
Le problème du Café ‘Nedjma', cet établissement qui a été classé patrimoine historique et culturel de la ville, à restaurer au même titre que les autres édifices de la ville, telle que la Médersa qui lui fait face, des mosquées et des ‘zaouias', est revenu, cette semaine, dans les discussions des Constantinois, surtout avec la mort de l'une des icônes de la ville : Hadj Mohamed-Tahar Fergani. On se souvient qu'avant la tenue de la manifestation ‘Constantine, capitale de la Culture arabe', cet établissement a été à moitié démoli en vue d'une opération de restauration. Celle-ci était programmée pour durer deux mois. «Mais on ne sait pas pourquoi elle a été annulée», nous a fait savoir le gérant M. Mohamed Beldjoudi, ajoutant que les héritiers, une vingtaine de familles, ne cessent d'interpeller les autorités pour lancer les travaux de restauration, aux frais de l'Etat, comme cela leur avait été garanti par la ministre de la Culture et le wali de l'époque.Le gérant de cet établissement, pas comme les autres, que nous avons rencontré, hier, nous a parlé avec tristesse de ce que représente ce symbole de la ville. «L'âme de la ville de Constantine, commencera M. Beldjoudi, c'est son héritage matériel et immatériel. C'est l'Imam Abdelhamid Benbadis et l'association des Ulémas, ce sont ses ponts, c'est Mohamed-Tahar Fergani, c'est le café Nedjma. Et c'est aussi le CSC et le MOC. Aussi, après la disparition récente de l'icône du malouf Hadj Mohamed-Tahar Fergani, les yeux des Constantinois se sont tournés vers ce qui reste de ce patrimoine. Et ils ont constaté, avec effroi, qu'il ne restera, pratiquement, plus rien, ou pas grand-chose, avec la disparition du café Nedjma».Le roman du café Nedjma est assez éloquent pour parler de lui-même, car cet établissement devenu par la force de l'histoire une icône de la ville, a vu défiler, au cours du siècle dernier, les plus grandes personnalités politiques et culturelles du pays, ces dernières ayant fait de ce lieu leur endroit de prédilection, leur lieu de rencontre : l'imam Benbadis, Hadj M'hamed el Anka, Hadj Mohamed Tahar Fergani, Kateb Yacine, Malek Benabi, Malek Haddad, Houari Boumediene, Mohamed Boudiaf, pour ne citer que ces illustres personnages de l'histoire contemporaine de l'Algérie se sont attablés dans ce café pour passer de longs moments. C'est à Nedjma que feu Hadj Mohamed-Tahar Fergani a enregistré sa dernière émission télévisée, le 14 avril 2014. Et la placette qui borde le café porte le nom d'un des héritiers, en l'occurrence le Chahid Mohamled-Tahar Ladjabi, mort au champ d'honneur. «Ce café a une histoire et par cette histoire, il a été assimilé à un musée. Et c'est pourquoi, il a été classé parmi les monuments de la ville.Nous gardions ce café ouvert non pour une question commerciale, mais pour la mémoire, pour permettre aux gens d'y venir, de «sentir l'odeur», comme on dit, de toutes les figures historiques qui sont passées par cet établissement de légende. Malheureusement, avec ce qu'il vient de subir, on n'est pas loin de penser à une mise mort programmée du café Nedjma», pense M. Beldjoudi. Les travailleurs du café sont en chômage depuis le mois d'avril 2015, les héritiers s'interrogent et se demandent jusqu'à quand ce patrimoine de la ville va-t-il être délaissé ' Dernièrement, la question a été posée directement par le gérant au nouveau wali, M. Kamel Abbas. « Mais apparemment, a affirmé M. Beldjoudi, le wali actuel semble ne pas être au courant du problème du café Nedjma. Lorsque j'ai réussi à l'aborder, il m'a répondu que l'Etat ne peut pas prendre à sa charge la restauration des établissements privés». «Débrouillez-vous», m'a-t-il répondu. Et notre interlocuteur d'assurer qu'il va poursuivre les démarches, à tous les niveaux de l'Etat, pour l'amener à honorer les engagements pris par ses représentants. Et d'indiquer que la restauration du café coûterait, au bas mot, la bagatelle de 400 millions de centimes. «Et nous ne sommes pas en mesure de réunir cette somme. Mais je reste, quand même, confiant que le café Nedjma revivra», a conclu M. Beldjoudi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A M
Source : www.lequotidien-oran.com