétéria que nous avons été introduits par Raouf, Hamza et Fateh, tous habitants de ce quartier. Hocine est très inquiet.

«Il y a tellement de blessés des deux côtés. Moi-même, j’ai eu une fracture du bras droit dans une bagarre après la qualification de l’Algérie en Coupe du monde. Aujourd’hui, le mal est fait. Il sera difficile de calmer les choses malgré la présence renforcée de la police», ajoute Hocine.

Rendez-vous est pris à l’UV14. C’est le frère de Hocine qui nous reçoit et qui nous présente à son tour à El Mekki, un sexagénaire respecté à Oued El Had.

«Au moins 50 appartements ont été brûlés et plusieurs familles ont été obligées de quitter la cité. Ce sont des sauvages, des terroristes. Ils nous attaquent à toute heure, même la nuit. Nous avons été obligés de riposter pour nous défendre, sinon ils nous auraient tous tués», s’emporte El Mekki, c’est l’un des responsables de l’association de quartier.

Samir, 25 ans, maçon et père d’une fillette, qui a lui-même pris part aux confrontations, raconte: «A coup de cocktails Molotov, couteaux et frondes chargées de morceaux de ferraille, les voyous portent des gilets pare-balles et des protège-tibia.»

Les enfants témoignent eux aussi.

«Ils tentent à chaque fois d’entrer de force dans nos maisons. Je les entends crier, Allah ou Akbar», raconte un adolescent de 15 ans.

Un autre résident se plaint.

«Ils ont brûlé ma baraque. C’était mon seul gagne-pain. Je vivrai de quoi maintenant?», s’indigne Khadir Nasri, 58 ans, invalide à 100%, qui vivait de la vente informelle de cigarettes.

Pour aller dans l’autre camp et rencontrer les habitants de Fedj Errih, Fethi, 36 ans et père de trois enfants, résident de l’UV18, nous conseille: «On peut aller les voir, mais il faut qu’on emprunte le chemin d’en bas. Ils peuvent mal interpréter notre arrivée si on y va directement par Oued El Had.»

A l’UV14, il existe d’autres habitants venus de différents endroits que Oued El Had et Fedj Errih. Ici, c’est par la couleur des bâtiments que l’on distingue les bidonvilles d’origine. Ceux de Oued El Had sont de couleur mauve avec quelques bâtiments en jaune à l’entrée du quartier. Les Fedj Errih sont en bleu, à l’extrémité de l’UV14. Les Chalets et Chaâbani sont en bleu et Lonama en jaune.

Imam

Ces derniers servent de mur de séparation entre les deux clans qui se disputent le contrôle du quartier. Rencontrés à l’entrée de la cité de Fedj Errih, deux vieux hésitent à nous en parler.

«Ça se passe entre jeunes. Généralement, ça commence par les petits à la mosquée ou au CEM, et ça remonte aux plus âgés. Sauf que cette fois-ci, la situation a vite dégénéré», expliquent-ils.

«J’habite ici mais je ne sais vraiment pas ce qui se passe. Rabbi Yahdina», indique un clandestin.

Cherif, gardien de parking dans le quartier, prend la parole.

«Les Oued El Had sont venus nous provoquer. Vous pouvez demander aux habitants des autres ‘’couleurs’’. Ils vous diront que nous n’avons jamais eu de problèmes avec eux», affirme Cherif, 30 ans, repris de justice et gardien de parking de quartier.

Il a pourtant l’air respecté.

A chaque fois qu’il parle, les autres se taisent.

«C’est nous (les repris de justice) qui payons le prix à chaque fois que ce genre de choses arrivent. Nous voulons tous reprendre notre vie normale», ajoute Cherif.

Les résidents de Fedj Errih ont décrit exactement les Oued El Had avec les mêmes mots. Ici, tout le monde traite tout le monde de «voleurs, bâtards, voyous, fauteurs de troubles…».

Où est la solution donc?

«Il n’y a pas de solution. Ils doivent quitter la cité, car nous qui sommes venus les premiers», insiste Abdelmadjid, 57 ans, invalide et père de 6 enfants.

A l’UV14, les véhicules de police font des rondes toute la journée. D’autres policiers veillent, à l’abri des regards, sur le toit des immeubles du mur de séparation.

Les résidents de ce quartier insistent sur la nécessité d’assurer la sécurité des uns et des autres et appellent l’Etat à l’aide.

D’autres jurent que si les affrontements recommencent, il y aura des morts. Seule une tentative d’appel au calme de la part de l’imam du quartier a été enregistrée. Malheureusement, elle a échoué.

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Le wali: «On se serait cru au temps des Vikings»

La diversité des armes blanches saisies a fait frémir plus d’un policier.

«J’ai sursauté quand j’ai vu tout cet arsenal et j’ai mesuré l’ampleur de la menace qui pèse surtout sur mes agents qui étaient dans un risque certain», nous a déclaré un officier de police.

Le wali de Constantine, Hocine Ouadah, a lui aussi avoué son choc: «On se serait cru au temps des Vikings!»

En tout cas, c’est ce qui s’est passé hier, au centre culturel Azzedine Mihoubi, de Ali Mendjeli, lors d’une rencontre entre les autorités locales de la wilaya avec les représentants des deux camps belligérants de l’unité de voisinage n°14, Fedj Errih et Oued El Had.

«Il n’existe pas de solution sécuritaire fiable, même si l’on doit réquisitionner toutes les forces du pays, le citoyen et ses représentants doivent impérativement s’impliquer et le noyau familial doit contribuer significativement, car, en fait, c’est vous qui subissez les contrecoups de cette insécurité», a expliqué le wali face aux représentants de la société civile.

Il a aussi averti: «L’Etat est fort et dispose de tous les moyens pour sévir, il le fera avec toute la rigueur que lui impose le droit.»

(N. Benouar)

* Photo: Fouaz Azzouz, 16 ans, raconte qu’un voyou de l’autre quartier a tenté de le renverser en voiture, montre son tibia qui garde les traces d’une broche.

Meziane Abane

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