
comment peut-on lier son métier de docteur généraliste à celui de penseur et d'écrivain ' Nous avons suivi le docteur Zerouala Mohamed-Tahar pour vous raconter sa vie de médecin et d'auteur de quatre livres. A vos stéthoscopes pour pouvoir lire la signification des battements d'une vocation d'un médecin.«En vérité, je n'aime pas beaucoup parler de moi. Je n'aime pas aussi parler des autres de crainte que mes propos ne soient incompris. Je préfère parler à mes semblables et prendre en considération ce qu'ils ressentent en bien ou en mal. En somme, partager. Partager est une valeur qui a accompagné toute mon enfance.»C'est en ces termes que le docteur Zerouala Mohammed-Tahar a timidement entamé la discussion autour de son parcours. Dans son cabinet de médecin généraliste, à l'est d'Alger, à Rouiba, entouré de ses livres, il égrène les souvenirs au fil des passages de ses patients. Issu d'une famille nombreuse composée de treize enfants (six sœurs et sept frères), il a tout jeune appris à partager. «Nos parents nous ont appris à tout diviser à parts égales», raconte-t-il. Une famille nombreuse n'a pas pour autant signifié malheur mais a plutôt rimé avec épanouissement. Plongeant dans ses souvenirs, il enchaîne : «Une enfance heureuse, bien que dispersée par les événements de la guerre d'Algérie. Une vraie guerre. Je suis né en 1946, un jour de printemps. Je fais partie du «baby-boom» qui a suivi la Seconde Guerre mondiale (1939-45), endeuillé malheureusement par les événements tragiques de mai 1945. Influencé fortement par mon grand-père, un érudit et polyglotte, et un père bilingue parfait dont le seul leitmotiv qu'ils nous recommandaient, à nous les enfants, la connaissance (el-ilm). Quant à ma mère dont la vigilance ne fléchissait jamais, toujours affectueuse et sans ostentation.» C'est donc tout naturellement que frères et sœurs ont fréquenté deux établissements scolaires : ils ont eu accès aux cours en même temps de l'école de la République française et la médersa à Constantine. «A l'école, l'on nous apprenait à devenir des citoyens français. A la médersa, les programmes sont plus détaillés. Outre le calcul, l'histoire, la géographie, les sciences naturelles, la littérature dans toute sa majesté occupait une place de choix.La poésie chevauchait toutes les époques arabes : préislamique, islamique, omeyyade, abbasside, andalouse, nahda (renaissance). Ecole française et médersa ont été complémentaires.La médersa a forgé notre identité arabo-berbéro-musulmane. La culture française est un précieux butin de guerre (dixit Kateb Yacine)», poursuit-il. C'est plutôt cette riche culture qui l'a inspiré à aller au monde littéraire. «Je n'ai jamais rêvé de devenir médecin. Ma décision de m'inscrire à la faculté de médecine a précédé de quelques jours le début de l'année universitaire.J'étais fasciné plutôt par une carrière littéraire. Je ne regrette pas du tout d'être devenu médecin. J'aime mon métier et il me semble que je l'exerce assez bien», explique ce médecin généraliste qui a pu par la suite concilier les deux mondes.Et pourtant ses souvenirs à la faculté de médecine lui laissent un goût de rudesse : «Les études médicales en notre temps étaient très dures. Dépourvus, à l'époque de moyens technologiques, nous étions en sous-évaluation permanente. Encadrés par des maîtres dont l'activité médicale est un sacerdoce, ils voulaient faire de nous des médecins vertueux, ils nous inculquaient discipline, connaissance, disponibilité, honnêteté et sacrifice.» Après le service national, il s'installe dans un village, une petite commune, devenue quelques années plus tard chef-lieu de daïra.Le village s'appelle Redjas, rattaché d'abord à Constantine, puis à Jijel, et enfin à Mila, suivant les découpages successifs. Revenant sur cette partie de sa vie, il révèle : «On est seuls face à une population rurale qui a subi de nombreuses privations. Mes confrères installés tout comme moi en zones démunies sur le plan de l'encadrement sanitaire ressentons cette fierté d'avoir accompli un travail colossal. Une expérience sublime. Nous étions en même temps généralistes multi-spécialistes , chirurgiens par moments, réanimateurs avec peu de moyens, médecins légistes... Notre plus grande satisfaction, c'est d'avoir participé activement à l'éradication du paludisme et de la tuberculose dans notre pays. L'exercice en milieu rural est une grande expérience. Nous avons apporté des soins, l'assistance, l'hygiène, l'éducation sanitaire, la contraception, la protection maternelle et infantile... Les progrès étaient palpables. Je signale que les relations avec l'administration sanitaire locale ou centrale étaient sereines et dénuées de toute bureaucratie.»Par la suite, et fort de ses expériences, il ouvre son propre cabinet de médecin généraliste. Pour lui, le secteur privé est complémentaire du public.Moins de pression et plus de temps lui ont permis d'entamer la rédaction sur un nouveau mal du pays. «J'ai commencé à écrire sur les régimes alimentaires devant la dérive quant à une certaine consommation alimentaire anarchique qui a gagné nos compatriotes et devant la recrudescence des maladies métaboliques, très rares pendant nos études médicales : diabète, hypertension, cardiopathies, obésité sont diagnostiqués quotidiennement. Il est vrai que les diagnostics sont mieux posés actuellement. Pour prendre en charge ces maladies, la facture est très lourde.Me sentant interpellé en tant que médecin, je rédige l'ouvrage Gérer son assiette et bouger, en réaction à cette consommation dangereuse pour la santé du citoyen. Il est victime d'une publicité qui vante des produits qui ne sont pas nécessairement sains, à savoir les sucreries, les produits salés et gras qui inondent le marché. Je reste optimiste. L'Algérien s'éduquera. Il réfléchira avant chaque achat», dit-il confiant.Hormis cet ouvrage, trois livres ont été publiés auparavant : Le petit guide du patient, Contraception et moyens contraceptifs, Ce sang qui circule en nous. Ces trois livres ont été produits à Constantine. «Une pensée pour ces éditeurs qui ne sont plus de ce monde et qui ont cru en moi. Mon «dada», c'est mon roman récent Bonheurs pathétiques, un ensemble de nouvelles édité en même temps que Gérer son assiette et bouger par Thala éditions dont le directeur est un humaniste.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sarah Raymouche
Source : www.lesoirdalgerie.com