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Ces enseignants qui foulent aux pieds un sacerdoce



Ces enseignants qui foulent aux pieds un sacerdoce
Voilà donc la grève au sein des établissements scolaires, comme partout à travers le territoire national et selon des fortunes diverses, entamant sa quatrième semaine à Constantine. En fait, à ce stade de la situation, le qualificatif de grève ne convient pas en réalité au capharnaüminstallé par les syndicats de diverses obédiences. Effectivement, ces derniers n'ont fait qu'entraîner partiellement une catégorie d'enseignants portés beaucoup plus sur une propension au farniente transformée en la circonstance en solidarité militante à l'endroit des délégués syndicaux. En somme, c'est le plus court chemin pour ces personnages d'assurer rondement leurs mensualités par la compensation avec des cours privés administrés à ces élèves même auxquels ils n'assurent pas une prestation pour laquelle l'Etat les paye grassement. À hauteur de la wilaya de Constantine, nous nous sommes rapprochés des élèves de trois communes, en l'occurrence Khroub, Aïn-Smara et Aïn-Abid. Dans leurmajorité, ces élèves en vacances forcées ont été unanimes à témoigner de leurdésappointement parce que désemparés face à une sorte de no man's land dans lequel les enseignants, «du moins nombreux parmi nos collègues, à mesure que le conflit s'étale dans le temps, qui ne savent plus de quoi il retourne exactement», considère une enseignante dans la ville d'Aïn-Abid, mais une galère sur laquelle elle-même vogue allègrement au motif qu'elle ne peut «afficher isolément» son scepticisme sur une sortie de crise «...et de laquelle nul ne sortira gagnant et sinon que le plus grand perdant seront les enfants et plus particulièrement ceux qui doivent faire face à des examens». Tout cela est dit avec une lucidité qui tranche de manière tragi-comique avec l'actualité prévalant dans le secteur. Le gel des cours est donc plus qu'épars, la confusion est totale même si la guerre des chiffres et les communiqués des états-majors des uns et des autres s'évertuent à vouloir faire illusion sur l'authenticité des taux de suivi et/ou de désaffection, c'est selon.Le directeur d'un établissement secondaire du chef-lieu de wilaya nous a convié, au même titre que deux autres confrères, à une rencontre informelle avec d'anciens directeurs d'établissement et enseignants aujourd'hui tous à la retraite. L'objet de cette rencontre était tout juste assister à une discussion à bâtons rompus entre l'aréopage en question dont les membres sont aujourd'hui autant pénalisés par le conflit que n'importe quels autres parents ou grands-parents. Mme K. Yamina, qui a occupé le poste de surveillante générale pendant près de vingt ans dans un lycée d'Annaba, estime «qu'en revenant de manière cyclique, ces grèves enlèvent au conflit toute légitimité en ce sens qu'elles mettent à nu le peu d'importance et intérêt accordés par ses acteurs à ceux qui ont précédé, mais surtout aux solutions qui y ont été accordées et qui étaient surtout censées avoir définitivement, ou du moins à moyen terme, levé toutes les ambiguïtés». Paraphrasée par C. Sekina, ex- professeur au lycée Fadila Saâdane, laquelle, pour sa part, comme tombant littéralement des nues dira : «En fait, je ne me souviens pas personnellement avoir adhéré à une grève. Cela d'autant plus qu'en notre temps déjà, cette forme de contestation professionnelle s'inscrivait d'abord dans une large concertation avec la base et à partir de revendications sociales effectives et parfois, si ce n'était toujours le cas, des revendications liées aux salaires, mais beaucoup plus aux conditions de travail notamment celles pédagogiques à même de pénaliser les enfants.» Les propos deC. Sekina sont confirmés par le directeur de l'établissement où se tenait la conviviale rencontre. «En effet, je ne me souviens pas de préavis de grève n'ayant pas été précédé des démarches des représentants des enseignants notamment lorsqu'il s'agissait d'un manque en matière d'équipements pédagogiques et rarement de surcharge de travail. Il faudrait surtout rappeler que même lescours de soutien étaient effectués volontairement...sans rétribution,bénévolement». Ils qualifieront ou quantifieront ce qui se passe depuis quatre semaines de «brassage d'air, qu'il soit le fait du ministère ou des pseudos représentants des enseignants...quant aux enseignants eux-mêmes, autant dire qu'ils représentent à nos yeux la plus grosse déception. Mais fallait-il s'attendre à autre chose de fonctionnaires qui n'ont rien à voir avec ce qui a de tout temps été un sacerdoce '». Quant à la possibilité de rattraper tout le retard enregistré, ils sont également unanimes à soutenir que ça relève de la gageure et rien que de la gageure.A. L.


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