Constantine - A la une

Ciel... la ville !



À un moment où les activités sont au ralenti pour deux raisons qui peuvent tout expliquer, en l'occurrence une saison estivale anesthésiante compte tenu de la chaleur d'abord et chevauchée ensuite par le mois de Ramadhan, la sortie conjuguée sur une même destination de deux ministres est sans doute de nature à convaincre ceux qui y condescendent au fait que les affaires importantes sont sérieusement traitées. Il est clair que dans la démarche des deux commis de l'Etat, il n'y a pas seulement intention de faire illusion, les deux étant comptables pour l'avenir des engagements qu'ils auront pris officiellement au nom de l'Etat algérien au cours de leurs pérégrinations. Faudrait-il toutefois que l'amnésie collective et tout autant atavique ne vienne gommer les déclarations grandiloquentes faites en la circonstance.Est-il en effet besoin de rappeler qu'au cours de l'année 2007, un ministre de la Ville avait fait preuve d'une formidable débauche d'énergie visant à restituer à la ville, voire aux grandes villes, leur aura d'antan ou du moins, quitte pour cela à user et abuser de ravalement et embellissement d'immeubles et espaces publics, les rendre moins agressives sur le plan de l'urbanisme et à aspect humain sur le plan architectural. Cet ambitieux projet auquel devait être associée l'université algérienne d'Est en Ouest et du Nord au Sud avait pour intitulé «Schéma de cohérence urbaine». Il pouvait s'appeler Scuc, Scuo, Scua, selon qu'il concernait Constantine, Oran, Alger ou Annaba et devait préfigurer désormais la ville de demain en jugulant toutes les incohérences nées d'une absence sur le terrain des pouvoirs publics, une absence sur les raisons desquelles il n'est pas besoin de revenir.
L'idée étant donc bonne et l'initiative à saluer, sauf qu'une fois le maroquin ministériel pour une raison ou une autre libéré, ne tombait pas seulement dans l'oubli ledit membre du gouvernement mais le projet lui-même, les résolutions faites en grandes pompes et l'ambition générale suscitée sachant que la démarche rendait possible un sauvetage salutaire des importantes agglomérations grâce à la feuille de route née de la réflexion de groupes multisectoriels mis en place. En fait, le schéma de cohérence urbaine planifié à court, moyen et long terme avec tout ce que cela laisse supposer comme engagement de moyens humains, équipements, semaines et mois de travail consentis n'aura pas survécu à l'usure ultra rapide du temps et d'un récurrent turn-over gouvernemental.
Tout schéma de cohérence urbaine passe par des critères s'il ne vient pas très souvent anticiper sur des contraintes existantes, faisant en sorte que ceux qui le pilotent tiennent compte des erreurs commises par le passé. C'est d'ailleurs la ligne de conduite que semble avoir fait sienne Amara Benyounès en prévision de la réalisation de la nouvelle ville de Hassi Messaoud. Le ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire n'hésitant pas à donner comme exemple l'échec consommé de la nouvelle ville Ali-Mendjeli dans la wilaya de Constantine. Le ministre ne fait d'ailleurs qu'emboîter le pas au chef de l'Etat qui, en juillet 2000 déjà, faisait part de sa déception à la découverte «d'un immense bidonville amélioré» alors qu'il pensait rendre visite à une ville du futur.
Plus que les critères, ce sont les contraintes qu'il y a lieu de surmonter et même si l'actuel ministre affirme que «tout a été pensé pour qu'il n'y ait pas reproduction des tares constatées auparavant», il semble peu évident que cet engagement soit gravé dans le marbre dans la mesure où les pouvoirs publics ont toujours subi le cours des évènements dont l'augmentation exponentielle des populations, laquelle ne tient pas seulement du seul processus démographique naturel mais de facteurs exceptionnels devenus par la force de l'habitude «normaux» comme le déplacement massif de personnes pour des raisons connues tel le relogement dans le cadre de l'éradication d'habitats précaires, bidonvilles et/ou pour des raisons tout à fait particulières que peuvent être la survenance de phénomènes naturels : inondations, tremblements de terre, etc. En somme une dynamique socio-économico-spatiale qui ne fait pas partie du jargon habituel des pouvoirs publics quelles que soient les strates où ils se situent. A l'est du pays, le maire d'un village soudainement passé au stade de grande ville résume superbement la difficile maîtrise de l'extension de tels espaces : «La démographie nous est imposée, elle n'est pas naturelle. Notre ville est passée allègrement d'une population de 20 000 habitants en 1995 à plus de 300 000 aujourd'hui. Tout cela par greffe de pans entiers de populations venant d'horizons divers et logées ou relogées dans des conditions particulières. En fait, il relève de la gageure d'avoir une politique sereine et cohérente de la ville sachant que tout se fait dans l'urgence, échappant ainsi à toute démarche rationnelle qui consisterait à réfléchir au développement des équipements sociaux et des établissements publics à même d'assurer l'accompagnement de ce développement exponentiel tous azimuts. Il nous semble d'ailleurs des plus improbables que l'ordre de marche soit inversé'du moins dans un proche avenir.»
La nouvelle ville de Hassi Messaoud, c'est possible. L'histoire fera noter que tout cela sera jugé sur pièces en 2020. Or, les délais, en Algérie, sont un peu comme les promesses, ils n'engagent que ceux qui y' croient.
A. L.
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