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«Blacklister» les mauvais producteurs



«Blacklister» les mauvais producteurs
Les producteurs qui ne suivent pas les règles professionnelles doivent être interdits d'aides publiques, selon des intervenants au colloque de Constantine sur le cinéma algérien.Le financement du cinéma en Algérie a fait l'objet d'un vif débat, dimanche à la maison de la culture Mohamed Laïd Al Khalifa à Constantine, lors du colloque sur les contraintes de la production cinématographique en Algérie, organisé par le département cinéma de la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe».Mustapha Maatoub, membre de la commission évaluation du Fonds du développement de l'art, de la technique et de l'industrie cinématographiques (Fdatic) et expert financier au Centre algérien du développement cinématographique (CADC), a expliqué les mécanismes de financement des films et les difficultés rencontrées sur le terrain. «Il faut faire la différence entre être producteur, manager ou gestionnaire. Certains producteurs veulent tout être à la fois. Lorsqu'on élabore le devis d'un film, il faut penser à l'avenir et aux éventuelles contraintes en cours de réalisation. A mon avis, un producteur ne doit pas cumuler les postes de réalisateur et de scénariste, car cela complique le management.Il y a également des producteurs qui perdent beaucoup de temps dans la phase de préparation, ce qui engendre des surcoûts. L'Etat ne peut pas supporter ces surcoûts», a-t-il développé. Les producteurs doivent, selon lui, prendre des initiatives pour trouver d'autres financements que ceux du Fdatic, qui ne peut pas financer un film à hauteur de 60 ou 70%. «Il arrive parfois qu'on atteigne les 50% du budget d'un film. Le FDATIC donne une aide à la production, il ne produit pas. Théoriquement, les recettes des films rentrent pour rembourser l'aide.Cela permet d'avoir un fonds de roulement», a déclaré Mustapha Maatoub, en marge du colloque. Selon lui, cinq à sept producteurs, par mois, sollicitent le fonds. La commission d'évaluation du Fdatic décide de l'octroi de l'aide à partir du scénario et du devis proposés par le producteur. «Nous décidons à partir d'un barème que nous avons, après avoir relu le scénario, analysé le plan de financement et dressé un dépouillement. Nous calculons ensuite les jours du tournage et le nombre de techniciens. Les producteurs sont libres de négocier les salaires avec leurs techniciens.S'ils décident de donner plus de ce qui est prévu, ils n'ont qu'à chercher d'autres sources de financement pour respecter leurs engagements. Ce que certains producteurs n'ont pas encore compris», a regretté Mustapha Maatoub. Il a précisé que les producteurs sont tenus de présenter des justificatifs de leurs dépenses. «J'ai fait dernièrement l'audit du film Fatma n'Soumer et j'ai trouvé que son producteur Belkacem Hadjadj a justifié toutes les dépenses. Souvent, les producteurs respectent les règles.Il nous arrive parfois de faire des réserves mais sur la forme. Nous faisons un bilan définitif des dépenses d'un film après sa production et élaborons les partages de recettes avant la mise en exploitation du film», a-t-il souligné. Il a plaidé pour l'élaboration d'une blacklist des mauvais producteurs, ceux qui ne respectent pas les règles et qui ne font pas bon usage des financements qui leur sont accordés. Idée que partage la productrice et réalisatrice Amina Chouikh.Prenant la parole lors des débats, elle a exprimé une certaine colère. «Je refuse qu'on accuse les producteurs de voleurs ou d'incompétents. Si vous avez constaté qu'un producteur a volé de l'argent, déposez plainte auprès de la justice. Nous savons ce que c'est qu'un budget ou la gestion d'un film. Si un producteur a signé la bonne fin d'un film, il se débrouille pour avoir le complément de financement pour sa production. On ne doit pas donner de l'argent à ceux qui n'ont jamais produit de films.Et il faut blacklister les producteurs qui font de mauvais films. Il faut sortir de la logique du social, instaurer les règles de transparence», a déclaré Amina Chouikh. «Un producteur doit rester sur le terrain, suivre le travail, avoir chaque fin de journée un rapport sur l'évolution du tournage, vérifier si la feuille de service a été respectée», a-t-elle ajouté. Des professionnels, comme la cinéaste Yasmine Chouikh, ont proposé un suivi de la production étape par étape par le Fdatic. «Un accompagnement de partenariat pour sortir de la mentalité du paternalisme», a-t-elle affirmé.Lors d'un autre débat sur la relation entre le scénariste et le cinéaste, animé dans la matinée de dimanche par Abdenour Zahzah et Saïd Boulmerka et modéré par le critique Djamel Hazourli, les différents intervenants ont analysé la situation difficile du cinéma algérien actuellement. «Le cinéma n'existe que lorsque le spectateur paye son ticket. En Algérie, plus personne ne regarde des films et cela remonte, malheureusement, à des années. Nous produisons des films avec des budgets colossaux, mais le cinéma n'est pas là. Dans le monde, le cinéma est artisanal dans sa fabrication et industriel dans sa diffusion.Chez nous, nous n'avons retenu que le côté artisanal», a constaté Abdenour Zahzah, cinéaste, regrettant la fermeture des salles de cinéma. Le cinéma algérien, pour le scénariste Saïd Boulmerka, est malade. «Et nous sommes tous là autour du souffrant en train de diagnostiquer la maladie. Pendant ce temps, le patient agonise. Il attend un remède. Il est temps d'agir avant qu'il ne soit trop tard», a-t-il soutenu, plaidant pour un suivi de ce qui a été dit et proposé au colloque de Constantine pour relancer le 7e art algérien.


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