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Constantine, au-delà de l'horreur Point Net



«Le magistrat est le produit de son temps et il ne peut échapper aux pressions et aux débats qui secouent la société». Ce sont là les termes de M. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale de consultation, de protection et de promotion des droits de l'Homme (Cncppdh) qui s'exprimait ainsi dans la foulée du verdict prononcé à l'encontre des assassins des deux enfants de Constantine. On l'aura tout de suite compris. M. Ksentini s'est cru obligé de nous vendre un «débat» en concomitance avec la pression ' populaire ' qui, elle, pouvait bien «marcher» toute seule. Et pour cause, elle a déterminé le verdict dans cette affaire, bien avant qu'elle n'arrive devant la justice ! Bien évidemment, on ne peut pas faire l'économie de ce rappel : les tueurs d'enfants, en nombre beaucoup plus important et dans des conditions bien plus atroces, n'ont pas tous suscité l'indignation horrifiée de la «société» pour exiger le châtiment exemplaire.Pour cela, il aurait fallu du courage et des convictions. Mais à la décharge de la société, il faut aussi dire que très peu d'affaires en l'occurrence sont' arrivées devant la justice ! Et ce rappel n'est pas fait pour trouver une quelconque circonstance atténuante aux auteurs du crime odieux commis contre deux gamins de neuf et dix ans à Constantine. Ce rappel, ce n'est pas non plus ce qui explique l'embarras, très visible, du président de la Cncppdh.
Sa gêne tient dans une impossible conciliation : on ne peut pas à la fois défendre l'indépendance de la justice et trouver «normal» que des magistrats se fasse dicter un verdict par la rue, quand bien même sa colère serait sincère, voire légitime. Seconde source d'embarras pour M. Ksentini, on ne peut pas être contre la peine de mort et accepter une désinvolte posture de celui qui «comprend et respecte» qu'ailleurs on la revendique à cor et à cri. Surtout que le «débat» sur la question est une vue de l'esprit. Quand on veut l'abolition de la peine de mort, on en fait un combat.
En France, Robert Badinter était bien seul quand il en avait fait sa cause. Et le premier condamné que la loi avait arraché à la guillotine, le pays entier voulait lui faire la peau ! Et le combat pour la suppression de la peine de mort est un combat politique
que Me Ksentini ne veut manifestement pas engager : «Je ne sais pas si la peine sera appliquée telle qu'énoncée dans le verdict, car l'Algérie n'applique plus la peine capitale depuis 1993. Je pense que si c'est le cas, cette décision aura une portée politique et je la respecterai».
Et tout de suite après : «Toutefois, je tiens à souligner que je suis partisan de l'abolition de la peine de mort et quel que soit le crime, l'Etat ne doit pas tuer. Cette opinion est personnelle et peut ne pas faire l'unanimité dans la société'» ! Ce n'est pas le moindre des embarras pour M. Ksentini, la «portée politique» ! Après avoir été pendant longtemps le défenseur enthousiaste et déterminé des droits de l'homme' islamiste, le voilà partisan de l'abolition de la peine de mort applicable quand elle est d'inspiration politique.
Il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à M. Ksentini : ne pas savoir d'où souffle le vent. Quand il s'occupait des droits de l'homme à géométrie variable et maintenant qu'il parle de la peine de mort avec une rare maîtrise de la contorsion. Les droits de l'homme comme l'abolition de la peine de mort, c'est tout de même une autre histoire.
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