
Les contestations récurrentes contre les projets d'implantation de nouvelles installations de traitement des déchets, telles que celles qu'ont connues tout récemment les communes de Oued Ghir et Zighoud-Youcef, respectivement dans les wilayas de Béjaà'a et Constantine, suite à l'implantation d'un CET (Centre d'enfouissement technique) sur leur territoire, s'inscrivent dans ce que les spécialistes des déchets appellent le syndrome Nimby (not in my back yard, pas dans mon arrière-cour).Le syndrome Nimby désigne le refus par les populations de l'installation de ces structures de traitement des déchets, même modernes et respectueuses de l'environnement, à proximité de leur espace de vie. Les riverains peuvent ainsi y voir une menace directe pour leur santé, leur environnement et la valeur de leurs biens immobiliers d'où leur opposition énergique et sans concession, bien que les bénéfices de ce bien public profitent à une large population. Les lixiviats, les odeurs et les fumées sont les principales externalités négatives liées à ces installations et décriées par les populations. Ces conflits qui opposent les riverains aux autorités locales, et qui se manifestent parfois par des actes de violence, vont certainement se poursuivre tant qu'on n'a pas encore trouvé une solution durable à ces déchets dont les quantités ne cessent d'augmenter.Il convient cependant de noter que les opposants à ces sites de traitement sont essentiellement mus par leurs intérêts individuels ; ce sont le plus souvent les voisins directs de ces installations qui protestent. Si celles-ci étaient érigées ailleurs, rares seraient ceux qui s'en soucieraient mêmes si leurs effets sont catastrophiques sur l'environnement et par conséquent sur la santé humaine. Plus de 3 000 décharges sont en effet dispersées un peu partout sur le territoire national, sans oublier les amas d'ordures qui s'accumulent à l'intérieur des cités et des quartiers, et parfois même à proximité des écoles et des hôpitaux, dans une indifférence totale et inexplicable, et ce, malgré les risques que présentent ces déchets, allant du plus banal au plus dangereux. Cette situation devrait normalement susciter l'inquiétude des citoyens !Tout le monde ne veut donc pas de ces installations à proximité de chez lui, mais personne n'est disposé à faire le moindre effort pour une meilleure gestion de ces résidus. Pis encore, ce sont le plus souvent les comportements d'incivisme qui aggravent la situation et compliquent la tâche des services en charge de leur gestion : on jette ses déchets n'importe où et n'importe comment et à tout moment ! Or, des gestes et des comportements en l'apparence simples et faciles sont à la base de toute opération de gestion durable et efficace des déchets : comme mettre ces déchets dans l'endroit approprié, le respect des horaires de passage des services de collecte ; ils sont un préalable incontournable.Même les pays qui sont aujourd'hui en avance dans ce domaine ont d'abord commencé par inculquer ces comportements à leurs populations, d'où l'importance d'une éducation environnementale à tous les niveaux à laquelle tout le monde doit participer en mobilisant aussi bien les connaissances scientifiques les plus récentes que les valeurs culturelles et religieuses. Il est urgent qu'une conscience environnementale émerge.Dans des contextes locaux combinant saturation des décharges et blocage autour de nouvelles réalisations, des solutions durables doivent être proposées et expliquées aux citoyens qui s'interrogent, avec raison d'ailleurs, sur la pertinence de ces CET alors que d'autres options meilleures pour la collectivité existent (recyclage, compostage, etc.). L'orientation d'une partie des flux des déchets vers de nouvelles destinations permettrait à la fois de valoriser une partie des déchets, d'accroître la durée de vie de ces installations qui engendrent des coûts supplémentaires aux communes et d'éviter les tensions locales. Il faut donc éclairer et ouvrir le débat avec les citoyens sur ce sujet qui les concerne au quotidien en les faisant participer à la prise de décision. Ceci est d'autant nécessaire afin qu'ils adhèrent en toute connaissance de cause à tout projet visant l'amélioration de ce service, et favoriser ainsi leur acceptabilité de ces installations. Celles-ci devraient respecter toutes les normes requises concernant : le choix du site, l'exploitation et la post-exploitation, et ne recevoir, en définitive, que les déchets ultimes, c'est-à-dire des objets que l'on ne peut pas valoriser ; c'est la solution du dernier recours.Enfin, le refus par les citoyens de ces installations peut être interprété comme un signe d'une prise de conscience qui devrait aussi se généraliser et se traduire, entre autres, par l'adoption de nouveaux comportements, l'adhésion aux nouveaux projets, et le paiement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.La protection de l'environnement est l'affaire de tout un chacun ; elle commence aux foyers, aux lieux de travail, aux endroits publics, dans les plages, les forêts, etc. Chaque geste compte !H.'r.(*) Enseignant à l'université de Béjaà'a.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Henniche Redouane
Source : www.lesoirdalgerie.com