
«Curieusement, c‘est la première conférence que je donne à Constantine». C’est par cet aveu que l’historien natif de la ville des ponts, Benjamin Stora a entamé sa conférence intitulée «L'écriture de l'histoire à partir de sources écrites et visuelles», et qui s’est tenue au Centre culturel français de Constantine. C’est devant un parterre composé d’étudiants, d’enseignants en histoire, d’intellectuels ou de simples curieux que Stora a fait un résumé de son dernier ouvrage «Mitterrand et la guerre d’Algérie». Une heure de temps n’a bien évidemment pas suffit à tirer tous les enseignements sur la période sombre de l’ancien président français. Mais avant cela, Stora a tenu à faire une petite leçon sur les méthodes d’investigations et les informations puisées aux différentes sources qu’un historien doit mener. En clair, nous dit-il, il y a les traces écrites : les archives de l’Etat et les archives de la presse; puis les archives orales et enfin les archives visuelles (photographies et films) très peu utilisées par les historiens mais se révélant parfois comme étant des documents précieux. A ce titre, Stora signalera que son film documentaire «Mitterrand et la guerre d’Algérie» réalisé par François Malye et qui a été diffusé sur la chaîne France 2 jeudi dernier au soir, est en fait un prolongement du livre. Connu pour la justesse de ses réflexions et ses travaux, l’historien en entament le débat sur Mitterrand, a révélé que ce travail consacré à ce personnage est parti d’une simple enquête sur le guillotinement des Algériens. Dès lors, les recherches ont été approfondies notamment sur le plan biographique de l’ancien président français, le but étant d’essayer de comprendre le vrai statut et le rôle de Mitterrand pendant la guerre d’Algérie : «Je ne m’intéressais pas à un seul personnage mais aussi à toute cette époque au niveau politique, car on a souvent parlé de De Gaulle et de la Droite dans la guerre d’Algérie, oubliant au passage le rôle de la gauche qui était au pouvoir en 1954. Mitterrand ministre de l’Intérieur puis Garde des sceaux avait de lourdes responsabilités au sein de son gouvernement.» Des révélations étayées dans son livre et qui contredisent toutes les opinions concernant la responsabilité de la gauche française de cette époque d’autant plus dit-il qu’«On pensait aussi que cette guerre était entièrement militaire en ayant le sentiment que le pouvoir politique étant absent. Or, on sait bien que toutes les décisions passaient par les hommes politiques, surtout avant la venue de De Gaulle, et Mitterrand forcément avait son mot à dire.» Le livre précise Stora, essaye de démontrer le degré de responsabilité de Mitterrand et ses prises de position à l’égard des nationalistes algériens. Outre le fait qu’il était farouchement opposé à l’indépendance de l’Algérie, en tant que Ministre il avait mis tous les moyens pour étouffer la résistance : «Le premier acte politique français à l’égard de la révolte algérienne était la dissolution du MTLD. La gauche avait également pris la décision d’envoyer les premiers CRS à Alger. Ceci dit, la détermination de la gauche et de Mitterrand était telle qu’ils ont décrété en mars 1956 le guillotinement des prisonniers condamnés à mort. Une décision lourde de conséquences puisque la première exécution, celle d’Ahmed Zabana, a conduit à la Bataille d’Alger. Mitterrand a continué à avoir du mépris pour l’Algérie jusque dans les années 1980, car six mois après avoir remporté les élections présidentielles, il décide de réintégrer dans l’armée française les généraux putschistes». L’histoire ne s’arrête pas là, puisque selon Stora, Mitterrand était en plus le premier instigateur du vote des pouvoirs spéciaux et ce avec la complicité du Parti Communiste français. A la fin de sa conférence, Benjamin Stora s’est posé la question de savoir comment cet homme Ministre à plusieurs reprises puis chef d’Etat a pu cacher tout ce passé. Il est évident selon lui que Mitterrand du temps où il était président pensait qu’il allait être rattrapé par le dossier Algérie, mais en fin de compte, c’est seulement l’affaire Vichy qui a eu à affronter puis il est mort : «La politique de l’oubli est une stratégie qui peut durer quelques années mais qui finit toujours par ressortir un jour ou l’autre.»
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kais Benachour.
Source : www.horizons.com