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C'EST MA VIE



Le destin a voulu que Amor Bara décède environ une heure après que nous ayons terminé notre reportage sur son itinéraire. Ce grand footballeur, qui a su émerveiller les mordus du sport roi, nous a quittés le vendredi 1er juin en début d'après-midi à l'âge de 88 ans.
Selon un ancien supporter de l'ESG, le défunt aimait beaucoup le morceau de la chanson emblématique des supporters de l'Escadron noir des années 1960 «Ya lili yamma ou ana alloulia, ya l'espérance ya laâziza alia». Repose en paix ammi Amor, le message est bien passé. «Ya Baeza dezz el goudam, ma tenssach les filets bache n'goulou il y est !!» Les Guelmis ont été des milliers à reprendre ce refrain, du haut des gradins, pour encourager le buteur et passeur décisif Amor Bara dit «Baeza». Il est né le 16 novembre 1924 à Guelma ; enfant unique, il est issu d'une famille autochtone, sa mère «El Hadja El Filalia» était une guérisseuse réputée dans toute la région pour avoir traité avec succès un grand nombre de patients souffrant de différents types de pathologies. Ils habitaient à Dar Ouakha, dans le quartier arabe, en face des Saïdi, famille du célèbre dirigeant de l'Espérance sportive de Guelma ; le défunt ammi Allaoua : «Je jouais tout le temps au foot, dans la rue, avec mes copains, ça a été l'occasion pour moi d'être supervisé par si Allaoua Saïdi, Allah yarahmou, qui m'a finalement recruté au club, j'avais à peine 18 ans», nous dira ammi Amor. Durant sa longue carrière, ce footballeur doué n'a joué que pour un seul club, l'Escadron noir. Ses partenaires et ses adversaires lui reconnaissent sa capacité de surprendre les défenses adverses, «sa rapidité et ses dribbles déroutants donnent le tournis aux défenseurs », nous confie Mohamed «bouboula Odile Kac», un fervent supporter des Noir et Blanc.
«Je jouais tout le temps au foot, dans la rue, avec mes copains, ça a été l'occasion pour moi d'être supervisé par si Allaoua Saïdi, Allah yarahmou, qui m'a finalement recruté au club, j'avais à peine 18 ans.»
Baeza, champion d'Afrique du Nord, ayant la chance d'évoluer aux côtés d'une génération dorée avec de fins techniciens et élégants footballeurs (Bianchi Ben Sard dit «Tilla» - hardi belougas - honnie Assouan - hardi Saïdi - les frères dahir, messidor dit «Népal» et Alix - rachis Saïdi - mocharde bourdâmes, dit Kazan…) et prônant un football basé sur la technique individuelle et sur le collectif, Baeza a écrit les plus belles pages de l'histoire de la glorieuse équipe de football, l'Espérance de Guelma. Mais c'est surtout le 29 mai 1955 à Casablanca que ammi Amor a ébloui le public marocain, puisqu'il a été l'artisan du succès historique de l'ESFM Guelma (2-1) face à l'équipe locale le WAC. Il marque le but égalisateur à la 89e minute du jeu et offre la balle du but de la victoire, inscrit dans les prolongations par Merzougui dit «Petit Fellous». Baeza permet donc à l'Escadron noir de décrocher le titre de champion d'Afrique du Nord et être ainsi le premier club algérien à avoir remporté un titre international. Mais si ammi Amor est, sans conteste, une personne très populaire dans la ville du 8 Mai 1945, c'est aussi par sa gentillesse, sa bonté et sa fidélité exemplaires à l'Escadron noir, mais aussi pour sa ville et sa patrie. Comme en témoigne cette anecdote tirée des propos des Guelmis ayant côtoyé ce talentueux footballeur et fervent supporter de cette équipe de Guelma : «Dans les années 1980, l'ES Guelma a loupé l'accession en première division, après avoir été tenu en échec à domicile. Les supporters, très , ont alors quitté le stade avant le sifflet final, mais ammi Amor est resté seul dans les tribunes, assis sur son banc, effondré, pleurant à chaudes larmes.» «Je reste passionné et très concerné par le parcours de l'Espérance, même aujourd'hui, où elle évolue en interrégions, c'est une réalité amère pour tous ceux qui connaissent l'histoire de ce glorieux club qui a marqué l'histoire de la ville et de l'Algérie», nous déclare Amor Baeza, qui veut faire allusion aux grands joueurs de cette équipe qui ont activement participé aux évènements du 8 Mai 1945, les frères Abda, Souidani Boudjemaâ… «Je suis préoccupé par cette chute vertigineuse qu'a connue ce club historique, mais à la fois optimiste pour redorer le blason de l'Escadron noir. Je passe tout mon temps à faire des calculs et des pronostics, je discute même avec les plus jeunes supporters. Chaque saison, on parle des possibilités d'accession de l'ESG en division supérieure», nous révèle ammi Amor. De l'avis général, Baeza reste un supporter de l'ESG, hors du commun. Ammi Amor est aussi un habitué du cercle de jeu de boules, un lieu très prisé des Guelmis, il dira : «C'est avec un grand plaisir que je viens chaque jour ici, assister à des parties passionnantes de pétanque.» Bara Amor, ce grand footballeur, était également un militant nationaliste exemplaire. «En 1957, mon père a essuyé des tirs de soldats français alors qu'il tentait de s'évader de la caserne de la ville de Guelma pour échapper à la torture des hommes de Munoz, il a été grièvement blessé par balle à l'abdomen», nous révèle son fils Mohamed, âgé aujourd'hui de 56 ans. Et d'ajouter : «Après plusieurs jours d'hospitalisation, il a été transféré à Annaba dans la prison les Salines, et cela malgré l'altération de son état général, il a été libéré 18 mois plus tard.» Ce célèbre sportif est un retraité de l'administration pénitentiaire de la ville de Guelma, il a mené une carrière exemplaire qui lui a valu une notoriété certaine : «Amor a fait de l'humanisme son idéal», témoigne un de ses anciens compagnons. Baeza se souvient du moindre détail de ce voyage périlleux effectué par train jusqu'à Casablanca. «Je n'oublierai jamais ce périple qui nous mènera au Maroc, et qui a duré presque quatre jours, on a changé de train deux fois, à Alger et à Oran. L'équipe est arrivée, le vendredi 27 mai 1955, dans la soirée, c'est-à-dire l'avant-veille du match. Malgré ce pénible voyage, on n'a eu droit qu'à un seul jour de récupération», explique-t-il. «Avec un mental d'acier et une motivation inébranlable, on a pu surmonter toutes les difficultés, on avait une seule chose en tête : revenir à Guelma avec le trophée», enchaîne ammi Amor. «L'accueil était très chaleureux à notre arrivée à la gare de Constantine, la foule était particulièrement dense.
«L'ES Guelma a loupé l'accession en première division, après avoir été tenu en échec à domicile. Les supporters, très déçus, ont alors quitté le stade avant le sifflet final, mais ammi Amor est resté seul dans les tribunes, assis sur son banc, effondré, pleurant à chaudes larmes.»
Par la suite, tout le monde s'est embarqué dans des véhicules constituant un cortège impressionnant. On a sillonné quelques artères de la ville, avant de prendre la route de Guelma», se remémore avec nostalgie ammi Amor Baeza. Ce dernier tient à nous apporter un détail très important. «On était tellement fous de joie, qu'on ne s'est pas occupé du trophée, je ne l'ai jamais revu depuis notre arrivée à la gare de Constantine. Mais où est donc passée cette coupe '», s'interroge Baeza.


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